Législatives: une Assemblée présidentielle | Causeur

Législatives: une Assemblée présidentielle

Emmanuel Macron obtient la majorité absolue

Auteur

AFP

Publié le 18 juin 2017 / Politique

Mots-clés : , ,

Emmanuel Macron au Mont Valérien, 18 juin 2017. SIPA. 00811551_000087

Paris (AFP) – Emmanuel Macron a obtenu dimanche une des plus larges majorités parlementaires de la Ve République à l’occasion du second tour des élections législatives, mais moins écrasante qu’annoncée par certains sondages, et avec une abstention qui atteint de nouveaux sommets.

Selon les estimations de plusieurs instituts disponibles à 20h00, la République en marche (REM) et son allié du MoDem s’adjugent de 355 à 360 sièges, très largement au-delà de la majorité absolue de 289 sièges, mais a priori nettement sous la barre des 400 que laissait augurer le premier tour. Seul l’institut Elabe accorde au parti présidentiel entre 373 et 403 sièges, selon une deuxième estimation légèrement revue à la baisse. Le MoDem de François Bayrou s’adjugerait une quarantaine de sièges au sein de cette majorité.

Porte-parole de la REM, Benjamin Griveaux s’est félicité d’”une majorité claire”.

La soirée est marquée par un nouveau record: celui de l’abstention pour des élections législatives, qui devrait dépasser les 56%, selon plusieurs instituts. Un record aggravé par rapport au premier tour dimanche dernier (51,30%) et qui place ces élections législatives aux niveau de scrutins traditionnellement moins mobilisateurs, comme les européennes, les régionales ou les cantonales.

L’alliance entre Les Républicains (LR) et l’UDI obtiendrait entre 128 et 130 sièges, au-dessus de la fourchette espérée à droite après le premier tour. Son chef de file François Baroin a salué un groupe “suffisamment important pour faire valoir les convictions” de la droite.

Le Parti socialiste et ses alliés (PRG inclus) obtiendraient entre 46 et 50 sièges, très loin des 302 sièges de l’Assemblée sortante, mais là aussi moins catastrophique que redouté pour un PS qui craignait même de ne pouvoir constituer un groupe parlementaire (15 personnes minimum).

Une “déroute incontestable”, a admis son premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis qui a annoncé son retrait de la direction du parti.

3 nationalistes corses élus

La France Insoumise et le PCF obtiendraient respectivement une vingtaine et une dizaine de sièges, selon les estimations, là aussi bien mieux que prévu.

Le Front national obtiendrait quant à lui six sièges et sa présidente Marine Le Pen effectue son entrée à l’Assemblée, de même que son compagnon Louis Aliot. S’il triple le nombre de ses députés, il échoue à constituer un groupe parlementaire, ce que laissait déjà entrevoir ses scores du premier tour.

Ce scrutin est également marqué par une première en Corse: l’élection de trois députés nationalistes, Michel Catellani, Jean-Félix Acquaviva et Paul-André Colombani.

L’attention se portait dimanche soir sur le sort de plusieurs personnalités, comme Jean-Luc Mélenchon à Marseille, ou d’autres en difficulté comme Manuel Valls à Evry, Najat Vallaud-Belkacem à Villeurbanne (Rhône) ou encore Nathalie Kosciusko-Morizet à Paris, trois jours après avoir été agressée en distribuant des tracts sur un marché.

Plusieurs sortants en situation difficile sont finalement élus: le patron du groupe socialiste Olivier Faure, le communiste André Chassaigne, ou encore Eric Ciotti à droite. Protégés par la REM, les anciens ministres Stéphane Le Foll et Sylvia Pinel gardent leurs sièges.

Le documentariste François Ruffin (LFI) et le lieutenant de Jean-Luc Mélenchon, Alexis Corbière, feront, eux, leur entrée à l’Assemblée.

Sont en revanche battus: le numéro 2 du FN Florian Philippot, l’ancien ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas, le chef de file des frondeurs PS Christian Paul.

Malgré des défaites moins lourdes qu’annoncé, les grandes manoeuvres se poursuivront cette semaine chez les grands partis: bureau national mardi et conseil national samedi pour le PS; bureau national pour Les Républicains mercredi, après l’élection de leur président de groupe – Christian Jacob a été réélu dimanche – et bureau politique du FN mardi.

De son côté, Emmanuel Macron a désormais les mains libres pour appliquer son programme (moralisation de la vie publique, réforme du droit du travail…). Le prochain rendez-vous électoral aura lieu le 24 septembre, avec le renouvellement de la moitié du Sénat, actuellement à droite.

