Chirac, c’est maintenant ! | Causeur

Chirac, c’est maintenant !

La revanche de Papy Gaga

Auteur

François Miclo

François Miclo
Twitter : @fmiclo

Publié le 18 avril 2012 / Politique

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J’ai toujours aimé Jacques Chirac. Je me suis même retrouvé un jour – c’était à Épinal, en 1995 – à faire une confidence à Philippe Séguin, lui disant : “Chirac, c’est quand même un grand homme…” Séguin m’avait regardé, mi-éberlué, mi-incrédule, quand je précisai ma pensée : “Oui, il va bien chercher dans les 1,90 m, non ?” Il avait rigolé. C’est que Chirac est rigolo. C’est sa nature. Rien ne lui a jamais été plus étranger que l’esprit de sérieux.

Lorsqu’on lui fournissait des discours, entièrement pompés des bonnes pages d’Emmanuel Todd, sur la “fracture sociale”, il faisait mine d’y piper mot. Peut-être même y croyait-il. Il en avait l’air, tout du moins. Il n’y comprenait, en réalité, déjà plus grand-chose. En ces années-là, nous étions parvenus à faire de Jacques Chirac un pantomime au service de cette cause, que certains, ignorant que la nation est en France indissociable de la République, avaient vite qualifiée de “national-républicaine”.

Cela n’avait duré qu’un temps. À peine élu, Jacques Chirac s’était dégrisé des enthousiasmes de la campagne. Il avait retrouvé ses esprits et nommé Alain Juppé à Matignon. Ainsi inaugurait-il l’ère des trompe-couillons : “Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent.” Ce fut, pour Séguin, une amère désillusion, non pas qu’il tînt vraiment à devenir Premier ministre, ni qu’il crût aux capacités de Chirac à assurer le redressement du pays. Pour Séguin, qui ne croyait plus au clivage gauche-droite, il fallait un gouvernement d’union nationale. Parfois, il rêvait tout haut, se figurait Julien Dray à la politique de la Ville et Pierre Mauroy à l’Intérieur. Alain Bocquet, le communiste, il l’aurait mis à l’Aménagement du territoire. Et Jean-Pierre Chevènement à la Défense, parce que, plaisantait-il sur le mode de Gambetta, “l’axe Belfort-Épinal peut contenir cinq divisions de Panzer”. Nous n’eûmes pas cela. Nous eûmes les “juppettes”. Ainsi va l’histoire qui sait, comme personne, manquer ses rendez-vous.

Seulement, le peuple, lui, ne rate jamais aucun rendez-vous. Et les trahisons dont il est l’objet, il sait les rendre sous forme de torgnoles. En 1997, Jacques Chirac reçut la baffe de sa vie : une victoire, méritée, de la gauche aux législatives après la dissolution que l’on sait. Pourquoi était-elle méritée, cette défaite ? Parce que Jacques Chirac avait oublié les raisons qui l’avaient fait élire. Le peuple est toujours cohérent et ses comportements rationnels. Bien sûr, il brûle de croire en toutes les promesses. Mais il a gardé, par-devers lui, la recommandation que Simone de Beauvoir faisait à Sartre sur les choses de l’amour : “Trompe-moi, mais ne me trahis pas.” Jacques Chirac n’a jamais su, tout au long de sa vie, quelle était la différence entre tromperie et trahison. Au privé comme au public.

Les choses privées ne sont pas très intéressantes. Les choses publiques le sont un peu plus. Lorsqu’il fut élu à 82 % des voix contre Jean-Marie Le Pen en 2002, Jacques Chirac se montra en-dessous de tout. L’union nationale ? Mon cul ! Il n’y pensa pas un seul instant. On s’attendait, après l’électrochoc de cette élection, au Serment du Jeu de Paume, on eut à peine droit au baiser Lamourette. Chirac se contenta de refaire ce qu’il savait faire : le coup de l’État RPR. Quant à l’ouverture, elle fut tellement large qu’il alla jusqu’à intégrer d’anciens balladuriens au sein du gouvernement…

Je crois bien aujourd’hui que les rumeurs sont fondées : Jacques Chirac votera François Hollande à la prochaine élection présidentielle. Et dès le premier tour. Non pas que la maladie qui l’affecte l’ait définitivement transformé en Papy Gaga – le général de Gaulle avait prévenu : “La vieillesse est un naufrage”. Les deux hommes partagent non seulement la Corrèze comme terre d’élection, mais François Hollande et Jacques Chirac doivent aussi à un grand Corrézien, Henri Queuille, leur doctrine : “Il n’y a pas en politique de problème assez urgent qu’une absence de décision ne puisse résoudre.”

