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Déclassement-remplacement: mode d’emploi

Témoignage d'une habitante en HLM dans le 12e arrondissement de Paris qui a fait ses valises

Déclassement-remplacement: mode d’emploi
Manifestation contre l'islamophobie, Paris, 19 octobre 2019 © Michel Stoupak / NurPhoto via AFP

Pas besoin d’aller en grande banlieue pour constater les conséquences du remplacement progressif des habitants d’un quartier tranquille par des immigrés refusant nos lois et nos usages. En plein Paris, cela existe aussi. Témoignage d’une habitante qui a fait ses valises.


En 1993, j’ai des revenus modestes mais réguliers, et j’élève seule mon enfant. J’obtiens, après cinq ans d’attente, un appartement spacieux et lumineux dans un ILM de la Ville de Paris (ILM = Immeuble à loyer moyen, c’est-à-dire un peu plus haut de gamme qu’une HLM).

J’emménage dans un bel immeuble du 12e arrondissement qui fait partie d’un ensemble de cinq bâtiments (totalisant 300 logements). Quartier tranquille, balcons et terrasses fleuris, belles avenues plantées d’arbres, deux petits squares sous mes fenêtres: l’un avec un grand bac à sable pour les enfants ; l’autre, plus ombragé, où les personnes âgées aiment venir s’asseoir sur les bancs et se retrouver entre elles. Je ne pouvais espérer mieux.

Mon immeuble compte sept étages et 14 logements. Je fais rapidement connaissance de mes nouveaux voisins qui me souhaitent chaleureusement la bienvenue. Au fil des ans, nous apprenons à nous connaître ; nous organisons des apéros, fêtons des anniversaires ensemble, échangeons des brins de muguet le 1er mai et des gâteaux pour les fêtes. Il y a Huguette, très fière que son petit-fils étudie dans une université en Floride ; Johnny, fan inconditionnel de Johnny Hallyday, qui ne raterait ses concerts pour rien au monde; Annette, dont le mari a été blessé pendant la guerre, et qui a une passion pour les caniches ; Josiane, adepte de yoga ; Andrzej et Agnieszka, un couple de Polonais arrivés en France il y a bien longtemps et qui ont travaillé très dur pour que leur fils reçoive la meilleure éducation possible : il est maintenant ingénieur, diplômé d’une grande école prestigieuse ; sans oublier Bernadette et Jean, Bernard et Nathalie et les autres. Pas besoin de « fête des voisins » (qui n’existe pas encore) pour nous sentir bien chez nous et bien ensemble. Bref, j’aime mon quartier où il fait bon vivre et élever mon enfant, j’aime mes voisins toujours prêts à blaguer et à rendre service.

Manifestation contre la publication des caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo, Paris, 2 février 2006 © Photononstop via AFP

Les années passant, les enfants grandissent et partent, certains parents prennent leur retraite à la campagne ou retournent dans le village de leur enfance, d’autres meurent. Des appartements commencent à se libérer.

Nous sommes au début des années 2000 et nous constatons avec étonnement que chaque logement vacant est systématiquement attribué à des familles d’origine africaine et maghrébine. Le gardien de l’immeuble nous apprend que la résidence va désormais être « déclassée », c’est-à-dire passer du statut d’ILM à celui d’HLM. La différence ? Les tapis des escaliers seront enlevés, de même que les miroirs dans les ascenseurs ainsi que d’autres petits « réaménagements » du déclassement programmé.

J’apprends aussi que l’appartement en dessous du mien sera dorénavant réservé à des familles « en grande difficulté ». Je vois ainsi arriver un couple d’Africains avec leur jeune enfant ; ni l’un ni l’autre ne travaille. Régulièrement, ce sont leurs hurlements qui me réveillent la nuit lors de scènes de ménage de plus en plus violentes. Je préviens le service de protection de l’enfance. Un matin, le trottoir est jonché de vêtements, d’objets de toutes sortes et même d’un matelas, balancés par la fenêtre lors de leur énième crise de rage nocturne ; jusqu’à cette nuit fatidique où nous devrons tous évacuer l’immeuble dans l’urgence car des bougies, laissées allumées par le couple pendant son absence, ont déclenché un incendie qui se propage rapidement dans les étages. Les pompiers enfonceront leur porte et trouveront des stocks de drogues en tous genres. L’appartement est inhabitable et, bonne nouvelle pour nous, le couple en question sera hébergé ailleurs (par la Mairie de Paris bien sûr !).

