Jadis, le buisson ardent symbolisait Dieu, aujourd’hui Buisson symbolise le diable. La preuve par Sophie, journaliste de gauche – What else ? – qui lorgne sur mon iPhone. Le nom de Patrick Buisson apparaît sur l’écran, entraînant sur le visage de Sophie une mine dégoûtée : « Mais que fais-tu avec cet homme ? »   Et pourtant, Sophie sait que mon métier est en gros le même que le sien : interroger des hommes sur ce qu’ils font et pensent en français, on appelle cela une « interview », activité à laquelle on peut prendre goût, surtout si elle est pratiquée avec le diable, converser avec les anges, quoi de plus ennuyeux ! Mais le dégoût de Sophie résume finale- ment le travers que notre époque entretient vis-à-vis de la droite dure : condamner avant de comprendre. Depuis trente ans, cette attitude prédomine avec le succès que l’on sait. Ne pas écouter les arguments de ses représentants, et même ne pas les rencontrer de peur que ce soit contagieux, bref soigner sa gauche en se payant de grands qualificatifs – de « réactionnaire » à « fasciste » – lesquels permettent au journaliste d’évoquer son dégoût de leurs idées, plutôt que de les penser. En rencontrant Patrick Buisson, je suis parti du postulat inverse. Mon intention n’était pas de montrer la distance abyssale qui sépare cet homme d’un journaliste de gauche, mais de tenter un portait intellectuel. Ma méthode n’a pas consisté à m’intéresser à la psychologie du personnage et à ses frasques, mais à m’en tenir à un objet oublié qui continue pourtant de mener les hommes : son idéologie.

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