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Joachim Son-Forget: «On a voulu me faire passer pour fou»

Entretien avec Joachim Son-Forget

Joachim Son-Forget: «On a voulu me faire passer pour fou»
Le député Joachim Son-Forget à l'Assemblée nationale, photographié en 2019 © Martin BUREAU / AFP.

Le député de la 6e circonscription des Français établis hors de France a quitté la macronie en 2018, estimant que le législatif n’est pas là pour être à la botte de l’exécutif. Depuis, il est un électron libre, très populaire notamment auprès des jeunes. Il a un temps été tenté par Eric Zemmour, mais l’histoire a tourné court. Alors qu’il se présente en indépendant et n’attend plus grand chose de ses anciennes relations politiques, il lâche à Causeur des révélations corsées. Entretien.


Causeur. Quel bilan tirez-vous de ces cinq années de députation ?

Joachim Son-Forget. Je suis globalement content de ce que j’ai fait, parce que j’ai tenu ma promesse électorale principale. Déjà, pour les Français de Suisse, il y avait une question de niche, une question d’abattement fiscal, que j’ai réussi à obtenir, et c’était difficile. On a réussi à l’obtenir sur le deuxième projet de Loi de finances. Deuxièmement, moi, ma grande passion, ce sont les sujets humanitaires, les conflits internationaux, les questions de défense, de forces spéciales. J’ai beaucoup travaillé ces sujets, tout le monde sait que je suis sérieux et utile. J’ai même mené des négociations de premier plan et importantes sur certains dossiers comme la Corée du Nord ou la Syrie, et dernièrement l’Ukraine, officiellement ou officieusement. Sur la partie politique politicienne, qui est celle que j’affectionne le moins, je suis content aussi parce que j’ai respecté ma deuxième promesse qui était d’être indépendant vis-à-vis de l’exécutif. Le législatif n’est pas là pour être à la botte de l’exécutif. Un député doit être bienveillant s’il fait partie d’une majorité, mais même quand il fait partie d’une majorité il doit être vigilant quand il y a des sujets qui sont abordés n’importe comment – comme les sujets de bioéthique où les bons sentiments des gens et des députés sont utilisés pour faire passer des choses parfois dangereuses, et qui peuvent nous mener vers le transhumanisme. Moi, j’estime en tant que député être là pour être une sorte de vigile de la République sur certains sujets que je connais, scientifiquement, de manière poussée. Sur les questions de politique politicienne, j’ai sacrifié probablement un destin qui était celui de devenir un jour Secrétaire d’Etat ou ministre après ma démission d’En marche (fin 2018).

Je crois en mes chances (…) j’ai toujours gagné mes élections jusqu’à maintenant

La politique politicienne est décevante, je ne suis pas un homme de parti et je le sais encore plus après avoir eu ce regard curieux sur l’ensemble du paysage politique français ces dernières années. Tous les partis se ressemblent, ce sont les mêmes sociologies et les mêmes abrutis, il n’y a pas beaucoup de gens intelligents. Je suis content d’avoir tenu bon, d’être resté indépendant, d’avoir développé mes idées. Des idées qui peuvent être considérées de gauche sur certains sujets humanitaires ou d’intégration, et peut-être « trop de droite » sur les aspects sécuritaires et sociétaux. Quand bien même, on a beaucoup caricaturé ce que je pense. Ce que je pense ne se réduit pas du tout à un « c’était mieux avant ». J’ai développé de nouveaux concepts comme le bio-conservatisme, comme « le vol du temps » et le fait de pouvoir redonner du temps aux gens, diminuer la charge administrative, judiciaire, morale qui pèse sur eux. J’ai publié un essai, L’invisible esquissé où j’aborde en détail tous ces sujets.

Dans mon bilan, il y a donc essentiellement de la satisfaction. Mais il y a aussi une petite déception, le sujet qui m’a fait partir d’En marche, à savoir la non-exemplarité d’une personne qui m’a fait un faux procès pour sexisme, quand j’ai tenu bon face à la député Benbassa, que je savais connue pour des faits de harcèlement qui ont depuis été révélés. Cette personne était très mal placée pour me donner des leçons de morale. Elle est toujours candidate, alors qu’elle ne devrait pas l’être. Je note par ailleurs que l’ancienne Garde des Sceaux, Madame Dati, vient de faire un signalement (Joachim Son-Forget fait ici allusion à la nouvelle affaire de harcèlement sexuel autour du député Gilles Le Gendre NDLR)Ça vient conforter des informations dont je suis récipiendaire, et que je ne peux que croire. Si quelqu’un vient de demander quelque chose, je donnerai ces informations. J’aurais peut-être dû faire le signalement moi-même, mais je suis content que le temps finisse par me donner raison.

