Home Économie Retraite à 65 ans ? Et puis quoi encore ?


Retraite à 65 ans ? Et puis quoi encore ?

Lafargue, réveille-toi, ils sont devenus fous !

Retraite à 65 ans ? Et puis quoi encore ?
Pexels

Ceux qui sont en faveur de la retraite à 65 ans la justifient par l’argument suivant : « On travaille plus car on vit plus ». Mais ce raisonnement va contre le sens de l’histoire.


Réhabiliter la valeur travail comme l’a fait justement Fabien Roussel n’est pas réhabiliter l’esclavage. La droite a fait semblant de penser qu’il venait sur son terrain, et une gauche qui n’est pas la nôtre, mais qui s’apparente plutôt à une police des mœurs made in Téhéran, avec contrôle des corps et confusion entre la sphère privée et la sphère publique, a fait semblant de voir là une droitisation du PCF.

Les choses, si elles en avaient besoin, vont se clarifier. Alors que Macron, non content d’être le plus parfait représentant du néolibéralisme à la tête de l’Etat, de réduire le citoyen à un agent économique, de préférer les cabinets de conseil des copains à la haute fonction publique, annonce froidement un recul de l’âge de la retraite à 65 ans. Peu importe que nombre de Français en soient réduits à faire des choix entre se nourrir et se chauffer, ce sera 65 ans.

Et comme d’habitude, le chef de l’Etat est soutenu par le chœur des économistes de plateau qui vous expliquent qu’il n’y a pas d’autres solutions, quand bien même un récent rapport du COR (Conseil d’orientation des retraites) qui n’est pas particulièrement un organe peuplé de hippies zadistes, affirme, chiffres à l’appui, qu’il n’y a pas le feu au lac. Nos économistes de plateau aiment d’ailleurs en appeler à la responsabilité des uns et des autres et leur dire que ce n’est pas possible d’avoir un tel train de vie. J’ai toujours trouvé gênant, pour ma part, les appels au serrage de ceinture et autres leçons de morale lancés par des gens qui gagnent 15 ou 20 000 euros, à ceux qui en gagnent dix fois moins. Ce n’est pas la décence qui les étouffe.

A lire aussi: Après « Nous sommes en guerre… »

Seulement, là, malgré tout, on sent que ça ne va pas se passer comme ça. Même la CFDT habituée à négocier le poids des chaînes, refuse le diktat des 65 piges. Nous n’en sommes encore qu’aux prodromes de la bataille, mais il y a de fortes chances qu’on entende à nouveau un des arguments que je trouve le plus tranquillement abject et qui indique une vision du monde assez proche de celle de Marie-Antoinette, c’est à dire une insensibilité ou une inconscience totale de ce qu’est le quotidien des Français, hors deux ou trois arrondissements parisiens où les additions des restaurants dont les cuisines sont pleines de clandestins, ont à peu près par personne le montant d’un caddie hebdomadaire pour une famille de cinq dans le Pas de Calais.

Et cet argument, le voilà : on devrait travailler plus, parce qu’on vit plus longtemps.

Outre que cela demanderait à être nuancé, – l’espérance de vie en bonne santé ne bouge pas, elle aurait même tendance à régresser -, c’est nier de toute manière tout sens de l’histoire. Si les communistes trouvent que le travail reste une valeur, c’est parce qu’il a permis de dominer la nature et d’assurer la subsistance de tous. Le marxisme, ce n’est pas bosser ad vitam aeternam : les générations passées se sont sacrifiées pour les générations futures, pour que l’humanité puisse se reposer et connaître ce que Hegel nomme joliment « Le dimanche de la vie ». C’est-à-dire un temps libéré de plus en plus important, gagné grâce aux gains de productivité toujours plus grands. Paul Lafargue, gendre de Marx, avait intitulé de manière provocatrice, son essai sur ce sujet Le droit à la paresse en… 1880. C’était pour choquer le bourgeois, celui qui s’indignera en 1936 de voir les premiers congés payés envahir les plages, les campagnes et les premières auberges de jeunesse.

Mais la paresse dont parle Lafargue, c’est ce temps gagné par le monde du travail au profit du capital et qui devrait, en toute justice, lui être redistribué sous forme de temps libre dont il fera ce qu’il voudra : « Si, déracinant de son cœur le vice qui la domine et avilit sa nature, la classe ouvrière se levait dans sa force terrible, non pour réclamer les Droits de l’homme, qui ne sont que les droits de l’exploitation capitaliste, non pour réclamer le Droit au travail, qui n’est que le droit à la misère, mais pour forger une loi d’airain, défendant à tout homme de travailler plus de trois heures par jour, la terre, la vieille terre, frémissant d’allégresse, sentirait bondir en elle un nouvel univers… »

Trois heures par jour…

Les derniers jours des fauves

Price: 20,90 €

22 used & new available from 1,78 €

Comme un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine

Price: 14,00 €

15 used & new available from 2,99 €

Un peu tard dans la saison

Price: 8,10 €

21 used & new available from 3,26 €

Norlande

Price: 6,40 €

18 used & new available from 2,41 €


Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Previous article Pour les mélenchonistes, il faut « dénazifier » la France
Next article Commerce extérieur : le grand effondrement
Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Le système de commentaires sur Causeur.fr évolue : nous vous invitons à créer ci-dessous un nouveau compte Disqus si vous n'en avez pas encore.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération