Depuis un demi-siècle, d’importants changements sont intervenus en Occident dans les relations humains-animaux. Le plus visible est une bipolarisation croissante entre d’une part, les animaux de rente, dont le sort, comme celui de leurs éleveurs, s’est considérablement dégradé, et d’autre part, les animaux de compagnie, à l’inverse survalorisés et surprotégés.

L’évolution de la place et du statut des animaux de rente s’explique par le contexte de l’après-guerre, dominé par la nécessité de reconstruire l’économie du pays. Dans cette configuration, l’élevage traditionnel, familial et polyvalent de la France des années 1950 s’est peu à peu concentré (les éleveurs ne représentent plus aujourd’hui que moins de 1 % de la population française), il s’est intensifié (avec multiplication des élevages « hors sol » et/ou « en batterie ») et spécialisé (avec formation de « filières » distinctes bovins à viande/bovins laitiers, poulets de chair/poules pondeuses, etc.). Ces changements ont évidemment affecté les rapports éleveurs-animaux d’élevage, rapports qui sont devenus plus impersonnels, au point, parfois, d’entraîner du stress, tant chez les éleveurs que chez les animaux, soumis les uns comme les autres aux contraintes de la productivité et de la concurrence à l’échelle mondiale.

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Ethnologue et anthropologue.Né en 1942, ethnologue et anthropologue français, il est directeur de recherche émérite au CNRS, spécialiste de l'Iran (notamment des tribus et du nomadisme) et de la domestication des animaux (en général, avec un accent particulier sur les cas du cheval), et membre de l'Académie ...