Photo : Orbmiser

Le monde entier, médusé par les images de la place Al-Tahrir, croyait assister à une révolution. C’était une révolution de palais, voire un coup d’État − en tout cas une coproduction entre l’armée et le peuple. Le 14 février 2011, lâché par ses camarades galonnés, Hosni Moubarak, était prié de « dégager » après trente ans de règne. En sacrifiant le raïs, les chefs de l’armée espéraient bien sauver le régime − et, par la même occasion, balayer ses fantasmes dynastiques : en prétendant confier sa succession à son fils, Moubarak avait transgressé la loi non écrite qui faisait de l’armée l’arbitre de la politique égyptienne.

Pour occuper le bon peuple épris de démocratie, les militaires ont concocté un processus politique long et compliqué, un labyrinthe d’élections dont l’objectif était de retarder le plus possible l’avènement d’un nouveau pouvoir politique. Le chaos et la lassitude, pensaient-ils, joueraient pour eux. Tout le monde finirait par rentrer au bercail, y compris les aspirants-politiciens qui, grisés par la lumière et par le parfum de liberté, croyaient que leur heure était venue.

L’ennui, avec les élections, c’est qu’on n’est jamais à l’abri d’une surprise. En votant massivement pour les salafistes du parti Al-Nour, devenu la deuxième force politique du pays, les Égyptiens ont fait dérailler le scénario écrit par l’armée. Dans les chancelleries occidentales, on regrette déjà les Frères musulmans, que l’on tenait hier pour la seule menace sérieuse.

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