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Patrick Besson est-il raciste ?

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François Miclo

François Miclo
Twitter : @fmiclo

Publié le 05 décembre 2011 / Politique

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Photo : David_Reverchon.

Ça apprendra la conscience écologique à Patrick Besson. Il s’enquiquinait à recycler depuis des années ses ordures. On l’avait prévenu : ça ne lui rapporterait que des emmerdes. La preuve : l’écrivain multichroniqueur vient de se faire tacler par Cécile Duflot, la patronne des Verts en personne. Pourquoi ? Patrick Besson a moqué, dans l’un de ses articles, l’accent d’Eva Joly. Du coup, notre Cécile Duflot nationale demande au Point, qui a publié l’éditorial incriminé, des excuses : “Ce texte n’est pas seulement pas drôle, il est l’expression ouverte de propos xénophobes à l’encontre d’une candidate à l’élection présidentielle qui représente l’ensemble des écologistes.”

Bon, évacuons tout malentendu : il se peut, dans la précipitation, que Mme Duflot ait confondu Patrick Besson et Eric Besson. Un petit rappel s’impose donc : le premier est un écrivain plutôt de progrès, comme on dit ; le second fut ministre de l’Identité nationale. Mais, que je sache, Patrick Besson n’a jamais organisé de charters de sans-papiers. Il n’en a même jamais pris : chacun son standing.

Il aurait dû ! Il ne se retrouverait pas aujourd’hui à être taxé de « xénophobe » par la responsable politique la moins syntaxique de France : il faudrait, en effet, apprendre à Mme Duflot qu’il existe, dans cette langue française qu’à défaut de respecter elle massacre, des synonymes à “pas drôle” qui lui éviteraient l’emploi d’une double négation de mauvais aloi. En plus, franchement, moi, l’article de Besson, je l’ai trouvé hilarant.

Mais là n’est pas la question. SOS Racisme et le Front de gauche ont uni leurs voix à celle des Verts pour dénoncer l’infâme éditorialiste.

SOS Racisme s’indigne : “Ce pamphlet ne relève pas de la simple maladresse ou d’un humour (des plus douteux) mais bien d’une vision à connotation xénophobe, dans la lignée de celui de l’extrême droite française qui, à la fin du XIXe siècle, attaquait Léon Gambetta sur son accent toulousain.”

Rassurez-vous : Gambetta, qui n’était pas complètement fada, n’a jamais estimé, pour sa part, que cette injure était raciste… SOS Racisme ferait bien, d’ailleurs, de lire jusqu’au bout les insultes adressées à Gambetta aussi bien à droite qu’à gauche : on l’accusait, avant tout, d’être un germanophobe primaire, un revanchard ! Certes, Gambetta n’a jamais prononcé l’odieuse phrase qu’on lui prête : “Bismarck mène une politique à la Merkel”, mais il n’en était pas loin. Quant aux autres qualificatifs dont on le chargeait, ils concernaient son hygiène personnelle et son prétendu alcoolisme. Que je sache, je n’ai jamais vu SOS Racisme manifester devant le siège de Canal+ lorsque, chaque soir, Les Guignols de l’Info se payaient la tronche de Borloo, ni quand ils raillaient le défaut d’élocution de Bayrou… Donc, si j’ai bien suivi : Borloo et Bayrou auraient eu l’accent norvégien, on y aurait trouvé à redire…

Au Front de Gauche, on n’y va pas à la truelle. On a ressorti le marteau et la faucille du dimanche pour tailler un costard moral à l’ancien camarade que fut Besson. Directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon, François Delapierre écrit : “Je sors consterné de la lecture du billet de Patrick Besson sur Eva Joly dans le Point de cette semaine où il invente un discours de présidente ridiculisée par un accent norvégien (ou allemand ?)… En réactivant le spectre du “boche” au détriment d’une compatriote, M. Besson fait preuve d’une xénophobie insupportable. Il manifeste un communautarisme atterrant en effaçant les propos d’Eva Joly derrière son origine… Il sous-entend que les Français nés ailleurs ne sont pas des citoyens à part entière. Il souffle sur les braises de l’affrontement entre les peuples alimenté par la crise comme par la dérive autoritaire de l’Union Européenne. Ce n’est pas simplement grotesque, c’est criminel.”

Vous l’aurez compris : si la crise économique s’aggrave dans les prochains temps, si l’Union européenne éclate en morceaux et si j’ai la gueule de bois un lendemain de cuite, ce sera la faute à l’éditorialiste du Point. Besson salaud, le peuple aura ta peau !