Votre aventure dans la macronie n’a pas été de tout repos !

On a voulu me faire passer pour fou. 

Je me souviens d’une députée, qui avait un peu de mordant, racontant en off au Parisien que j’avais des problèmes psychiatriques. Ce sont des méthodes incroyables !

On a voulu faire croire que j’étais homophobe ou raciste. On a même voulu que je sois antisémite. Je suis un peu sioniste excessif, je parle hébreu en partie, je vais en Israël très souvent et je suis vice-président du groupe d’amitié parlementaire France-Israël, et mes enfants ont des prénoms hébreux. On a voulu me prêter des tas de choses horribles, les gens ont compris que ce n’était pas vrai. 

Vous avez été élu député LREM, avant de rejoindre Zemmour. Mais contrairement à la plupart des zemmouristes, vous avez voté contre Le Pen au second tour. Pouvez-vous nous expliquer votre choix ? Et pourquoi n’êtes-vous pas investi par « Reconquête » pour les prochaines législatives ?

Sarah Knafo m’a dit qu’Éric Zemmour respectait mon choix libre de ne pas voter comme lui et de ne pas voter Madame Le Pen. D’un côté, j’ai de la sympathie, ça vous surprendra peut-être, pour Monsieur Le Pen père. Il connaît des histoires intéressantes sur le paysage politique français, et m’a parfois raconté des choses incroyables sur des gens que je croyais respectables et qui ne l’étaient pas tant que ça. Je pense que lui a été trop loin dans la provocation à certains moments de sa carrière, au point qu’on lui a prêté des idées de rejet et de racisme qu’il n’avait pas. En tout cas, la personne que je connais maintenant ne les a pas. Je ne suis pas en train de le racheter ou de dire que je suis d’accord avec tout ce que Jean-Marie Le Pen dit, mais entre la façade et le fond des gens, en politique, c’est parfois compliqué. En tout cas, le père n’est pas la fille, et la fille a essentiellement un projet économique d’extrême gauche. Surtout, j’estime qu’il y a au RN traîtrise à l’égard de la nation, puisque les fonds viennent pour l’essentiel de l’étranger. Alors bien sûr, il y a un problème de pluralisme politique, et on sait que les banques se ferment au moment des élections, mais il y tout de même un vrai problème vis-à-vis des Russes, et moi j’en ai fait personnellement les frais.

Un ancien financier du Front National, M. Aymeric Chauprade, proche de l’oligarque Konstantin Malofeev, s’est vanté d’avoir porté plainte pour diffamation en Suisse contre moi, au titre d’un différend franco-français. Je lui avais demandé des détails sur son implication dans l’affaire Air Cocaïne et sur l’origine des fonds de sa campagne européenne de 2014 et de son think thank pro-russe. Ça n’était pas une diffamation, que je sache, mais une interpellation, je pose des questions ! Ce qui m’a terriblement déçu, c’est que la personne qui aurait porté plainte contre moi pour lui (j’emploie le conditionnel car ils s’en sont vantés sur Twitter, sans que je ne reçoive cette information ailleurs), en Suisse, est un avocat qui était le numéro deux de « Reconquête » en Suisse et candidat à l’investiture (on croît rêver dans le mélange des genres), Nicolas Rivard. Comment voulez-vous que je fasse campagne avec des gens pareils ? J’ai demandé son départ de Reconquête, Sarah Knafo m’a dit qu’il avait été démis de ses fonctions, mais je l’ai depuis vu en photo avec le candidat actuel contre moi dans ma circonscription… Alors je crois qu’on s’est largement foutu de ma gueule ! Je considère avoir bien aidé, avoir été bienveillant avec « Reconquête », je l’ai fait pour tous ces jeunes de droite qui sont dans ce parti dans lequel j’ai beaucoup d’amis, mais je pense qu’ils s’égarent un peu, et qu’ils devraient faire autre chose que d’aller vers des vieux croulants qui veulent faire l’union des droites extrêmes au lieu de faire réellement l’union des droites. 

C’est dommage, aujourd’hui j’ai l’impression qu’ils avaient de l’or entre les mains, et que c’est devenu de la bouse de vache !