Assemblée profondément renouvelée

Comme de tradition après un scrutin législatif, le Premier ministre Edouard Philippe devrait remettre lundi ou mardi la démission de son gouvernement et en former immédiatement un nouveau, qui ne devrait pas comporter de grands changements.

Le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner, Richard Ferrand malgré les affaires judiciaires, Bruno Le Maire et Annick Girardin ont été élus. Les deux autres ministres en lice – Marielle de Sarnez et Mounir Mahjoubi – étaient en ballotage favorable pour ce second tour.

Le Premier ministre prononcera vraisemblablement le 4 juillet sa déclaration de politique générale à l’Assemblée. Si son approbation ne fait aucun doute, le vote des groupes minoritaires sera scruté de près et pourrait tracer une ligne de fracture au sein des Républicains comme chez les socialistes, entre les députés approuvant et ceux refusant de voter la confiance. La majorité, déjà immense, grignoterait de nouvelles voix supplémentaires.

Pour cette XVe législature, l’Assemblée sera en tout état de cause profondément renouvelée.

Seuls 222 députés sortants étaient qualifiés pour le deuxième tour et 224 autres sortants ne se représentaient pas, plus du double qu’en 2012.

Les nouveaux parlementaires, dont très certainement un nombre record de femmes, commenceront à arriver mardi au Palais-Bourbon.

Les groupes éliront leur président et le successeur au perchoir du socialiste Claude Bartolone sera élu le 27 juin. En attendant, l’imposant groupe macroniste sera réuni en séminaire le week-end prochain à la présidence de l’Assemblée nationale. A cette occasion doivent être attribués les postes-clés de la nouvelle Assemblée.

  • Article en accès libre. Pour lire tous nos articles, abonnez-vous !

    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 20 Juin 2017 à 22h41

      Oddo dit

      2017, c’est la fin de la période qui a commencé en 2002…Le peuple a fini de répondre aux hommes politiques qui ‘entendaient’ sa colère, son désespoir, son exaspération, à chaque élection, et même au référendum de 2005…Les millions de voix qui donnent un nombre dérisoire de députés, et la soi disant gauche qui ne fait rien pour mettre un peu de proportionnelle ; les ‘frondeurs’ si peu courageux auraient pu en faire un combat majeur entre 2012 et 2017. La réforme territoriale est une humiliation supplémentaire, de Paris, sans regarder les français…

    • 20 Juin 2017 à 8h38

      Amaury-Grandgil dit

      Le pire du pire c’est que politiques et militants n’ont rien compris à rien et veulent encore pérenniser les clivages actuels, chacun dans son camp ainsi Macron est là pour vingt ans…

    • 19 Juin 2017 à 13h47

      lafronde dit

      “Assemblée présidentielle” est le titre idoine pour cette instance !

      Jusqu’au 1er tour de la présidentielle, les principaux partis : PS, LR, FN, FdG, étaient “présidentialistes”, rejoints par En marche, créé autour du projet pésidentiel de son champion. Il n’est donc pas illogique que les électeurs ayant émis un vote “non-gagnant” (non pro-Macron) se soient dit “c’est plié, je vai m’aérer l’esprit avec d’autres activités” la belle saison s’y prête.

      Mais cette impression que “c’est plié” est précisément une illusion, une aliénation, puisqu’elle détourne le citoyen d’un choix – certes collectif – mais tout de même fait à l’échelle locale (environ cent dix mille habitants).

      Les citoyens qui sont allés voter selon leur conviction ont pu faire élire :
      - des regionalistes autonomises en Corse
      - des affreux sales et méchants candidats du FN, de DlF, de la Ligue du Sud, tous candidats politiquement incorrects
      - des candidats LR macro-sceptiques (il en reste !)
      - des candidats France insoumise (c’est pas ma tasse de thé, mais pour s’opposer à la casse du Code du Travail, c’est une bonne renfort !)

      Puis-je rappeler ? que la demande de travail croît avec l’investissement ! Qu’elle est inversement proportionnelle à la fiscalité ! Que sans baisse des dépenses publiques inutiles, pas de baisse d’impôts, pas d’investiisment, pas d’emploi !

      Par conséquent s’attaquer au Code du Travail sans avoir en même temps relancé l’investissement privé par une baisse d’impôt des acteurs de l’entreprise, c’est faire subir au salariat, les effets d’aubaine des recruteurs. C’est précariser le salariat.

