Gabriel Matzneff.

Il faut tout de même le dire : il existe aujourd’hui des écrivains heureux. Un écrivain heureux, par exemple, c’est Gabriel Matzneff. Voir son nom présent dans une rentrée littéraire 2010 tient du miracle. Le bonheur n’est pas à la mode, surtout celui de Gabriel Matzneff qui a connu le monde d’avant, celui où l’on pouvait écrire un essai comme Les Moins de seize ans sans que l’on vous confonde avec Marc Dutroux, Le Carnet arabe sans que l’on fasse de vous un émissaire d’Al-Qaïda et Le Défi, essai avec lequel il est entré en littérature en 1965, sans être accusé d’encourager les adolescents au suicide.

Les temps étaient sans doute plus adultes, moins névrosés. Ils n’assignaient pas les écrivains à résidence. Ils n’en faisaient pas, ou alors pas de cette manière systématique, hargneuse, vétilleuse, moralisatrice, maccarthyste, asphyxiante, inquisitoriale, des dissidents de l’intérieur. On pensera, si l’on trouve ici que l’on exagère, au sort réservé à Marc-Edouard Nabe, par exemple. Matzneff, dans les années soixante, tout en étant le secrétaire des derniers jours de Montherlant, pouvait sans problème vivre ses passions pour les lycéennes dans un grenier de la rue Monsieur-le-Prince où il lisait les Anciens, chroniquait pour le journal Combat, écrivait ses carnets intimes après avoir passé des journées entières à la piscine Deligny.

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