A vous entendre, vous êtes donc passé de l’aile droite de la macronie à l’aile gauche de la zemmourie…

J’ai toujours été de droite, j’ai fait une campagne de droite pour Emmanuel Macron et une campagne de droite lors de la législative. Vous savez, j’ai aussi essayé d’être de gauche par le passé, mais les gens que j’ai rencontrés au PS n’étaient pas vraiment de gauche (Joachim Son-Forget a été secrétaire de la section genevoise du Parti socialiste français au début des années 2010 NDLR), ils faisaient semblant d’être de gauche, mais ils étaient de droite en réalité. Moi, je me suis dit : autant assumer d’être de droite ! Et se définir de droite ou de gauche, c’est en réalité très rhétorique. J’ai peut-être choisi la facilité, accepter de passer pour une horrible personne de droite égoïste et capitaliste finalement, pour me révéler être bon et altruiste à chaque fois que je ferais ou voterais quelque chose de positif pour le bien commun…

Certes… Mais qu’est-ce qui vous a attiré un temps dans l’aventure zemmourienne, au juste ?

Je vous l’ai dit. J’ai cru à l’hypothèse d’une union des droites, je pensais que j’allais assister à une renaissance d’un mouvement de droite normale, républicaine, avec les jeunes. Il y avait ça à l’UMP, avant, du temps de Sarkozy ! Cela n’existe plus, mais je pense qu’il y avait les prémices de ça au sein de Reconquête.

Vous aurez dans votre circonscription une candidature macroniste (M. Marc Ferracci) mais aussi un candidat zemmouriste (M. Philippe Tissot) contre vous. Vous voilà bien avancé !

Ecoutez : le candidat zemmouriste, il est bien brave. Il a été choisi par défaut, puisque celui qui devait être candidat est celui que j’ai fait démettre de ses prétentions vu qu’il portait plainte contre moi… Je rappelle que j’avais été le premier élu à accorder mon parrainage, pour encourager le futur candidat Zemmour, Si Eric Zemmour plafonne à 7 ou 8% à la présidentielle, alors là, avec monsieur Personne je suis curieux de voir le score que ça va faire, mais je suis beau joueur je lui souhaite bon vent.

Quant au candidat macroniste, c’est un parachutiste (sic) qui se moque de la Suisse, qui dit qu’il n’y vivra pas, qu’il n’y a jamais vécu et qui assume d’être là uniquement pour voter les futures lois du gouvernement. Depuis quand l’élection législative est devenue un scrutin à la proportionnelle, où Paris décide de tout ? C’est vraiment se moquer des Français. En plus, je n’aime pas ces profils de fils à papa, moi j’aime plutôt les gens qui font des efforts et qui réussissent par eux-mêmes. Je sais que nous avons un président qui a raté deux fois l’ENS, mais tout ce que je sais de mon concurrent LREM, c’est qu’il a raté deux fois l’ENA (sourire en coin)… Je voudrais bien savoir aussi ce qu’il pense des sujets écologiques, puisque son père a fait construire deux villas sur un site protégé en Corse, et que cette affaire est allée jusqu’en cassation. D’après ce que je lis dans la presse, il y a des montants faramineux qui n’ont jamais été remboursés pour des travaux qui n’auraient pas dû être effectués, pour des constructions qui n’auraient pas dû être faites… Moi, je vis en Suisse parce que j’aime la nature et la montagne, et aussi parce que j’aime les gens polis et la vie tranquille.

Dans cette configuration, croyez-vous encore en vos chances ?

Bien sûr que je crois en mes chances. Ça ne serait pas si grave de perdre, mais j’ai toujours gagné mes élections jusqu’à maintenant, et ce serait la première que je perds ! J’ai été élu ici il y a un an comme conseiller des Français de l’étranger. C’est un mandat local que je voulais avoir, car ceux qui étaient là avant ne faisaient pas leur travail, ils se contentaient de boire le champagne et de manger des petits fours dans les réceptions des diplomates. Moi je déteste ça, et je déteste ces gens-là, je veux les renvoyer dans leur placard. Ce que je veux c’est aider les gens. Je les reçois, je fais en gros l’avocat gratis pour mes administrés, je règle les problèmes avec ma suppléante qui est aussi élue locale. J’ai le souci du national et de l’international. 

Et je crois que j’ai aussi le sens du spectacle, quand il faut mettre un gros sujet sur la place publique. Donc je crois en mes chances. Si je me montre modeste, je vous dirais aussi qu’une partie de mon score a dépendu de la vague Emmanuel Macron en 2017, mais j’ai aussi la fierté d’avoir été le député français le mieux élu en 2017, dès le premier tour. Ma différence, enfin, c’est le petit surplus d’humanité : les électeurs savent que je suis médecin, que je suis musicien, que je fais de l’humanitaire et que je mets mes tripes dans ce que j’entreprends.

