Mélenchon, homme de droite ? | Causeur

Mélenchon, homme de droite ?

L’énigme du Buisson ardent

Auteur

François Miclo

François Miclo
Twitter : @fmiclo

Publié le 17 avril 2012 / Politique

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C’est Jean-Jacques Bourdin qui, hier, sur BFM, a levé le lièvre. Le truc de sa vie. Il était face à face à Jean-Luc Mélenchon quand il lui a posé la question qui tue : “Avez-vous participé, oui ou non, à la remise de la légion d’Honneur à Patrick Buisson par Nicolas Sarkozy ?” Et notre méluche national, pardon international, de répondre : “Oui, j’y étais. Il m’avait invité.”

Depuis, les commentaires vont bon train : quoi, Mélenchon, chantre de l’universalisme à la française parader sous les ors de la République en compagnie de Buisson, l’auteur de sinistre mémoire du virage à droite du sarkozysme – comme si virer à droite quand on est déjà à droite ne correspondait pas en réalité à un virage à gauche ou, pour le moins à un retour au point initial ? Un homme de gauche fréquentant un homme de droite ? Il y a nécessairement anguille sous roche et je vous le donne en mille, les plus brillants de nos journalistes politiques en ont conclu que Jean-Luc Mélenchon n’était qu’un vulgaire sous-marin de poche piloté par l’Elysée pour grappiller des voix à François Hollande. Bref, ce que François Mitterrand était parvenu à faire pour la droite avec le Front national, Nicolas Sarkozy l’aurait essayé avec la gauche : faire monter les extrêmes, leur faire la courte échelle.

Sur ce point, on ne peut que donner raison aux commentateurs : une candidature unique de François Hollande aurait grandement facilité son accession prévue à la magistrature suprême. Tout démocrate devrait, par nature, quand il est de gauche, se rallier au principe de la candidature unique : Staline n’était pas du genre à voir d’un bon œil d’autres candidats se présenter contre lui à d’hypothétiques élections. Quand l’un ou l’autre était en mesure de le faire, Gorki lui taillait un costard sur mesure et, si ça ne suffisait pas, Beria prenait ses mensurations pour le cercueil. Oui, la candidature unique épargne bien des peines, des chagrins et des déboires.

Des gens comme Philippe Poutou, Nathalie Arthaud, Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon sont franchement des rabat-joie et des empêcheurs de tourner en rond. Sans eux, François Hollande aurait fait un 102 % voire un 103 % – mais, faut pas exagérer, nous ne sommes pas dans une république bananière – dès le premier tour de la présidentielle. Et puis voilà, ils sont là, compliquent la mise et obligent le candidat plébiscité à aller vers un second tour. Et pourquoi pas un troisième, pendant que vous y êtes ?

Le sujet n’en demeure pas moins que cette collusion entre Jean-Luc Mélenchon et Patrick Buisson – le premier ayant assisté à la remise de décoration du second – met en péril la République. Et la démocratie. Et la gauche. Et les droits de l’homme. Et ta sœur ?

Je serais à la place de mes confrères éditorialistes – je n’y suis pas – je réclamerais pour Jean-Luc Mélenchon les peines que lui-même requiert. Il est social-traitre ? Qu’il s’en aille ! Et puisqu’il ne veut pas partir, qu’on l’envoie au goulag et qu’on adresse à sa famille, le jour venu, la facture de la balle que la Gauche éternelle, parfois social-démocrate, mais toujours immaculée de toute étreinte avec le réel, lui collera dans la nuque pour l’absoudre de ses fautes.

Ce n’est pas moi qui parle. Ce sont eux qui le font. Ils réclament sa tête, ici et maintenant. Puissent les dieux immortels avoir pitié de sa caboche !

Et si tout simplement – horrible hypothèse –, le petit père (des peuples) Mélenchon n’était qu’un homme de bonne volonté ? Un idéaliste, un utopiste, un âne buté, mais pas un sectaire. Un simple Français qui a mûrement médité les leçons de la France : aux obsèques de Barrès, c’est Léon Blum qui pleurait le plus. Et alors ?

