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Macron/Le Pen, un jour sans fin

L’édito politique de Jérôme Leroy

Macron/Le Pen, un jour sans fin
Les affiches de campagne des deux candidats qualifiés pour le second tour de l'élection présidentielle, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, à Anglet dans les Pyrénées-Atlantiques en Nouvelle-Aquitaine, 16 avril 2022 ©Bob Edme/AP/SIPA

La répétition interroge, quand bien même tout le monde fait semblant de jouer à se faire peur à l’idée improbable d’une Marine Le Pen à l’Elysée.


Dans le film “Un jour sans fin”, Bill Murray est condamné à revivre sans cesse la même journée. Il essaie de changer des choses pour échapper à cette fatalité temporelle, mais chaque matin, quand le réveil sonne, il comprend que cela va recommencer comme la veille, à quelques détails près.

C’est exactement l’impression que ressentent les électeurs de gauche, aujourd’hui. Le même scénario à cinq ans d’intervalle : le choix entre Macron et Le Pen. Et le même vote, presque obligé parce que plus moral que politique, pour Macron alors qu’on sait ce que fut ce quinquennat. Et que de l’autre côté, Marine Le Pen serait pire même si j’aimerais bien qu’on ne me prenne pas pour un môme en m’expliquant qu’elle est fasciste alors qu’elle est un Orban ou un Trump en puissance, ce qui n’est pas non plus Mussolini ou Pinochet.

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Pas besoin de jouer « aux heures les plus sombres » pour savoir que ce serait (encore) plus dur pour les plus fragiles, immigrés, les Noirs, le Arabes, ceux qui ont la mauvaise adresse dans le mauvais quartier, ceux qui ont toujours un peu plus de mal à trouver un boulot, un logement même s’ils ont été d’excellents élèves avec un casier vierge, et pour les militants syndicaux, les travailleurs sociaux, les ONG s’occupant des migrants…

La construction de l’ennemi qui nous convient le mieux

En même temps, la répétition de ce scénario interroge. La répétition, on le sait, c’est un symptôme de la névrose. On rejoue l’échec en sachant que c’est un échec mais on ne peut pas faire autrement.

Quand on votera Macron, il ne faudra pas oublier qu’on vote pour quelqu’un qui a méthodiquement construit cette opposition factice en faisant monter l’extrême droite par une complaisance jamais démentie pour ses idées et ses méthodes. Et que je ris avec De Villiers en public, et que je te téléphone à Zemmour, et que je te visite Raoult en pleine pandémie, et je te fais voter des lois « asile et immigration » ou contre le « séparatisme », et que je lance des croisades antiwoke et anti-islamogauchiste dans les facs en pleine pandémie alors que les étudiants pauvres crèvent la dalle. Et que je te réprime avec une férocité policière sans précédent le mouvement des gilets jaunes et contre la réforme des retraites.

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Il faut donc savoir, quand on votera Macron, qu’on est quand même condamné à voter pour le médecin qui a inoculé la maladie.

La stratégie du choc

Comme tous les ultralibéraux, Macron a besoin d’un choc pour passer et cette fois-ci, il espère bien qu’il n’y aura ni Covid ni guerre pour mener à bien son projet thatchérien. Cette Stratégie du choc, c’est Naomi Klein qui l’expliquait dans un livre qui porte ce titre : elle théorise brillamment que pour imposer la destruction massive des anciennes solidarités et de la vie non-marchande, l’ultralibéralisme a besoin d’avoir recours à des « chocs ».

Elle s’attardait particulièrement sur Reagan et Thatcher, sur la destruction des syndicats aux Etats-Unis et en Grande Bretagne, sur la guerre aux Malouines ou la victoire sanglante contre les mineurs du Yorkshire en 1984. Il faut de la violence à ces amis de la démocratie pour imposer les régressions. Klein montrait ainsi que le coup d’État de 73 au Chili contre Allende, en jouant sur la peur du communisme, a permis l’instauration par les Chicago boys, du premier système ultralibéral et sa révolution conservatrice.

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On peut y rajouter depuis, le coup constitutionnel de Sarkozy en 2010, pour faire passer le TCE malgré le referendum de 2005, et le coup d’État bancaire en Grèce de la Troïka, en juillet 2015, pour mettre à genoux un gouvernement de gauche radicale, celui de Tsipras. Le choc construit par Macron, c’est son affrontement écrit d’avance avec Le Pen. Surtout éviter un candidat de la droite ou de la gauche classique, mais utiliser un repoussoir. Il va ainsi passer deux fois grâce à elle, avec une légitimité renforcée par les votes de gauche dont il oubliera aussi vite l’origine. Ça va mieux en le disant, tout de même. Et ça console (un peu) d’être pris pour des billes.

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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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