Pour éviter toute tentation d’aller chercher chez les Belges, les Suisses ou Internet des estimations dans l’après-midi, il faudra autant de volonté qu’à un ancien fumeur coincé dans un club d’amateurs de cigares. Comment faire, donc ? Un bon roman est une solution mais un bon roman qui parle de politique, histoire d’éviter un sevrage insupportable avant la libération des premiers résultats à vingt heures.

Nous conseillerons donc la récente parution en poche (Folio) de l’excellent roman de Benoît Duteurtre Le retour du général. En digne héritier de Marcel Aymé qui savait mêler fantastique et satire sociale, Benoît Duteurtre imagine le retour du vieil homme dans la France d’aujourd’hui, en proie au totalitarisme soft d’un pays réduit à être une province européenne où règnent l’hygiénisme et le festivisme. Duteurtre raconte aussi comment une révolution porte l’homme du 18 juin au pouvoir, renouvelant le coup de mai 58. A cette différence que, cette fois-ci, de Gaulle n’est pas porté au pouvoir pour cause de guerre de décolonisation mais en raison de la disparition de l’œuf mayonnaise dans nos bistrots. On le sait trop peu mais une directive bruxelloise interdit en effet la mayonnaise faite maison et impose une tyrannie agro-alimentaire et émulsifiante qui déshonore ce pilier de notre gastronomie canaille.

La fin, vous aurez tout le temps de la découvrir avant 20h car Duteurtre est un écrivain aussi drôle que fluide, rapide, qui sait dire l’essentiel en moins de 200 pages, vertu devenue aussi rare sur les tables des librairies que l’œuf mayo véritable sur celles de nos restaurants outragés, brisés, martyrisés et pas libérés.

Benoît Duteurtre, Le retour du Général (Folio)

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