Un couple et leur enfant participent le 17 janvier 2004 à Paris à une manifestation qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes pour protester contre le projet de loi laïcité qui prévoit d’interdire le voile à l’école © AFP PHOTO JOEL ROBINE

Après trois mois de travaux et une fois l’appartement entièrement refait à neuf, une famille fraîchement débarquée d’Algérie s’installe : deux adultes et deux jeunes. La femme est voilée, analphabète et ne parle pas un mot de français; l’homme, M. Zagouri, parle un peu français et travaille occasionnellement dans une boucherie halal. Peu de temps après, sa femme décède. M. Zagouri retourne aussitôt en Algérie pour revenir quelques semaines plus tard avec sa nouvelle femme. Très vite la famille s’agrandit d’un troisième enfant. M. Zagouri m’explique avec satisfaction que lui et sa famille sont entièrement pris en charge par les services sociaux et énumère fièrement ses privilèges : RSA, loyer entièrement payé par la CAF, allocations multiples et variées, cantine gratuite pour les enfants, aide quotidienne à domicile pour les devoirs, accès gratuit et prioritaire aux centres de loisirs, chèques-vacances pour rentrer au bled l’été, etc. Bref, tout semble aller très bien pour eux, sauf que, là encore, des scènes de ménage accompagnées de coups et de cris font que j’alerte à nouveau les services sociaux. Rien ne bouge. Un jour, je croise M. Zagouri dans la rue, courant après son fils en hurlant et brandissant une barre de fer. Souvent, les enfants qui n’ont pas leur propre clé pour rentrer chez eux, doivent attendre dans la rue le retour des parents ; parfois ils s’endorment sur le palier devant leur porte ; ou alors, pour passer le temps, ils s’amusent à arracher les fils des boîtiers de connexion Internet (privant ainsi tout l’immeuble de connexion pendant des jours), urinent dans les escaliers, le hall ou l’ascenseur, c’est selon.

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Le reste de la résidence n’est pas épargné. Tous les matins les gardiens d’immeuble font le tour des parties communes extérieures pour ramasser les détritus balancés par les fenêtres (couches pour bébés et papier toilette souillés, bouteilles d’huile, de bière, boîtes de conserve, nourriture et j’en passe). Mon gardien me dit qu’il y a maintenant un plombier en quasi-permanence sur le site pour déboucher des toilettes qui débordent, parce que les locataires y jettent des objets les plus invraisemblables. Le local à poubelles se transforme régulièrement en décharge ; les halls d’immeuble sont encombrés de vélos, poussettes, trottinettes et autres objets empilés ; les appartements, prévus au départ pour héberger des familles de quatre personnes, sont en réalité occupés par une dizaine de personnes. Les halls des immeubles sont squattés l’hiver par des jeunes qui laissent derrière eux leurs bouteilles, leurs mégots, leurs crachats, leurs jets d’urine.

Eric Zemmour, candidat Reconquête ! à la présidentielle, s’est rendu à la Colline du Crack, Porte de la Villette, le 25 mars 2022 et cette visite a été violemment accueillie © Bertrand Guay / AFP

Le petit square en bas de chez moi, auparavant si prisé des personnes âgées, s’est transformé en lieu de deal. La stratégie audacieuse de la Mairie a consisté à faire scier les bancs, de manière à ce que les racailles ne puissent plus s’y asseoir, et qu’ils migrent ailleurs. Mais les trafics continuent de plus belle, avec ou sans les bancs, et les personnes âgées ne viennent plus. Les rodéos en scooters ne manquent pas non plus au tableau et alors qu’un jour je tente de m’interposer, un CPF (« Chance Pour la France ») me balance à la figure le contenu d’une poubelle. Les voitures garées dans la rue ont régulièrement les vitres brisées et, il y a deux semaines, quatre voitures ont brûlé.

