Revenant sur vingt-cinq années d’enseignement de la philosophie et de l’histoire des idées à l’École polytechnique, Alain Finkielkraut déclarait récemment[1. Le Monde, 14 mars 2013.] à propos de ses étudiants : « Comme ils n’ont pas l’habitude de la parole, il faut parfois les bousculer un peu. Cela tient peut-être à l’enseignement exclusivement scientifique qu’ils ont reçu. » Et d’insister sur la nécessité, dans le secondaire, de la lecture et de la récitation, qui apprennent « à poser la voix, à aimer la langue et à placer leur propre parole sous la surveillance de la langue littéraire ».
« Placer leur propre parole sous la surveillance de la langue littéraire. » C’est cette formulation qui m’a frappé. On se doute bien que Finkielkraut, en employant le mot de « surveillance », n’en appelle pas à un effet d’intimidation (et il n’est pas douteux que cela ait pu être vécu comme tel dans une certaine façon d’enseigner les humanités classiques), mais bien plutôt à une confrontation, à un défi, à une forme peut-être de ce que Rémi Brague, évoquant la fascination de la Renaissance pour les lettres gréco-latines, appelait un « dénivelé fondateur ».

*Photo : Brave Heart.

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