Et puis, François Hollande s’inscrit dans la droite ligne du chiraquisme. Puisqu’il n’a jamais gouverné de sa vie, nous ne pouvons en avoir, pour l’heure, que le pressentiment. Mais il saura faire ses preuves : six mois après sa prise de fonction, il se détournera de ses engagements de campagne. Il se ralliera au réalisme économique, c’est-à-dire à l’option de la maîtrise budgétaire à tous crins et à la réduction des déficits. Pour ne pas convoquer les spectres de 1983 et de 1995, on ne parlera pas d’“austérité”, ni de “tournant de la rigueur”. On trouvera des mots plus doux et acceptables : “revirement gracieux”, “glissade équilibrée”, “tournant sucré”. Par fierté, François Hollande refusera d’inscrire dans la Constitution la “règle d’or”, mais il en appliquera scrupuleusement tous les effets. Puis, il ira à Berlin, comme on va à Canossa, contresigner le pacte budgétaire européen. Peut-être même, pour parfaire son Imitation de la vie de Jacques Chirac, reprendra-t-il un temps les essais nucléaires dans le Pacifique. Alors, il ne restera aux cocus qu’à se compter.

Chirac, donc, c’est maintenant. Puisque ni le bruit ni l’odeur ne semblent déranger.

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    • 19 Avril 2012 à 17h29

      Pierre Jolibert dit

      A part ça, merci pour le baiser Lamourette, je ne connaissais pas, honte sur moi. Et bravo pour ce beau texte.
      Pour ce qui est de la paternité de Queuille sur Chirac, et puisqu’il faut toujours louer les grands esprits, au risque de se répéter, il revient, à ma connaissance, à Madeleine Rebérioux, de l’avoir proclamée clairement.

      • 19 Avril 2012 à 17h29

        Pierre Jolibert dit

        Pas proclamée, pardon, montrée, établie, nommée, etc.

    • 19 Avril 2012 à 12h46

      L.Leuwen dit

      Chirac le sympa est un traître né. Il a trahi successivement Chaban pour Giscard, puis Giscard (lui-même nommé Judas Giscariote par le Canard à l’époque) pour Mitterrand, et aujourd’hui, Sarkozy, pour Hollande, c’est à dire pour rien du tout, pour du mou. Mais c’est si bon, le ressentiment, le coup de pied de l’âne aux balladuriens… Au fond, la vie politique, c’est grandiose et exaltant. Surtout quand cela baigne dans la haine, comme Mme Joly nous l’enseigne aujourd’hui.

      • 19 Avril 2012 à 13h45

        ACL dit

        Il a surtout trahi la France qui l’avait élu pour être gouvernée et pas pour poursuivre la main mise sur le pays des politico cumulards étatistes

        • 19 Avril 2012 à 17h22

          Pierre Jolibert dit

          Je crois que le noyau dur des électeurs de Chirac (et de Bayrou, et des variantes du même genre) votent sciemment pour quelqu’un qui ne les gouvernera pas. Ils ne veulent pas être gouvernés, mais emmitouflés et choyés.

    • 18 Avril 2012 à 18h37

      Fiorino dit

      Je signale aussi cet article qui en dit long sur la mechanceté du président qui nous attend::
      http://elections.lefigaro.fr/flash-presidentielle/2012/04/18/97006-20120418FILWWW00513-besson-a-un-destin-de-traitre-hollande.php

    • 18 Avril 2012 à 17h19

      livia dit

      Fiorino

      ” Marianne” au centre ?
      C’est de l’humour, rassurez moi .

      • 18 Avril 2012 à 17h49

        Fiorino dit

        Il y a eu une époque où elle defendeait certains valeurs en tout cas c’était un journal républicain laïque. Maintenant elle donne la parole à tout les sarkophobes de France. Maintenant elle est nulpart.

        • 19 Avril 2012 à 4h43

          ACL dit

          Marianne : “Maintenant” c’est à dire depuis 5 ans.
          Son seul fonds de commerce c’est la une haineuse envers Sarkozy, qui a osé mener malgré les menaces et les blocages des politico cumulards et syndicats non représentatifs une politique de redressement.
          Relire d’anciens numéros est une source de joie inépuisable : les fausses infos, les mensonges propagandistes et les injures n’y manquent pas. 

      • 18 Avril 2012 à 18h00

        kacyj dit

        Disons que certains (je ne parle pas de Fiorino) font des associations : JFK fondateur, JFK est au Modem donc Marianne est au centre. Mais nulle part pourrait bien convenir.
        Pour une fois Bayrou m’a fait rigoler en parlant de la transhumance des anciens ministres de gouvernement de droite qui lorgneraient un éventuel maroquin de gauche, comme les moutons des Pyrénées qui vont et viennent des alpages à la vallée au fil des saisons.  