Indignons-nous, puisque nous avons un motif de nous indigner ! C’est l’appel que lance, en quelque sorte, SOS Racisme : cette affaire “ne doit pas rester sans suite”. Moi, je leur proposerais bien qu’on pende le dernier Besson avec les tripes du dernier Franz-Olivier Giesbert. Mais cela causerait sans doute un gros chagrin à Elisabeth Lévy. Et du chagrin, je ne veux pas lui en faire.

Tandis que tous s’activent à rassembler le bois du bûcher sur lequel bientôt on fera griller les roustons de Besson, procédons à l’interrogatoire de l’accusé !

Il va nu-pieds et porte la robe des hérétiques. Elle est, pour l’occasion, d’un vert délavé mais néanmoins recyclé. Quelques pénitents, badgés “Touche pas à mon pote”, ont délaissé leur propre Salut pour lui asséner des coups de fouet. Son rictus, est-ce de la douleur ou du plaisir ? C’est que le xénophobe public n°1 serait bien capable aussi d’être un petit vicelard. Il trébuche et se retrouve nez-à-nez avec la pointe des babouches de Torquemada. À sa droite, Didier Daeninckx – on ne sait pas trop ce qu’il fait ici, mais dès qu’un nazi pointe son nez dans la République des Lettres, il n’est jamais trop loin. À sa gauche, Cécile Duflot.

Daeninckx commence son réquisitoire : “Patrick Besson est raciste, car tous les écrivains, Drieu, Brasillach, Besson, sont racistes !” Duflot renchérit : “Et ses propos sont néo-colonialistes !”

Arbitre des débats autant que des élégances, Torquemada essaie de ramener ses assesseurs à la raison. Daeninckx se défend d’être un écrivain, pour la bonne et simple raison qu’il n’a jamais été nazi. Qui pourrait lui donner tort ? Mais l’inquisiteur a maille à partir avec Cécile Duflot quand il lui rappelle que la France n’ayant jamais, aux dernières nouvelles, colonisé la Norvège, aucun Français ne peut être accusé de se comporter en néocolonialiste vis-à-vis d’un Norvégien. Colonialiste, passe encore. Mais qui voudrait, en France, coloniser la Norvège depuis qu’Eva Joly nous a montré à quoi cela ressemble ? Ne l’a-t-elle d’ailleurs pas fuie, cette Norvège tant aimée dont on n’a plus le droit d’évoquer l’accent ?

Que veulent dire ceux qui portent l’accusation contre Patrick Besson ? Que Mme Joly parle un français si impeccable qu’on la croirait dotée de l’accent toulousain ?

Certes, beaucoup concèdent à l’ex-juge Joly d’avoir suffisamment bien parlé le français au cours de sa carrière dans la magistrature pour envoyer des innocents en détention préventive, poussant sa vindicte native jusqu’à se vanter, longtemps après, de les y avoir envoyés. Mais personne n’est assez sourd et malentendant pour percevoir que la langue dans laquelle elle tente désespérément de s’exprimer est musicalement un peu éloignée du français pratiqué en dehors des geôles de l’administration pénitentiaire.

Que veut nous dire le directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon en défendant Eva Joly contre l’ignoble Besson ? Des choses certainement qui nous dépassent et qui ne sont peut-être pas étrangères à un éventuel rabibochage après la dissolution du groupe parlementaire que son parti formait à l’Assemblée nationale avec les Verts…

Que veulent donc nous dire Mme Duflot et SOS Racisme ? Qu’Eva Joly n’a pas d’accent et que quiconque s’aviserait de remarquer que son français sonne étrangement serait un horrible xénophobe ?

Si tel est son objectif, elle serait bien inspirée d’organiser des distributions collectives de boules Quiès. Ou alors de demander à Eva Joly de prendre des cours accélérés de français auprès de Dany Cohn-Bendit, qui, bien que pourvu d’une double nationalité, a l’élégance, lui, de ne pas massacrer la langue de Molière chaque fois qu’il l’ouvre.

A-t-on déjà vu Patrick Besson moquer l’accent de Dany Cohn-Bendit ? De mémoire humaine, non – mais comme Besson devait chroniquer bien avant que l’humanité n’existât, rien n’est sûr en ce domaine.

Une chose est sûre : Patrick Besson est nul niveau accent evajoliesque. Il n’arrive pas à la cheville de Laurent Gerra ni aux soquettes de Michel Leeb et de Patrick Sébastien. Le type veut te faire l’accent norvégien : tout juste arrive-t-il à parodier l’accent allemand. Que dis-je, soyons xénophobes jusqu’au bout, l’accent boche ! Les représailles seront terribles : si demain je croise Patrick Besson, je le convertis à l’accent belge. Une fois.

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