Jean-Luc Mélenchon a assisté à la remise de la légion d’honneur de Patrick Buisson en 2007. Tu te rends compte, chéri ? C’est du lourd, ça ! Le candidat du Front de Gauche, que l’on croyait être un valet néo-stalinien de l’Eurabia, baguenaudant dans les salons de l’Elysée et regardant Nicolas Sarkozy décorer son conseiller le plus droitier, initiateur de la stratégie du « triangulons Marine Le Pen en lui piquant son fond de commerce sur l’immigration et la délinquance », d’ailleurs moyennement pertinente si l’on en croit les sondages…
Je ne sais pas si Jean-Luc Mélenchon est l’ami de Patrick Buisson ou si, ce qui me semble tout de même plus crédible, il a répondu à l’invitation d’un homme avec qui il avait partagé de nombreux plateaux télévisés quand ils participaient tous les deux à une émission politique sur LCI et qu’il le trouvait sympathique. Et de toute manière, je m’en moque.

L’information, si tant est que l’on puisse donner ce nom à un ragot de fin de campagne, m’intéresse cependant pour plusieurs raisons. D’abord par ce qu’elle révèle de certaines méthodes qui consistent à attendre le dernier moment pour attacher une bonne vieille casserole à un candidat. Bon, en soi, ça n’a rien de surprenant, la manip est connue, presque banale. Mais appliquée à Mélenchon, c’est l’hommage du vice à la vertu : on dirait bien qu’il est devenu un grand candidat, Méluche, pour avoir le droit à ce traitement de faveur et qu’on lui consacre des unes comme la dernière en date du Nouvel Obs, que n’aurait pas reniée un hebdomadaire néoconservateur américain au moment de l’élection d’Obama.

Après des rassemblements comme ceux de la Bastille, de Toulouse ou de Marseille et des sondages qui le mettent obstinément autour de 15% depuis plusieurs semaines, il était temps, non ? On serait même tenté de dire que cela arrive bien tard. A moins que cette longueur à la détente soit précisément due à une dénégation générale de ses adversaires politiques et médiatiques qui ont voulu croire jusqu’au bout ou presque que ces 15% d’électeurs pour une gauche radicale et concrète, c’était un épiphénomène, un cauchemar passager dont il ne fallait pas s’affoler.

Une autre raison, également assez amusante, est que cette amitié supposée entre Patrick Buisson et Jean-Luc Mélenchon indique bien à quel point l’homme du Front de Gauche est difficile à attaquer pour ses ennemis sans que ceux-ci ne sombrent dans la contradiction et l’approximation. Voilà que celui que l’on a complaisamment voulu faire rentrer dans la case du partageux archaïque, du communiste dogmatique et intolérant serait ami avec un homme venu de l’extrême droite. Mince alors, il faudrait savoir ! Il est sectaire comme un trotskyste de l’OCI ou ondoyant comme un mitterrandien de la FGDS ? En la matière, ça ne va pas pouvoir être fromage et dessert. Il faudra choisir…

Plus généralement, cela met aussi en lumière une manière de police de la pensée assez typique de notre temps. Un engagement politique affirmé suffirait à résumer toute la vie d’un homme, tout son univers mental et affectif. Un communiste, (c’est plus simple comme exemple), devrait manger communiste, boire communiste, lire communiste, voyager communiste, baiser communiste… Le moindre écart dans un de ces domaines prouvant évidemment par A+B qu’il trahit son idéal et qu’il pactise avec l’ennemi. Que l’on me permette de dire que cette façon de voir trahit plutôt une fragilité idéologique chez ceux qui en font preuve. Faut-il être peu convaincu de ses propres idées pour croire que lire des auteurs de droite quand on est de gauche ou aimer une socialiste quand on est de droite pourrait faire changer de bord…

Et je suis bien placé pour en parler : j’écris à Causeur depuis quelque temps déjà, j’y ai quelques solides amitiés avec certains alors que je ne suis d’accord avec eux sur à peu près rien, je n’ai pas hésité à défendre Zemmour, à célébrer le génie de Chardonne ou d’ADG. Mais cela ne m’empêchera pas de continuer à être ce que je suis : un rouge irrécupérable.
Et que lorsqu’Elisabeth Levy m’invitera à sa remise de légion d’honneur, j’irai avec grand plaisir parce que je serai très content pour elle.

Et aussi parce que c’est mon amie.

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