        • 18 Avril 2012 à 18h30

          Fiorino dit

          Kacij
          En 2007 marianne a fait la campagne de François Bayrou, c’était pire que la pravda. Puis ils ont chosi l’antisarkozysme obsessionnel en donnant la parole à tous les sarkophobes primaires. Déjà un site que renvoie à sarkofrance tout est dit. Après bien sûr il y a des sensibilités différentes. Legasse est pour dupont-aignan, dion d’extrême gauche etc.

        • 18 Avril 2012 à 19h27

          kacyj dit

          Je ne sais pas Fiorino. Je ne lis pas ou très très rarement.
          Leurs unes racoleuses ne m’a jamais incité à l’achat.

    • 18 Avril 2012 à 17h16

      ACL dit

      Et si on envisageait la situation sur l’angle de la gestion de l’état.
      Chirac, Juppé, Hollande et bien d’autres sont des étatistes à tout crin ; leur seul credo c’est plus d’argent confisqué par les collectivités , nationales, locales, sociales et cela réglera tous les problèmes.
      La politique menée depuis 1995 est celle la ; le résultat est de plus en plus de gaspillage, de moins en moins de pouvoir d’achat mais de plus en plus de pouvoir et d’argent entre les mains des politico-cumulads et de leurs obligés.

    • 18 Avril 2012 à 16h43

      L'Ours dit

      Oui c’est vrai Fiorino,
      et l’islamisation est largement passé devant la sécurité dans les préoccupations, même si parfois les deux sont mêlées et même si la crise masque pour cette élection ce ras le bol total et ce rejet!

    • 18 Avril 2012 à 15h51

      kacyj dit

      Je trouve l’analyse de Tesson dans le point très intéressante. Alors que les médias et la gauche ont semble-t-il déjà commandé les caisses pour fêter la victoire (Hollande lui même est plus prudent), Tesson rappelle qu’un quart des électeurs est non seulement indécis mais font également preuve d’une grande volatilité (il suffit d’observer le yoyo des sondages depuis quelques semaines). 
      Par conséquent, l’issue du scrutin se décidera entre les deux tours et rien n’est joué.
      Il est bien Tesson. Il ne se sert pas des signes du passé pour nous indiquer que les choses vont se passer de la même façon si ces signes s’observent dans le présent mais pour nous indiquer que ces signes ouvrent d’autres trajectoires possibles. Et il est vrai que l’histoire ne se reproduit jamais de la même façon malgré des similitudes de contextes. 

      • 18 Avril 2012 à 16h02

        Fiorino dit

        Oui j’ai lu son analyse, mais pas uniquement les médias de gauche, enfin marianne paraît-il un media du centre et c’est sans doute le média qui a le plus tapé sur sarkozy même plus que le monde.

    • 18 Avril 2012 à 15h32

      red benjamin dit

      Si Fillon avait respecté l’héritage Séguin! S’il avait décidé de gouverner la France, de la gouverner vraiment et pleinement, on en serait pas à se désespérer de ce scrutin dont le couperet n’amènera (ou réitérera) que trahison et soumission à l’ordre extérieur.

      • 18 Avril 2012 à 16h41

        Maquis_Art dit

        Fillon, certes. Mais Guaino surtout! 

    • 18 Avril 2012 à 15h30

      L'Ours dit

      “En 1997, Jacques Chirac reçut la baffe de sa vie : une victoire, méritée, de la gauche aux législatives après la dissolution que l’on sait. Pourquoi était-elle méritée, cette défaite ? Parce que Jacques Chirac avait oublié les raisons qui l’avaient fait élire.” 
      C’est bien pour punir Sarko que j’aurais voté Hollande, avec l’idée qu’il devra se plier aux contraintes économiques.
      Mais comme je le crois capable de donner le droit de vote aux étrangers et de continuer l’islamisation de la France, je continuerai à voter pour celui qui a menti sur le karcher. 

      • 18 Avril 2012 à 15h43

        Fiorino dit

        L’ours, mais le karcher c’était quoi? Pas contre l’islamisation à ma conaissance, contre la “racaille” il me semble de rappeller. Maintenant le bilan securité de sarkozy n’est pas tout à fait mauvais il faut bien sûr la complicité des élus locaux aussi. C’est quand même pas les femmes en niqab ou les mecs en djeballah qui cassent les voitures généralment.

      • 18 Avril 2012 à 17h52

        tessar dit

        Pareil que l’ours, même si je crains un peu dêtre déçu.
        Déçu,je risque de l’être,de toutes façons quel que soit le résultat