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La gauche a-t-elle de droit d’exister? La réponse est non

L'édito politique de Jérôme Leroy

La gauche a-t-elle de droit d’exister? La réponse est non
Au centre, Olivier Faure (PS) et Alexis Corbière (LFI), 11 juillet 2022 © ISA HARSIN/SIPA

Le langage de guerre civile tenu contre la gauche est surtout le symptôme de la faiblesse d’un pouvoir mal élu et d’une partie de l’opposition qui se tient sage…


Avant, la gauche se faisait hacher menu quand elle arrivait au pouvoir. Le Front Populaire en 36 n’était qu’un vaste complot judéo-maçonnique. Mitterrand en 81 était l’otage des communistes et préparait l’intégration de la France non pas dans l’Union Européenne mais dans une autre union, celle des républiques socialistes soviétiques. Jospin, en 97, allait ruiner la France avec les 35 heures et la CMU, et même Hollande en 2012 – il n’y avait décidément que les gens de droite pour croire qu’il était de gauche – allait provoquer un exil fiscal de ce sel de la terre que sont les grandes fortunes…

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Mais maintenant, ça a changé. La gauche n’a même plus besoin d’être au pouvoir pour se faire pourrir. Il suffit de 150 députés, c’est-à dire trois fois plus que dans la précédente assemblée, pour que ce soit l’hystérie à tous les étages, et pas seulement dans la presse de droite mais aussi dans les chaines info mainstream.

Le RN va finir par être l’aile gauche de Renaissance !

On dirait que tout ce monde-là prend comme une insulte personnelle ces 150 députés de gauche. D’abord, est-on bien sûr qu’ils soient républicains ? Parce que la grande nouveauté, du côté de la macronie politique et médiatique, c’est de se faire l’arbitre des élégances en la matière. Par exemple, chercher un compromis ou s’y montrer disposé, c’est républicain mais s’opposer en bloc, c’est irresponsable, factieux, populiste. Même le Rassemblement national, devenu un groupe de centre droit qui va finir par devenir l’aile gauche de Renaissance, le dit : il faut être cons-truc-tif.

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Les députés Nupes eux, ne sont pas républicains, surtout ceux de LFI : ces bélîtres islamogauchistes osent prétendre que le président de la République a été élu par défaut, que sa majorité relative due au mode de scrutin qui a limité les dégâts est l’illustration qu’il n’a aucune légitimité pour appliquer son programme, quoiqu’en disent les éditorialistes, et que le mandat donné par des électeurs à des députés Nupes, c’est de ne rien lâcher face à un gouvernement qui fera de toute façon, à la fin, payer aux plus faibles la crise monumentale, sociale, économique, écologique et peut-être bien sanitaire qui s’annonce à la rentrée.

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Alors, on dit que la Nupes n’existe pas, que dans les quatre groupes qui la composent, trois sont pris en otage par Mélenchon qui comme L’Ombre Jaune dans Bob Morane tire les ficelles depuis sa cachette. Pauvres socialistes saisis du syndrome de Stockholm qui ont refusé de suivre des figures aussi charismatiques et progressistes que celles de Le Fol ou Cazeneuve ! Pauvres écolos encadrés par Piolle et Rousseau qui veulent des burkinis partout ! Pauvres communistes qu’on avait fini par trouver sympas parce qu’ils aiment la viande rouge, le nucléaire et la police au point qu’on en oubliait leur velléités de Smic à 1500 euros et leur retraite à soixante ans.

Et d’espérer que la Nupes craque, explose en vol et qu’enfin la gauche se rebalkanise (on ne parle pas de l’ex-maire de Levallois mais de la péninsule montagneuse du sud de l’Europe). Mais voilà, ça tient et je peux même vous dire que ça va tenir longtemps. Parce que l’idée qu’il s’agirait d’un électorat sans le peuple, sans les campagnes, sans les périphéries mais juste un vote de bobos et d’islamistes, c’est une idée rassurante qui a tout de ce « confort intellectuel » dont parlait Marcel Aymé, qui tout en étant de droite était capable de comprendre à quel point son propre camp pouvait aussi avoir une pensée en pilotage automatique.

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Alors si vous n’aimez pas Mathilde Panot, comme aurait dit Maurice Pialat, elle ne vous aime pas non plus. D’ailleurs, on n’est pas là pour se faire des câlins. Il faut simplement savoir que la mauvaise foi sera également partagée. Quand je vois un titre du Point à propos de Coquerel qui dit : Un trotskiste à la Commission des finances, il ne faut pas s’indigner si on répond : Un lobbyiste d’Uber à la tête de l’Etat, Une ancienne salariée d’Effiage à Matignon ou Un parent d’élèves de l’Ecole Alsacienne à l’Education Nationale ! Le langage de guerre civile adoptée face à une gauche qui, répétons-le, n’est même pas au pouvoir, l’insulte fait à ses millions d’électeurs qui forment en nombre une force égale à la macronie et au lepénisme, est surtout le symptôme d’une immense trouille : celle du pouvoir qui va apparaître dans toute sa nullité quand on va se retrouver dans le dur à la rentrée et que la gauche vilipendée pourrait apparaître alors comme la seule force à proposer une alternative réelle.

Bref, plus ça tremble et c’est méchant en face, plus, pour la gauche, c’est bon signe. Pour tout dire, c’est même le contraire qui serait inquiétant.

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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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