Merde au respect ! | Causeur

Merde au respect !

Je veux bien vivre ensemble, mais pas avec toi

Auteur

François Miclo

François Miclo
Twitter : @fmiclo

Publié le 01 décembre 2011 / Société

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Photo : Moira_Fee.

Heinrich Heine a causé beaucoup de tort à Emmanuel Kant. Quand Nietzsche se contentait d’affubler le « Chinois de Königsberg » de sobriquets dignes de cours de récréation, Heine écrivait les pages les plus vachardes sur l’auteur des trois Critiques. C’est dans De l’Allemagne que le poète dresse, en 1853, le plus calamiteux portrait du philosophe : « L’histoire de la vie d’Emmanuel Kant est difficile à écrire, car il n’eut ni vie ni histoire ; il vécut d’une vie de célibataire, vie mécaniquement réglée et presque abstraite, dans une petite rue écartée de Königsberg. » Et de propager le bruit que les voisins de Kant savaient exactement « qu’il était deux heures et demie » quand ils voyaient passer le philosophe sous les tilleuls d’une allée à laquelle, de son vivant, la rumeur publique avait déjà donné son nom, complétant le tableau par l’image du vieux Lampe, domestique usé, dont la fonction principale consistait à suivre le maître, parapluie sous le bras. En cas d’averse.

Voilà où naît notre modernité philosophique, voilà où ont été forgés les grands concepts avec lesquels nous tentons encore de penser un monde qui n’est plus tout à fait moderne : nous mettons nos pas dans ceux d’un homme dont la pratique du vivre-ensemble consistait essentiellement à sortir huit fois par jour accompagné d’un porte-parapluie… En cas d’averse.

[...]

Cet article est issu de Causeur magazine n ° 41.

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  1. « Analytique du sublime » in Critique de la faculté de juger et « Éléments métaphysiques de la Doctrine de la vertu » in Métaphysique des mœurs

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    publié dans le Magazine Causeur n° 41 - Novembre 2011

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    causeur 41
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    • 2 Décembre 2011 à 16h33

      agatha dit

      Dans son domaine, Piet Mondrian incarne ce paradoxe. Phobique du monde, isolé dans son atelier à Paris, il participe à la conception d’un art extrêment social et d’un schéma urbanistique axé sur une présence directe dans un espace clair.
      http://videos.arte.tv/fr/videos/mondrian_de_stijl_deux_expositions-3573668.html
      Cette courte vidéo se termine par les mots “mieux vivre ensemble”. A propos de Mondrian, et d’après ce qu’on sait de sa vie, c’est très étonnant!

    • 2 Décembre 2011 à 8h23

      L'Ours dit

      Amerotke!

      très joli!

      à méditer. 

    • 1 Décembre 2011 à 21h54

      Sophie dit

      L’humain est souvent décevant, c’est vrai. Mais pourquoi noircir le tableau?

      Il y a aussi des actes humains d’une beauté et d’une grandeur époustouflantes.

    • 1 Décembre 2011 à 18h23

      pirate dit

      C’est presque amusant, un jour je tenais ces propos à une ancienne fiancée qui m’expliquait haut et fort qu’elle ne devait rien à personne, d’ailleurs qu’elle était seule dans la conduite de sa vie. Au sens particulier c’était faux, mais ça l’était surtout parce qu’au sens général ça l’est. On ne doit rien, sauf si on s’en sent le devoir précisément. Ne jamais s’en sentir le devoir, et proclamer son indépendance et sa liberté à tout bout de champ consiste à habiller son égocentrisme de parures flatteuses. On doit beaucoup et tout le temps, on est obligé de le reconnaitre si tant est qu’on est un peu honnète, pas d’en tenir forcément compte si l’on veut pouvoir également respirer, et admettre également que cette relation à l’autre commence par la relation à soi. Après rentre en compte les affaires de respect, mais le respect ça se gagne. Parfois on le mérite, parfois pas, ce que l’autre en reconnaitra dépend d’abord de lui et de sa perception. Cette manigance de tisseur (excellent le raccourcis d’ailleurs) des hommes de pouvoir, n’est rien de plus que d’obtenir une paix sociale à bon compte, ou plus exactement d’en donner l’apparence. Il est vrai qu’il est toujours plus simple de réunir des gens autour d’une table pour débiter des banalités que de s’investir dans des actions concrètes, de long terme, et qui ne sont pas forcément taylorisables.

    • 1 Décembre 2011 à 18h05

      Amerotke dit

      Sully-Prudhomme, un poète du XIX° siècle avait fait un poème dans lequel il imaginait en songe, que tous les artisans qui l’entouraient refusaient de le servir.
      A son réveil il constatait que le travail était partout:
      Je connus mon bonheur et qu’au monde où nous sommes
      Nul ne peut se vanter de se passer des hommes;
      Et depuis ce jour là, je les ai tous aimés.

      Vaut-il mieux être poète ou philosophe ou tout simplement ne pas se poser des questions inutiles. On n’aura ainsi pas besoin d’y répondre

      à Lisa Lors d’un autre sujet, vous aviez constaté mon absence. Rassurez vous, je continue toujours à vous lire, même si l’envie me manque de me mêler à la discussion

      • 2 Décembre 2011 à 9h29

        lisa dit

        Tant mieux ! mais on aime bien vos interventions….

    • 1 Décembre 2011 à 17h13

      laborie dit

      Mort sans être compris d’avoir écrit..”Prolégomènes à toute métaphysique, future qui voudra se présenter comme Science”..quelques 20 ans plus tard, il se consola de sa misanthropie en voyant son cercueil suivi par Rutger Schumacher son garde-chasse..

    • 1 Décembre 2011 à 16h13

      L'Ours dit

      bel et talentueux exercice, François Miclo.

      Certes c’est parce qu’on se fait une haute idée de l’homme qu’on devient misanthrope. C’est d’abord parce qu’on aime qu’on est déçu. Alors oui, c’est la forêt qui cache l’arbre et il est difficile de se faire un environnement avec ces quelques arbres trop éloignés les uns des autres et si difficiles à trouver.
      C’est peut-être ce qui me pousse, à tort, dans ma caverne, mais ce n’est pas la haine qui m’y conduit, c’est l’amour.
      Alors il faut prendre l’homme comme il est, nous dit Kant et j’essaie d’écouter Philinte dans le misanthrope (phrase remise en mémoire grâce à  Fabrice Luchini):
       ”Je prends tout doucement les hommes comme ils sont J’accoutume mon âme à souffrir ce qu’ils font”

    • 1 Décembre 2011 à 16h11

      lisa dit

      Merci, je me suis cultivée !

    • 1 Décembre 2011 à 15h18

      Impat1 dit

      L’aspect amène du titre, c’est qu’on peut l’inverser: je veux bien vivre avec toi, mais pas ensemble. C’est d’ailleurs sous cette dernière forme qu’on l’entend, le plus souvent…
      Plus sérieusement vous avez mille fois raison. Vivre ensemble, c’est notre nature d’animal politique. Mais notre nature est compliquée, et si je veux être ermite, qu’on me fiche la paix.