Et quels seront vos rapports avec la majorité macronienne, si vous êtes réélu ?

Je voterai pour les lois de la majorité quand elles seront intelligentes, quand elles favoriseront la libéralisation du travail et de l’économie, ou l’émancipation de l’individu. Je voterai contre quand elles seront liberticides, en faveur d’un Etat profond centralisateur et socialiste, et à chaque fois que l’on ne verra pas plus loin que le bout de notre nez sur les sujets de bioéthique. D’un côté, je suis conservateur à certains égards, pour des raisons biologiques et scientifiques, je ne suis pas un idéaliste de la nature mais je pense que la science et la technique doivent respecter ce que l’on est. D’un autre côté, je suis libéral, et je crois que chacun doit disposer d’une importante marge de liberté et d’action face à l’Etat.

Vous en êtes où avec le président Macron ?

Je n’ai rien contre le président. Mais rien pour non plus. Tout le monde sait que j’ai été dans un contact pluri-hebdomadaire voire quotidien avec lui, notamment quand il m’a consulté sur les questions du Covid.

Quand j’ai travaillé sur les questions de l’Aquarius, en duo avec lui, je lui ai sincèrement sauvé la face, car j’étais en contact avec les gens sur le bateau. Ça a été très compliqué, c’était une semaine de galère, en août 2018, entre le premier lot de migrants fuyant réellement la guerreet les migrants économiques tunisiens qu’ils ont pêché en chemin ensuite, et que le président ne voulait pas voir arriver en France. Et il y a eu d’autres sujets, comme la libération des otages de SOS Chrétiens d’Orient et leur rapatriement, où mon action a été factuellement de bonne volonté et un peu osée disons sur un circuit parallèle du circuit officiel (je pourrais en dire plus un jour, c’est un peu tôt car j’ai fait intervenir des gens aux profils très sensibles mais aux grand maux les grands remèdes), mais déterminante concernant le rapatriement de l’épouse de l’un d’entre eux en plein covid, et opéré avec l’Etat-Major particulier du président. Je pense surtout au rétroscope qu’ils n’avaient pas envie que je m’attribue ce mérite, dans la mesure où j’avais déjà prévu avec différents contacts gouvernementaux locaux le passage Syrie-Liban et le jet privé de retour à Paris, c’est bien ça m’a fait quelques économies sur le dos de l’orgueil présidentiel. Au moins, lui, il a fait le job, alors que le quai d’Orsay bougeait les bras pour faire du vent depuis des semaines.

Vous êtes allé voir chez Zemmour. Cédric Villani ou Aurélien Tâché, de leur côté, sont partis nettement à gauche, rejoignant la NUPES. Comment expliquez-vous cette diversité de destins des anciens LREM ?

En effet, ils sont partis à gauche, mais dans les faits, ils étaient déjà de gauche, et même d’extrême gauche ! Le macronisme, ça n’existe pas, même si on dit pour rigoler que c’est une espèce d’extrême-centre.

Le problème de l’extrême-centre, en tout cas, c’est que tout le monde fait semblant d’être d’accord avec tout le monde. C’est le bal des opportunistes et des gens qui n’ont pas de colonne vertébrale, c’est en réalité très dangereux. On croit que c’est la culture du consensus, mais ce n’est pas ça, le consensus. Le consensus, on le connait en Suisse, où il y a un vrai débat avant les élections, et après un gouvernement collégial, ce que l’on appelle « la formule magique ». Mais ça n’a pas grand-chose à voir pas notre monarchie parlementaire – enfin pseudo-parlementaire… Je pense que notre système politique sous sa forme actuelle est voué à disparaître. Car à la fin, nous assistons au diktat de l’indécision et à une absence de fortes personnalités politiques préjudiciable, à la perte du sacré des institutions. En réalité, il est important qu’il y ait des extrêmes, qu’il y ait un centre droit et un centre gauche, et qu’il y ait la droite et la gauche. Dans l’océan des possibles et des dangers qui nous guettent à l’échelle de l’humanité, j’ai conscience que je vous parle là de broutilles…Les noms que nous avons cités ensemble ne vont pas tarder à tomber dans les oubliettes de l’histoire, et le mien aussi, ça ne sera pas plus mal. Si la politique s’arrête pour moi, j’aurais été un peu victime de moi-même mais il faut du sacrificiel quand on est dans une mission de service public. J’irai gagner beaucoup d’argent en faisant mon travail, et ma famille in extenso (j’ai plein d’enfants et des amours généreuses) sera contente de me voir plus souvent.

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Professeur démissionnaire de l'Education nationale

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