Des « bots » aux « fermes à trolls » en passant par Cambridge Analytica, la désinformation en ligne est devenue un phénomène politique qui prend aujourd’hui une ampleur sans précédent. Souvent réduit aux fake news, l’épineux problème de la désinformation en ligne cache une réalité plurielle qui regroupe des biais cognitifs, une crise du journalisme et de la confiance en l’État et une paresse intellectuelle croissante du public.


Récemment, une étude de l’Institut Internet de l’Université d’Oxford fait un bilan alarmant : « des agences gouvernementales et des partis politiques ont utilisé les réseaux sociaux pour diffuser de la propagande politique, polluer l’information en ligne et entraver la liberté d’expression et la liberté de la presse ». Une enquête Eurobaromètre parue en 2018 montre aussi que ce mouvement inquiète les populations: 83% des personnes interrogées estiment en effet que les fausses informations représentent un vrai danger pour la démocratie. Une crainte encore renforcée par l’arrivée des « deepfake », qui brouillent encore plus la limite entre fait et fiction.

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Un phénomène complexe

Pour bien comprendre le phénomène, il faut en envisager les tenants et les aboutissants. L’ONG First Draft a publié à ce titre une matrice, très éclairante. Elle y liste les différents types de contenus créés et partagés : satire ou parodie (qui peut, parfois sans le vouloir, induire en erreur), les contenus trompeurs, contenus fallacieux (qui imitent de vraies sources d’information), contenus fabriqués (en partie fondés sur des faits réels), liens erronés, informations vraies citées dans un contexte erroné et, enfin, contenu manipulé.

L’ONG s’est aussi penchée sur les circonstances qui ont généré ces contenus: un journalisme de piètre qualité (sans vérification a priori), l’intention parodique, un ton provocateur, la passion qui peut pousser à commettre des erreurs de contextualisation, le partie pris d’un écrit, la recherche d’un profit, d’une influence politique ou la propagande politique. En recoupant ces deux champs (comment et pourquoi), la désinformation en ligne apparaît dès lors plus clairement dans sa complexité.

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Les modes de diffusion de ces contenus sont eux aussi intéressants. Il ressort de l’étude de l’Université d’Oxford précitée que le réseau social Facebook s’est fait le canal privilégié pour cette désinformation avec des campagnes menées dans 56 pays sur les 70 touchés par le phénomène. Dans le cadre du réseau social, il est possible de cibler des usagers spécifiques susceptibles d’y réagir et de marteler le même message jusqu’à assimilation.

Or, malgré l’introduction d’un outil de transparence sur Facebook, la méthode demeure d’autant plus efficace que les internautes sont fatigués par « la quantité accablante d’informations qui nous arrivent au quotidien », note First Draft. D’autant que le cerveau humain est moins capable d’esprit critique devant des informations visuelles ou des contenus qui confortent notre avis : le fameux « biais de confirmation ». Aussi, les usagers des réseaux sociaux sont eux-mêmes…

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