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Hollande, chouchou des médias ?

En découvrant le thème du dossier de ce mois, je n’ai guère été surpris puisque notre rédac’chef préférée avait fait de « Hollande, candidat des médias » l’une de ses « langues de vipères » sur RTL[1. Pour celles et ceux qui ne sont pas branchés sur RTL entre 19 heures et 20 heures, la « langue de vipère » est un billet d’humeur récompensant la ou le polémiste qui a emporté la veille l’adhésion d’une majorité d’auditeurs dans l’émission de Christophe Hondelatte « On refait le monde »]. Ne le cachons pas, le billet d’Élisabeth m’a paru largement exagéré. Une scandaleuse pensée m’a alors fugacement traversé l’esprit : serait-elle de mauvaise foi ?

Je me suis vite ravisé, non par goût de la discipline causeurienne, qui d’ailleurs n’existe pas, mais en me souvenant de la façon dont je réagis parfois. Laissez-moi vous conter un épisode récurrent de ma vie provinciale : le départ, un ou deux dimanches par mois, vers mon Jura natal depuis la capitale régionale dans laquelle je réside. Le trajet dure une heure environ et j’en profite pour régler l’autoradio sur Europe1[2. Quand j’étais petit, à la maison, on n’écoutait pas France Inter, parce que « c’était une radio de gauchos ». C’est ce que disait à peu près mon père, si je me souviens bien] au moment précis ou Jean-Pierre Elkabbach interroge une personnalité politique. Combien faut-il de temps pour que, passablement énervé par l’obséquiosité du journaliste devant un ministre ou son agressivité envers un membre de l’opposition, je commence à lancer à la cantonade quelques noms d’oiseaux et autres termes de toutes les couleurs, au risque d’enrichir dangereusement le vocabulaire de ma progéniture assise à l’arrière du véhicule ? Évidemment, cela a le don d’agacer mon épouse qui passe sur RTL, dont la musique de l’émission « Stop ou encore » a pour but d’adoucir mes mœurs, en m’adressant une question, elle aussi récurrente, mais non dénuée de fondement : « Si ça t’énerve, pourquoi tu écoutes encore ça ? ».

Je pourrais lui répondre : « Parce que j’aime ça ! » Au fronton du site Causeur, il est écrit : « Surtout si vous n’êtes pas d’accord. » Cela signifie tout de même quelque chose. Comme Élisabeth, qui persiste à rester branchée sur France Inter, j’aime écouter les commentaires avec lesquels je ne suis pas d’accord, même s’ils m’énervent – on est humain, quand même ! C’est pourquoi je m’obstine à regarder le Grand Journal de Canal et à lire de temps à autre un édito d’Alain Duhamel.

Quant à savoir si Hollande est le « candidat des médias », je ne peux que renvoyer ceux qui croient à cette fable du côté de Jean-Pierre Elkabbach, donc, mais aussi sur TF1 où officient Jean-Pierre Pernaut et Laurence Ferrari – dont le conseiller presse de Nicolas Sarkozy vante la « fiabilité »[access capability= »lire_inedits »] – ou enfin vers Étienne Mougeotte du Figaro, qui sévit aussi à RTL[3. Au retour, le dimanche soir, c’est le Grand Jury que nous écoutons. Mougeotte, lui, ne m’énerve pas du tout. Mais qu’est-ce qu’il peut me faire rire, en revanche ! Parfois, je me demande même si ce n’est pas Gerra qui l’imite.]. Quand j’étais petit, à la maison, on n’écoutait pas France Inter, parce que « c’était une radio de gauchos ». C’est ce que disait à peu près mon père, si je me souviens bien. Au retour, le dimanche soir, c’est le Grand Jury que nous écoutons. Mougeotte, lui, ne m’énerve pas du tout. Mais qu’est-ce qu’il peut me faire rire, en revanche ! Parfois, je me demande même si ce n’est pas Gerra qui l’imite. Certes, le discours de François Hollande au Bourget été largement salué par la presse. J’ai même entendu Yves Thréard, peu suspect de socialisme rampant, reconnaître qu’il avait un certain souffle. Mais peut-être le candidat socialiste, qui était attendu au tournant, avait-il réellement réussi ce rendez-vous ? En tout cas, je n’ai pas l’impression, quand je regarde i-Télé ou BFM TV, que Nicolas Sarkozy y soit particulièrement maltraité ou que son entrée en campagne ait fait l’objet d’une couverture particulièrement critique. Je citerai seulement Jean-Jérôme Bertolus (i-Télé) qu’il fallait voir, décrivant minute par minute les moindres faits et gestes du président-enfin-candidat, participant ainsi au storytelling de Nicolas Sarkozy avec au moins la même complaisance que certains commentateurs du Bourget.

Afin de démontrer à quel point les médias sont de gauche, Éric Brunet ressort un vieux sondage de Marianne datant de 2002, où il apparaissait que 80% des journalistes auraient voté Jospin si celui-ci avait été présent au second tour. C’est faire l’impasse sur deux points très importants. D’abord, nous sommes en 2012, et les télés et radios, notamment après le référendum de 2005 qui révéla un fossé abyssal entre des médias oui-ouistes et un peuple noniste, ont procédé à certains équilibrages. Ainsi peut-on aujourd’hui écouter des voix qu’on n’entendait pas auparavant. Sur i-Télé, le débat de la mi-journée oppose deux journalistes, l’un plutôt classé à droite, l’autre plutôt à gauche. Hondelatte veille également au pluralisme dans ce plaisant Café du commerce qu’est « On refait le monde ». Ensuite, quand bien même un sondage identique aboutirait aujourd’hui au même résultat, sur l’opinion des journalistes, que celui de Marianne en 2002, il faudrait encore, pour en tirer des conclusions sur la « ligne générale » des médias, pondérer les données obtenues en fonction du poids respectif des uns et des autres. En puissance de feu, Jean-Pierre Pernaut, Laurence Ferrari, Étienne Mougeotte et les autres dépassent largement tous les simples reporters, formatés il est vrai par des écoles de journalisme acquises à une idéologie social-démocrate, droit-de-l’hommiste et européiste.

« Hollande-candidat-des-médias » me semble donc une antienne largement exagérée. Il faut cependant reconnaître, en conclusion, qu’elle le sera de moins en moins. Plus la probabilité de sa victoire sera grande, plus les événements confirmeront l’intuition ou la conviction d’Élisabeth et démentiront ma propre appréciation. Oui, le 6 mai, s’il est élu[4. Comme je le pronostique, pour ma part, depuis avril 2011, avant le « Sofitelgate », un papier sur Causeur.fr faisant foi.], François Hollande sera le président de tous les médias ! Mais on peut espérer que dès le 7, cela changera. Je suis peut-être naïf, mais j’ai confiance dans les médias de mon pays.[/access]

Mars 2012 . N°45

Article extrait du Magazine Causeur



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