Nous vivons dans un même pays. Nous sommes Français et nous pouvons nous causer, et même nous respecter, d’un bord à l’autre de la République, sans être suspectés de succomber aux alliances rouges et brunes. Nous respecter, les uns et les autres, et même nous aimer, tandis que nous communions en ce que Péguy appelait “la République, une et indivisible, notre royaume de France”.

Dès lors, pourquoi certains commentateurs reprochent-ils à Mélenchon d’être, d’une manière ou d’une autre, lié à Buisson ? C’est bien simple. Ils ont, chevillée à l’esprit, la sotte idée que la politique est tout, que les adversaires sont des ennemis à mort et que l’opposition est une lutte sans merci. Cette idée-là, selon laquelle il y a la politique et rien d’autre, on l’appelle le totalitarisme.

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    • 17 Avril 2012 à 18h34

      Lionel_Lumbroso dit

      [FM] “C’est bien simple. Ils ont, chevillée à l’esprit, la sotte idée que la politique est tout, que les adversaires sont des ennemis à mort et que l’opposition est une lutte sans merci”
      Mais non, ce n’est pas une “sotte idée” sur “la politique”, c’est une approche “totalitaire” (comme vous dites) de la morale comme substitut à la politique !
      Meanwhile, la politique se poursuit cahin-caha en étant déconsidérée sans raison, le gros bug étant que le discours sur la politique n’a plus grand chose à voir avec le réel de celle-ci. Qu’on appelle un chat un chat ! et, par exemple, Buisson un homme ayant éventuellement des idées trop à droite mais tout de même suffisamment sympathique pour qu’un Mélenchon honore son invitation. Plus on avance et plus les discours n’honorant pas la vérité apparaissent futiles. On sent bien une prise de conscience générale graduelle sur ce point, mais le nombre encore considérable de retardataires n’en finit pas d’étonner.

      [FM] “Nous vivons dans un même pays. Nous sommes Français et nous pouvons nous causer, et même nous respecter, d’un bord à l’autre de la République, sans être suspectés de succomber aux alliances rouges et brunes. Nous respecter, les uns et les autres, et même nous aimer, tandis que nous communions en ce que Péguy appelait “la République, une et indivisible, notre royaume de France”.”
      Mais dites donc, si vous portez des choses opportunes, justes et fortes comme ça, pourquoi faire les 9/10èmes de votre article dans le sarcasme ??? Vous manquez d’arguments, ou quoi ??
      Cordialement,
      Lionel 

    • 17 Avril 2012 à 12h59

      L'Ours dit

      Ce qui me fascine, François Miclo, c’est votre dévouement au service de la cause Causeur!
      Oui! Déjà j’en ai plus que ras la casquette du populo Mélanchon, mais le simple nom de Jean-Jacques Bourdin m’aurait aussi empêché de chercher la fréquence BFM.

    • 17 Avril 2012 à 12h26

      livia dit

      Franchement les sympathies et les amitiés des uns et des autres me laissent de glace.Dans la vie nous avons tous rencontré et parfois sympathisé avec des opposants politiques, je ne vois pas où est le problème.

      Par contre leur choix de société …

    • 17 Avril 2012 à 12h25

      Fiorino dit

      C’est vrai, on a l’impression que ce soit plus républicain fréquenter le suisse tariq ramadan que patrick buisson. Je pense que Bourdin veut absolument l’élection de françois hollande c’est pour ça qu’il a lancé cette boule puante. Ceci dit Méluche avait soutenu Zemmour donc je ne vois pas où est le problème. J’éspère que les électeurs envoyeront une claque à cette caste de journaliste qui veut absolument decider l’élection, j’en arrive même à souhaiter méluche plutôt que hollande, tellement ce mec est naze.

      • 17 Avril 2012 à 14h20

        lisa dit

        Il avait soutenu Zemmour ? c’est chouette ça.

    • 17 Avril 2012 à 12h23

      Patrick Mandon dit

      Mais alors, François, que de contorsions, quel apparent déni, et combien de grimaces et presque de chochoteries de la part de Mélanchon, avant cet aveu : « Oui j’étais à la remise de médaille de Buisson » ! C’est toute cette comédie qui signale la rupture entre la France de Blum, de Barrès, de Péguy, et le pays de parades et de simagrées qui est le nôtre.