Mon fils a été racketté à plusieurs reprises, dont une fois avec coups et blessures. Les quatre agresseurs, après avoir été identifiés et présentés devant le juge, ont écopé d’un gentil et sympathique rappel à la loi. Le jour de l’audience, je me suis retrouvée dans la salle d’attente du tribunal face à face avec les mères des agresseurs (où sont les pères ?). L’une d’elles, très remontée contre moi parce que j’avais osé porter plainte contre son cher fils-CPF, vociféra, dans sa subtile logique de pédagogue, que ce n’était qu’une question de temps avant que mon fils devienne lui-même délinquant. À ce jour, la finesse de sa mystérieuse malédiction m’échappe encore. Mais, grand bien nous fasse, la Mairie qui se veut rassurante a mis à notre disposition le numéro de téléphone du GPIS (Groupement parisien Inter-bailleurs de Surveillance) afin de donner l’alerte au cas où la situation viendrait à dégénérer. Mais quel est, au juste, le seuil à partir duquel on considère que la situation dégénère ?

300 musulmans de Montfermeil et des environs ont prié sur le trottoir le 14 avril 2017 car leur mosquée a été fermée sur une à une décision de justice © Geoffroy Van Der Hasselt / AFP

Un soir, il y a quelques années, je croise par hasard Alexis Corbière (qui habitait alors le quartier) juste devant le square en bas de chez moi. Le square en question étant comme de coutume squatté par les habituels dealers-CPF, je profite de l’occasion pour interpeller amicalement M. Corbière et lui demander ce que lui et la FI comptent faire pour rétablir notre sécurité et notre tranquillité. S’ensuit son (très) long monologue sur les difficultés économiques et le désœuvrement de ces laissés pour compte qui ne trouvent pas leur place dans la société puisqu’on ne leur donne pas leur chance, etc. Je laisse tomber le monologueur et décide d’écrire à la maire du 12e arrondissement, Mme Blumenthal, pour lui demander de m’expliquer pourquoi les logements vacants sont maintenant exclusivement attribués à des familles d’origine africaine et maghrébine, nous imposant ainsi de vivre non pas avec le fameux « vivre ensemble » dont personne en réalité ne veut, mais dans un ghetto de plus, avec son lot de dégradations et d’insécurité. Sa réponse : « Ces familles sont les bienvenues en France et ont les mêmes droits que vous. » Donc, si je comprends bien, le problème n’existe pas, circulez il n’y a rien à voir.

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Les deux dernières familles françaises de mon immeuble ont déménagé l’été dernier : Louisette, assistance sociale martiniquaise, ne supportait plus le quartier. Marc et Valérie, enseignants, écoeurés par les pots de chambre vidés par la fenêtre et qui souillaient régulièrement leur balcon, ont préféré déménager, quitte à s’installer très loin, en grande banlieue, puisque Paris n’est désormais plus accessible aux classes moyennes.

Des milliers de fidèles musulmans prient dans la rue, le vendredi 2 septembre 2011 © AP Photo/Thibault Camus

À mon tour de partir bientôt. Je laisserai derrière moi un endroit devenu méconnaissable, grand gâchis du déclassement programmé. Adieu les voilées, les barbus, les babouches. Je quitterai mon immeuble, ma rue, mon quartier parce que ce n’est plus mon immeuble, ma rue, mon quartier. Je quitterai la saleté, la laideur, les dealers. Adieu, veau, vache, cochon, couvée. Quinze années pas plus, c’est le temps qu’il aura fallu pour faire aboutir le remplacement.

La prophétesse-CPF-auto-proclamée-joufflue-et-voilée du 21 octobre 2019 qui exhibait comme un trophée, sur la place de la République, son injurieux et minable slogan « Française musulmane et voilée, si je vous dérange je vous invite à quitté [sic] mon pays » ne croyait peut-être pas si bien dire, mais qu’elle sache bien que la France n’a pas dit mon dernier mot !

Juin 2022 - Causeur #102

Article extrait du Magazine Causeur


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Professeure, diplômée de l'Université de Berkeley, elle a enseigné aux Etats-Unis et en France.

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