Quantcast
Home Édition Abonné Avril 2022 [Nos années Causeur] Minoritaire au carré: En mémoire de Luc Rosenzweig et Roland Jaccard


[Nos années Causeur] Minoritaire au carré: En mémoire de Luc Rosenzweig et Roland Jaccard

Leroy est nu!

[Nos années Causeur] Minoritaire au carré: En mémoire de Luc Rosenzweig et Roland Jaccard
Jérôme Leroy © Hannah Assouline

100 numéros et 1500 papiers plus tard, Jérôme Leroy vous parle de ses années Causeur


J’ai écrit mon premier article pour Causeur en août 2008. Si je compte bien, ça fait plus de treize ans. Autant dire que je suis de l’aventure depuis le début et que j’ai participé aux 100 numéros parus, d’une manière ou d’une autre. En comptant les articles du site, j’ai dépassé les 1 500 papiers. On n’en est pas encore à un volume de la Pléiade, mais on s’en rapproche. J’ai eu le temps de voir passer trois présidents de la République. Un de droite, un de gauche et un autre qui n’est, paraît-il, ni de droite ni de gauche sans pour autant être du centre. Reste à savoir si Sarkozy était vraiment de droite et Hollande vraiment de gauche.

Causeur, pour moi, est à l’image de ce moment de l’histoire de France où pas mal de repères idéologiques ont volé en éclats, où les étiquettes n’ont plus grand sens. Par une étrange coïncidence, mon premier article se passait déjà à l’époque où Poutine menait une guerre. C’était pendant la courte période où il était Premier ministre de Medvedev pour faire semblant de respecter la Constitution. La Géorgie avait envahi l’Ossétie du Sud qui avait des velléités prorusses et la Russie avait déclaré la guerre à la Géorgie. Sarkozy avait réussi une médiation diplomatique. Le pire avait été évité. Moi, j’avais pastiché Bernard-Henri Lévy en imaginant, conformément à ses habitudes, le reportage exagérément lyrique qu’il aurait pu écrire sur la ligne de front. Déjà du mauvais esprit, mais à Causeur, c’est presque un prérequis.

A lire aussi : BHL et l’échec mondial de la politique des bons sentiments

L’article avait plu et depuis, Causeur et moi, on ne s’est plus quittés. Ça étonne beaucoup de mes amis et ça réjouit certains de mes ennemis : « Vous voyez bien qu’il n’est pas de gauche. Comment peut-il accepter d’écrire pour eux ? » Ma réponse est simple, dans les deux cas : j’y reste parce que j’y écris ce que je veux, depuis le début. Quel journal m’aurait laissé en 2008 écrire un papier défendant Jean-Marc Rouillan qu’on avait renvoyé en prison car il avait refusé d’abjurer ses années Action directe ? Ou, toujours la même année, écrire un des premiers articles alertant sur le sort fait à Julien Coupat et ses amis, emprisonnés sans preuve après avoir été accusés d’avoir saboté des TGV au nom de l’insurrection qui venait et qui, d’ailleurs, n’est toujours pas arrivée ? Plus tard, Causeur m’a laissé défendre Chavez et, plus récemment encore, attaquer Éric Zemmour. C’est dire leur degré de tolérance.

Et puis comment expliquer, aux amis comme aux ennemis, ce plaisir qui oscille entre masochisme et orgueil, et qui consiste à être minoritaire dans un journal lui-même minoritaire. À être minoritaire au carré, en quelque sorte.

A lire aussi : Jean-Marc Rouillan: d’Action directe au «courage» abject

Mon histoire avec Causeur, elle commence avant Causeur, en fait. Au mitan des années 1990, j’ai rencontré Élisabeth Lévy dans les réunions de rédaction d’une revue qui s’appelait Immédiatement, lancée par des étudiants royalistes en rupture de ban. Élisabeth et moi faisions figure d’anciens dans cette agglomération de jeunes gens qui étaient à la fois monarchistes et républicains, catholiques et gaullistes, gauchistes et antimodernes, et communiaient dans une admiration pour Philippe Muray. Élisabeth recueillait alors ses propos pour la revue, et leurs entretiens allaient donner naissance à Festivus festivus en 2005.

En 2002, au moment de la campagne de Jean-Pierre Chevènement, Élisabeth m’a fait signe pour participer à quelques dîners de soutien qui réunissaient des intellectuels venus de tous bords. Cela a même donné un livre, Contes de campagne, composé de nouvelles et de témoignages – excusez du peu – de Muray, bien sûr mais aussi de Houellebecq, de Max Gallo ou d’Edmonde Charles-Roux. Ce genre d’aventure crée des liens qui résistent à toutes les engueulades. Il est beaucoup plus facile, pour moi, d’être en « désaccord parfait » (Muray, encore) avec quelqu’un qui a cru la même chose que moi, à un moment donné.

Vingt ans après, comme dans un roman de Dumas, j’écris cet article pendant une autre campagne électorale. Cette fois-ci, Élisabeth et moi, nous ne voterons probablement pas pour le même candidat. Quelle importance du moment qu’elle me laisse, et je l’en remercie, poursuivre notre conversation par Causeur interposé, pour encore 100 autres numéros.


Ne manquez pas notre numéro 100, actuellement en vente

Avril 2022 - Causeur #100

Article extrait du Magazine Causeur


Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Previous article Tartuffe réélu: «Cachez cette France que je ne saurais voir»
Next article Combattre l’islamisme d’atmosphère
Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Le système de commentaires sur Causeur.fr évolue : nous vous invitons à créer ci-dessous un nouveau compte Disqus si vous n'en avez pas encore.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération