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L’école est morte, vive l’école !

Pourquoi l'Etat pénalise-t-il les écoles indépendantes ?

L’école est morte, vive l’école !
Le président français Emmanuel Macron en visite au lycée Eric Tabarly, Les Sables d'Olonne, 13 septembre 2022 / Karine Le Ouay-POOL/SIPA/

Le gouvernement reconnaît que l’école républicaine « n’est plus à la hauteur » mais interdit l’école à la maison et pénalise les écoles indépendantes dont le succès pourtant ne cesse de croître. Tribune d’Anne Coffinier, présidente de l’association “Créer son école”.


Et c’est le président de la République qui le dit officiellement, en Sorbonne, devant les recteurs réunis : « L’école de la République française n’est plus à la hauteur ». On ne peut imaginer constat plus définitif et plus glaçant. Pire que la douche froide des résultats au test Pisa tous les trois ans. C’est un constat de décès tout ce qui a de plus officiel.

Va-t-on continuer comme si de rien n’était, et recourir encore et encore à de piètres remèdes de fortune ? Créer des observatoires, organiser des assistes nationales, recruter des armées d’enseignants insuffisamment qualifiés, changer les programmes, réviser encore le bac, trafiquer encore plus les notes ? Pour faire diversion, ira-t-on jusqu’à supprimer le COD et le COI, comme l’avait fait en 2016 Najat Vallaud-Belkacem ?

De cela, les élites ne se soucient plus véritablement car en quasi-totalité, elles ont déserté l’école publique à titre personnel. Il s’agissait de procurer à ses enfants un cadre d’études plus « serein », confesse benoîtement notre ministre de l’Education pour justifier son choix d’une école très privée, l’Alsacienne, pour ses enfants. Mais le bon peuple, lui, demeure piégé dans « la trappe à ignorance » de l’école publique, fidélisé qu’il est par la gratuité de ce mode d’instruction. Si l’objectif est l’égalité, n’y a-t-il pas un devoir impérieux à changer immédiatement d’approche, puisque notre système scolaire public est, preuves à l’appui, le plus inégalitaire d’Europe ? Si l’objectif est la performance académique, la condamnation est encore plus lapidaire. Nos prestations sont dans la moyenne basse de l’OCDE et parfaitement insuffisantes à l’heure de la société de la connaissance. 

Quelle chance de réussir pour nos enfants ?

Puisque l’école publique « n’est plus à la hauteur », et qu’on ne voit pas comment les ajustements de détail annoncés pourraient la ressusciter à brève échéance (surtout avec une dette égale à 115% du PIB), il est totalement évident qu’il faut miser sur une alternative privée, si déplaisante cette perspective soit-elle pour un Français. Sauf à préférer un collapsus éducatif national – ce qui serait pousser loin l’idéologie – la France ne peut plus se payer le luxe de la nostalgie. Oui, nous aimons tous l’école communale, celle des hussards noirs et de Jules Ferry, celle de Doisneau et de la fraternité du même banc d’école partagé par le fils du notable et du cantonnier. Mais cela fait longtemps que notre école publique ne ressemble plus du tout à cette image d’Epinal. Elle n’a plus rien d’égalitaire ni de national. C’est un creuset à ignorance qui condamne les plus pauvres à un avenir médiocre. La France en 2022 n’a pas d’autres choix que d’opter pour des alternatives fondées sur la liberté scolaire. 

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Mais voilà que nos gouvernants n’ont rien eu de plus urgent, voyant que le bateau de l’Education nationale coulait, que d’envoyer par le fond les barques de l’instruction en famille (désormais interdite) et de briser les rames des chaloupes de survie que sont les écoles indépendantes. Ceux-là mêmes qui ont mis leurs enfants à l’abri à l’étranger ou dans des écoles très privées n’ont manifestement pas grande envie que les autres accèdent aussi à ces dernières. La loi prétendant renforcer le respect des principes de République adoptée en août 2021, connue pour son interdiction de l’école à la maison, a aussi ajouté de nombreuses entraves administratives aux écoles indépendantes. Le bac Blanquer qui inflige aux lycéens des écoles indépendantes de passer jusqu’à 14 épreuves terminales, lorsque les élèves des lycées publics n’en passent que 4, pénalise aussi cruellement les familles qui choisissent la liberté scolaire.