      Rien de libéral dans cette dévalorisation des contrats de travail du privé, c’est une mesure étatico-patronale qui correspond fort bien à l’alliance entre la Haute fonction publique et le patronat français et incarnée par le Président Macron.

      Vous regrettez de ne pas être allé voter au 1er et au 2e tour ? Vous regrettez le programme Fillon ? Bien moins antisocial ! Vous pouvez !

    • 19 Juin 2017 à 13h33

      saintex dit

      Avec le mode de scrutin, Il y a déjà souvent un décalage entre l’avis des Français et leur représentation. Depuis des années, le nombre de députés EELV et FN en est le témoignage.
      Mais avec presque 57% d’abstention, c’est aussi décalé que opaque. Au-delà des postures convenues des gagnants et des perdants, il serait plus qu’intéressant de savoir combien chaque parti a réuni de suffrage.
      Je ne trouve pas cette information. Est-ce que quelqu’un sait la dénicher. Dénicher, car sa mise en lumière contredira forcément les discours, et la presse docile n’est pas motivée à donner cet élément clef de toute analyse.

      • 19 Juin 2017 à 13h58

        lafronde dit

        @saintex
        c’est pourtant affiché sur interieur.gouv.fr

      • 19 Juin 2017 à 14h14

        Villaterne dit

        https://www.interieur.gouv.fr/Elections/Les-resultats/Legislatives/Resultats-des-elections-legislatives-2017
        Tu peux constater qu’au second tour, le FN fait plus du double de voix que “la France insoumise” et a deux fois moins de députés, ou plus de voix que le Modem mais 5 fois moins d’élus, plus de voix que le PS mais 4 fois moins d’élus !
        C’est ce que tu appelles un décalage dû au mode de scrutin.
        Mais se le problème était inverse, t’inquiètes qu’ils auraient déjà mis la proportionnelle depuis longtemps ! C’est ce qu’ils appellent la défense des valeurs démocratiques ! :)))

      • 19 Juin 2017 à 20h27

        saintex dit

        C’est donc assez clair.
        Le choix électoral des Français a indiscutablement donné une majorité à un parti. 308 députés et 350 avec un parti officiellement allié sur un total de 577. C’est plus de 60%, sans compter les alliances de circonstances et quelques électrons libres plus ou moins ralliés. On peut dire que c’est une boulevard du point de vue technico-constitutionnel.
        En revanche, ce même parti à bénéficié du vote de 16.55 % des inscrits et son allié de 2.33 %. Avec les satellites, ça doit faire une nouvelle fois une vingtaine de %. Cela n’empêche personne de fanfaronner. Même si je ne sais plus quel porte-parole a énoncé qu’il fallait cesser de prendre les autres de haut (si leur missa dominici sur Causeur est officiellement mandaté, c’est raté), même s’il semble tendance de “stigmatiser” l’absention, le vote nul ou le vote blanc, cela ne ressemble en rien à un blanc-seing.
        Il faudrait connaître les résultats des élections précédentes, mais il est probable que jamais un parti majoritaire n’a recueilli aussi peu d’adhésion populaire.

      • 19 Juin 2017 à 20h27

        saintex dit

        Chéri a été le seul a générer une envie de voter pour lui, mais cette envie ne touche qu’une faible part de la population. Soit les autres se désintéressent de la Res Publica, et il est réellement, quoique d’une manière réduite, représentatif de la population, soit ils se sont simplement détournés de la Res Politica. Du traité de Lisbonne à l’affaire Fillon (cette dernière par deux aspects), les motifs ne manquent pas. Dans ce cas, il est possible qu’ils adoptent d’autres moyens de se faire entendre. Ils le feront d’autant plus que tout est fait pour les exaspérer. La presse humide en extase parce qu’il serre la main de Trump, la présidence jupitérienne, les agents numériques délirant sur les forums… Mais surtout, il reste la vieille habitude utilisée prétenduement contre le FN, de traiter la contradiction par le mépris, l’insulte, la psychiatrisation. Prétendument, parce qu’il n’y a rien de plus radicalisant et que ça a longtemps été l’intérêt de beaucoup de donner ainsi du poids au FN. Mais un FN représentant entre 15 et 25 % n’est pas 80% de la population française. Quand 20% des gens prétendent que 80% sont cons, ils ont peut-être de bonnes raisons théoriques, mais aucune bonne raison pratique et aucun avenir.

      • 19 Juin 2017 à 20h29

        saintex dit

        Et merci M. de Janville pour l’info. Mais j’avoue un plus grand merci à Villaterne qui a donné le lien. )))