Classes populeuses, classes dangereuses ? Depuis quelques jours, alors que le mouvement des Gilets jaunes semblent en décrue, les quenelles et autres gestes homophobes ou antisémites sont instrumentalisés pour discréditer la contestation sociale. Chez les sociaux-démocrates au pouvoir, la ficelle est aussi grosse qu’ancienne.


Ils ne sont pas très nombreux, mais tout de même, ils sont là ceux qui n’ont pas pu empêcher de laisser suinter leur mépris de classe pour les gilets jaunes, surtout depuis que le mouvement semble en décrue et du coup, leur fait moins peur. Ils haussent à nouveau le ton. On les trouve, hélas,  surtout dans un certain milieu intellectuel privilégié qui a même pu se targuer d’être social-démocrate  en oubliant le sens originel de ce mot. En  retenant surtout les noms de Noske dans l’Allemagne de 1919 et de Jules Moch dans la France de 1946, ministres de l’Intérieur « socialistes » qui dégagèrent usines en grèves et carreaux de mines à la mitrailleuse lourde pour apprendre à vivre à l’ouvrier qui l’ouvrait un peu trop ou au mineur ancien résistant qui se sacrifiait sans contrepartie pour gagner la bataille du charbon.

Working poor heroes

Le mouvement des Gilets jaunes ne me plaît pas forcément dans toutes ses formes. Je sais des débordements racistes ici, homophobes là, sexistes ailleurs. Je sais aussi surtout que, très majoritairement, ce mouvement a été d’une éminente et spontanée dignité, cette dignité qu’Orwell appelait la common decency. Je sais que, très majoritairement nous avons (eu?) sous nos yeux une révolte de working poors, entendez cette invention du capitalisme tardif qui fait que des gens travaillent et ne vivent pas de leur travail, en survivent à peine. Je sais que ce mouvement sexiste a parmi ses porte-voix une femme, une femme noire, une femme noire qui porte un nom polonais, Priscilla Ludowski, et que finalement, ça correspond assez bien à l’idée que je me fais de la France que j’aime.

Je sais plus généralement que les femmes, celles qui sont en première ligne des frigos vides le 15 du mois, sont celles qui ne veulent pas lâcher l’affaire : le temps partiel imposé, les pères absents, les doubles journées, c’est pour elle ;  la honte du môme qu’on dépose à l’école avec des baskets trouées aussi. Alors elles bravent, elles redressent la tête, elles ne baissent plus les yeux et moi je les aime. Je me souviens que ces mêmes bourgeois « progressistes » les appelaient « les Pétroleuses » du temps de la Commune. Parce qu’ils avaient peur qu’elles « leur mettent le feu » comme on dit aujourd’hui.

Ces trouillards indignés par la racaille fluo

Tout se tient chez ces bourgeois sociaux-démocrates qui veulent sauver la République en discréditant et en fascisant le mouvement, en faisant semblant de n’entendre que ceux qui chantent du Dieudonné mais pas ceux qui entament, comme sur le rond-Point de Somain, dans mon Nord martyrisé par la désindustrialisation, Il est né le divin enfant  pour une messe de minuit célébrée par le prêtre du cru, tant il est vrai que chez nous, dans ces terres rouges, le christianisme a toujours été spontanément bernanosien et émancipateur, social et révolutionnaire comme ce Pape qui n’aime que la vie et déteste la marchandise, qui vient de nous demander de respecter l’homme en nous souvenant que c’est l’économie qui est à son service et pas le contraire.

Oui, je les lis sur les réseaux sociaux, ces trouillards indignés par la racaille fluo,  dans les tribunes des journaux, ces petits notables de la république des lettres qui adorent les pauvres dans le Kentucky, trouvent faulknérienne la moindre histoire de rednecks qui ratent un hold-up dans un comté texan mais font la fine bouche devant le Goncourt de Nicolas Mathieu, suspecté de populisme parce que lui, il parle des pauvres près de chez nous. Ils sont nos nouveaux George Sand, nos nouveaux Flaubert. Ils font les esprits libres en temps de paix en moquant les bourgeois, ils plaignent les pauvres comme la bonne dame de Nohant jusqu’au jour où le pauvre, il ne dit plus bonjour à la bonne dame et lui déclare la guerre sociale.

Les humanistes avec des griffes

Alors d’un seul coup, le pauvre, il est fasciste, antisémite et patati et patata. Il menace la République. Bref, toutes ces belles consciences humanistes, d’un seul coup, ont des envies de faire donner la troupe. Ils hurlent à la tentative « putschiste » de ces pauvres Gilets jaunes alors que c’est eux qui ont des rêves mouillés quand on parle d’état d’urgence, de loi martiale, d’arrestations préventives.

Faites attention, Gilets jaunes, le RN ou LFI (pour les sociaux-démocrates, les deux sont populistes, ne vous fatiguez pas) veulent vous récupérer en douceur mais eux, ces humanistes cool, ces centristes cultivés, ces sociaux-démocrates raffinés et raisonnables, ils ont vite les griffes qui poussent et des humanistes avec des griffes, ça vaut bien un flic avec un flashball.

Mais je vous souhaite une bonne année parce qu’on a toujours raison de se révolter et parce que vous valez mieux que ce que disent de vous toutes ces vieilles têtes molles, ces grands cadavres à la renverse.

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