Ce harcèlement public n’est pourtant pas parvenu à compromettre l’essor des écoles indépendantes. C’est ce que vient de montrer, chiffres à l’appui, l’association “Créer son école” à l’occasion de sa traditionnelle conférence de presse de rentrée. On note une croissance annuelle de 10% du nombre des écoles indépendantes avec 172 ouvertures d’école. L’école publique ou sous contrat ferme-t-elle en ruralité par souci de rationalisation budgétaire, c’est alors l’école indépendante associative qui vient rouvrir l’école et rendre la vie au village. Ainsi 76% des nouvelles écoles s’ouvrent en ruralité, dont 67% dans des bourgs de moins de 5000 habitants. De même 43 de ces écoles font un « retour à la terre » en accordant une grande place aux apprentissages en forêt ou dans le jardin. 

Les écoles indépendantes

Si votre enfant est porteur d’un handicap et ne trouve pas de place en école ordinaire malgré les lois et discours publics affirmant le principe de l’inclusivité, c’est encore en école indépendante qu’il trouvera une planche de salut. Bien sûr pour vous ce sera la double peine car l’Etat lui refusera alors la prise en charge financière de son assistant éducatif (AESH). Mais au moins sera-t-il scolarisé et intégré dans une école qui l’accueille à bras ouverts. Votre enfant est un artiste ou sportif de haut niveau et mène un double projet, tandis que les aménagements de l’école publique ou privée sous contrat sont insuffisants pour lui permettre d’aller jusqu’au bout de son exigeant projet ? C’est encore en école indépendante qu’il trouvera la solution sur mesure lui permettant d’exceller à la fois scolairement et artistiquement. Là encore, il y aura des actes de représailles bien loin de l’esprit sportif : ainsi le champion de France junior de taekwondo a-t-il été interdit de participer aux Gymnasiades Manche 2022 par l’UNSS (alors que 80 pays y participaient) sous prétexte qu’il n’était pas prévu qu’un champion puisse être présenté par une école indépendante française. Malgré les complications infinies que l’Etat multiplie depuis la loi Gatel de 2018, de plus en plus d’écoles indépendantes se créent. Contrairement aux idées reçues, elles sont aconfessionnelles à 79% et les écoles musulmanes représentent moins de 2% des ouverture d’école.

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Ces établissements indépendants constituent-elles pour autant LA solution à la faillite du système éducatif français ? Sans doute pas. Une nation ne peut être forte que si son système scolaire public est performant, au service d’une ambition concrète et réaliste pour sa jeunesse et son rayonnement global. Sur tous ces points, l’école dite « de la République » a failli. Oui. Elle se gargarise de concepts « républicains », que les hussards du XXIe siècle ne parviennent plus à articuler, tant ils se heurtent aux réalités économiques et sociales du terrain. Elle se paie de mots et formule des vœux pieux de rétablissement sans effet sur son grand corps malade. Mais au fond, elle a bien perdu la guerre, quand des pans entiers de notre jeunesse cherchent la définition du mot “ludique”, et ce n’est pas drôle, s’attaquent à l’auteur d’un texte littéraire jugé trop difficile pour le bac. 

A l’heure où les familles se battent tantôt pour retrouver le droit fondamental, pour ne pas dire évident, d’éduquer leurs enfants à la maison, tantôt pour échapper au diktat de la sectorisation ou, encore, pour éviter à leur progéniture un périple de 20 km en car scolaire au nom du regroupement intercommunal, rien ne va plus dans l’Education nationale. Il est temps maintenant de se demander comment les modes d’éducation alternatives peuvent apporter leur concours au redressement de l’école dans son ensemble. Et l’on ne pourra plus honnêtement ignorer la question du financement de l’égal accès aux écoles payantes. Lorsque les élites les plébiscitent pour leur progéniture, elles auront du mal à faire croire que l’Etat n’a moralement pas à en financer l’accès pour les enfants. Que cela s’appelle le chèque éducation, le pass-école ou une réduction d’impôt importe peu. Il est surtout urgent de reconnaître que l’égalité des chances passe aujourd’hui par l’égalisation des conditions financières d’accès à l’école publique ou privée de son choix. 


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Présidente de l’association Créer son école et d’EducFrance, fondatrice de la Fondation Kairos pour l’innovation éducative

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