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Suisse: les socialistes veulent imposer le droit de vote des étrangers

Une logique sans fin

Suisse: les socialistes veulent imposer le droit de vote des étrangers
Genève, en Suisse. Image : Pixabay

Cinquante ans après l’arrivée du suffrage féminin en Suisse, les socialistes veulent l’élargir de façon généralisée aux étrangers résidant en Suisse. Analyse. 


En janvier, le Parti socialiste suisse a déposé une intervention parlementaire et lancé une pétition en ligne nationale pour promouvoir le « droit de vote pour toutes et tous ». Par cette opération démagogique, le PS dévoile au grand jour sa nature révolutionnaire et démontre qu’il est bien souvent l’ennemi du peuple. 

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Il faut en premier lieu répondre à une question cruciale: quelle dynamique idéologique sous-tend le projet des socialistes suisses d’ouvrir le droit de vote aux étrangers? Un constat nous y aide: ce changement institutionnel, conçu comme un progrès pour la démocratie, est pensé par ses défenseurs comme la continuité historique nécessaire de l’ouverture du droit de vote aux femmes en 1971. Leur site internet indique: «Voilà 50 ans, les femmes conquéraient le droit de vote en Suisse – une victoire historique. Il nous faut désormais renforcer notre démocratie, faire un pas de plus.» C’est un projet qui s’inscrit dans la continuité du virage «diversitaire» – expression du sociologue québécois Mathieu Bock-Côté – pris par la gauche depuis au moins les années soixante.

Un nouveau groupe social pour mener la révolution

Pour le comprendre, un peu d’histoire à grands traits s’impose. Après la Seconde Guerre mondiale, toute l’intelligentsia européenne de gauche, marxiste dans son ensemble, était tournée vers l’URSS, censée incarner l’idéal socialiste. Mais au fil des années, cette lune de miel s’est brisée, puisqu’il est devenu impossible de ne pas voir en face les horreurs atroces commises par le régime communiste. Dans le même temps, on a constaté que la classe ouvrière ne voulait pas de la révolution telle que l’entendaient les marxistes classiques. Face à cette crise, la gauche a dû se restructurer, placer ailleurs ses aspirations révolutionnaires, ce qui a exigé d’elle de trouver, pour survivre intellectuellement, un nouveau groupe de dominés censé mener la révolution. Influencée par les revendications contre-culturelles, la gauche a cru la trouver – selon Mathieu Bock-Côté – dans la diversité, incarnée sous toutes ses formes par la figure du «marginal» – tantôt homosexuel, immigré, prisonnier, etc.

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Ainsi, le marxisme classique s’est fait dépasser par un progressisme plus radical encore, dont la critique était désormais plus axée sur la civilisation occidentale que sur le capitalisme. C’est dans ce cadre idéologique que se pose aujourd’hui la question de l’extension du droit de vote aux étrangers. Le suffrage féminin de 1971 n’est plus vu comme un aboutissement – une fin en soi pour un aristotélicien. La gauche y voit désormais une étape intermédiaire dans la marche du progrès vers la libération de tous les aliénés. C’est une logique sans fin, sinon la dissolution pure et simple de la nation. Celle-ci, d’ailleurs, se résume à la couleur d’un passeport aux yeux des socialistes: «Aujourd’hui encore, près de 1,5 millions de personnes vivant en Suisse ne peuvent pas participer aux prises de décision – et cela uniquement parce que leur passeport est de la mauvaise couleur.»

Autre marqueur de cette logique socialo-progressiste: le slogan «droit de vote pour toutes et tous». Sa proximité avec le slogan du «mariage pour toutes et tous» illustre le fait que la gauche ne conçoit aucune de ses revendications comme un combat particulier, la compensation d’une certaine inégalité. C’est la logique du saucisson. La gauche avance un pas après l’autre, en accusant ses adversaires d’exagérer ses intentions, mais elle ne s’arrêtera jamais. Elle est par nature une pente glissante. Tout est conçu comme le fruit d’une même logique, consistant en une libération progressive de toutes les aliénations sur le mode révolutionnaire, puisqu’il s’agit sans cesse de transformer le «système en place», porteur de toutes les misères.

Une démarche électoraliste

Sur un plan plus politique, il faut admettre que les enjeux autour d’un tel projet sont immenses. Les personnes sans la nationalité suisse présentes sur notre territoire représentent 25 % de la population, et par-là un réservoir électoral potentiel colossal. Ne faut-il pas penser que derrière les grands principes humanistes se cache à peine une logique bassement électoraliste? La gauche n’a jamais complètement enterré sa nature révolutionnaire. Quand elle ne gagne pas, c’est le système qui doit changer. Ses électeurs sont dans les villes? Elle remet en cause le système de la double majorité. Elle n’arrive pas à dégager de majorité sur un sujet? Elle va quémander le vote de «toutes et tous», quitte à risquer de déstabiliser tout l’équilibre politique d’un pays.

Comble de la démagogie, participer à la politique suisse ne demande même pas de maîtriser une des langues nationales pour le Parti socialiste, puisque le site de promotion de la pétition est traduit en espagnol, portugais, albanais, tamoul, anglais, bosnien, arabe, langue kurde, hollandais, tigrigna et turc. Quel hasard! Pas sûr d’ailleurs que, si les étrangers s’avéraient plutôt tentés par la droite, la gauche demeure aussi solide sur ses principes.

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Enfin, il faut comprendre que le fait d’accorder le droit de vote à des étrangers engage une redéfinition complète de l’idée même de participation à la vie démocratique. Selon une définition désormais réactionnaire de cette idée, ne peut participer à la vie démocratique que celui qui accepte d’être membre à part entière d’une communauté nationale avec tout ce que cela implique – romantiquement, on dirait: «celui qui accepte d’unir son destin à celui de son pays». Si l’on décide de dénaturer complètement cette idée, considérant que la nationalité peut être découplée de la citoyenneté, qu’il suffit de participer à la vie commune pour avoir les pleins droits d’un citoyen, à quoi bon devenir Suisse? à quoi bon chercher à dire «nous» avec la communauté nationale du pays qui nous accueille? à adopter sa culture, ses mœurs, ses traditions, ses langues?

Encore faut-il, pour défendre une telle idée, aimer son propre pays, croire qu’il a quelque chose à offrir aux autres, pas seulement une culpabilité historique dont il doit se purger. C’est sûrement là le cœur même du problème, l’un des axes principaux autour duquel va se construire la vie politique de ces prochaines années, bien au-delà probablement de la division gauche-droite. Quoi qu’il en soit, la souveraineté populaire n’est pas la souveraineté de «toutes et tous», mais la souveraineté des Suisses sur les institutions suisses qui leur appartiennent exclusivement. Mais les socialistes préfèrent à ce système la célèbre phrase de Brecht: quand le peuple ne vote pas pour nous, «ne serait-il pas plus simple de dissoudre le peuple?»

Source: Le Regard Libre

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Rédacteur au mensuel suisse Le Regard Libre

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