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Le harcèlement, enfant naturel du laxisme

L'élève Ducobu.

Après une série de sinistres faits divers (dont le plus récent concerne le suicide d’une collégienne de 12 ans), le ministère de l’Éducation a décidé de faire campagne contre le “harcèlement à l’école”, qui toucherait environ un enfant sur dix du primaire au collège. Le problème du harcèlement révèle, parmi d’autres symptômes, la violence et l’incivilité qui gangrènent nombre d’établissements.

Ce phénomène s’aggrave au fil des ans. Et si certains acteurs de l’éducation s’empressent de le mettre sur le compte des suppressions de postes – il est vrai que les classes sont souvent surchargées et les surveillants en sous-nombre pour un travail de plus en plus important[1. Il est significatif que l’appellation officielle du surveillant soit désormais celle d’assistant d’éducation, sa vocation n’étant plus de surveiller mais de contribuer à l’éducation d’adolescents en manque de repères et auxquels les règles élémentaires du savoir-vivre font cruellement défaut]- le problème majeur auquel le ministère ne s’attaque que trop peu reste le laxisme et la démission des acteurs de l’éducation.

Travaillant moi-même dans deux collèges publics, je peux observer leur (dys)fonctionnement de près. Les élèves perturbateurs, réfractaires à l’autorité, adoptent les mêmes comportements et commettent les mêmes délits (se bagarrer, insulter un professeur, sécher les cours, fumer du cannabis, etc). Mais, tandis que dans l’un (situé dans les beaux quartiers de la capitale), l’autorité s’exerce avec fermeté et réactivité, dans l’autre, moins favorisé, règne un fort sentiment d’impunité chez les élèves. La faute à une administration permissive qui rechigne à réagir, à sanctionner, et préfère “dialoguer” ou attendre que ça passe…

Or, la sévérité permet d’instaurer une atmosphère propice aux études, à la cordialité, établissant un rapport assaini entre élèves et adultes. Inversement, le laxisme et l’absence de sanction produisent une ambiance délétère où le respect ne se gagne qu’à travers de perpétuels rapports de force, où les problèmes de harcèlement, de violence, d’absentéisme et d’incivilités sont le lot quotidien des professeurs et des “assistants d’éducation”. Le CPE (“Conseiller Principal d’Rducation”, nouveau nom donné à l’ancien “surveillant général”, comme s’il ne s’agissait plus de s’assurer de la discipline de l’élève, mais de le “conseiller”, voire d’être à son service) et les proviseurs ont un rôle primordial à tenir dans la garantie de l’ordre et de la discipline. Ils n’ont pas vocation à être “sympas” ou “à l’écoute” de l’élève mais doivent exprimer l’intransigeance de l’adulte en charge de faire respecter le réglement intérieur. Sans quoi tout est permis.

Il existe un Observatoire du laxisme à l’école, qui publie virtuellement des textes rédigés par des professeurs. Leur fatigue et leur colère est parfaitement légitime. Tout simplement car la relation de l’adulte à l’adolescent ne devrait pas se caractériser par le dialogue mais par l’autorité, nécessaire à la transmission. Les adolescents n’ont pas à être les interlocuteurs des enseignants : ce sont leurs élèves, censés recevoir l’héritage du savoir et de la culture. Il est sidérant de devoir rappeler que l’éducation n’est pas une affaire d’échange et de réciprocité, mais d’abord une histoire de discipline, qui requiert la rigueur et l’obéissance de l’élève, suivant le schème d’une relation foncièrement inégalitaire et non-démocratique. L’élève a des droits, mais surtout des devoirs : ceux de la politesse et de la déférence envers l’adulte. Ces considérations sonnent comme des évidences à replacer au centre du débat. Les parents devraient eux aussi en prennent clairement conscience. Les téléphones portables et autres Ipad qui envahissent cours de récréation et salles de classe illustrent la faillite de l’éducation parentale. Les mots d’ordre de l’adolescent pourri-gâté deviennent ceux de la société de consommation : “je veux”, “je désire”. Rien ne s’oppose plus au savoir que l’impératif de la jouissance immédiate et de l’avoir.

Pour lutter contre le laxisme à l’école et ses conséquences funestes, il faudrait opérer d’urgence une refondation radicale du système scolaire. A cet égard, pour remonter aux sources de la catastrophe, on conseillera le récent ouvrage de Jean de Viguerie, Les Pédagogues. Cet excellent essai revient notamment sur la notion d’utopie pédagogique, un héritage de la pensée des Lumières, dont nous vivons actuellement l’échec.


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est un jeune penseur critique et phénoménologue.

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