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Eco-anxiété: des malades pas si imaginaires…

“Anna”, ou l’éco-anxiété

Eco-anxiété: des malades pas si imaginaires…
© Greta De Lazzaris - SKY Italia - Wildside - ARTE France - Kwaï - Fremantle - The New Life Company

“Anna”, série d’anticipation visible en ce moment sur Arte, exprime bien l’inquiétude de toute une génération sur l’avenir incertain qu’on lui promet.


J’ai un moyen infaillible pour distinguer un baby boomer de gauche et un baby boomer de droite. Le baby boomer de gauche reconnaît avec tristesse et sans ambages que la génération qui a vingt ans aujourd’hui vit moins bien que la sienne. Bref qu’il était plus facile d’avoir vingt ans en 1970 qu’en 2020. Le baby boomer de droite, lui, refusant de voir l’échec de la société capitaliste, est dans le déni. Il ose expliquer au jeune qu’il faut une réforme des retraites allant jusqu’à 67 ans, histoire d’être bien certain que le jeune continue à payer pour lui. 

Et après ? 

Après, le déluge… Car la jeunesse, outre d’avoir à faire face à la précarité et au chômage de masse, est aussi confrontée à un avenir barré par le réchauffement climatique qui pourrait bien lui rendre la vie impossible. Cela explique la naissance d’une pathologie nouvelle chez les 16-25 ans, identifiée très sérieusement par les médecins, l’éco-anxiété. 60% de cette tranche d’âge, dans les dix pays testés, souffrirait de troubles provoqués par cette idée d’une humanité en sursis. Cette idée d’ailleurs se répand de manière particulièrement forte aujourd’hui dans la fiction.

Loin, si loin de Netflix

On conseillera, visible sur Arte en ce moment, “Anna” une minisérie italienne intéressante à plus d’un titre. Elle prouve d’abord que l’anticipation filmée n’est pas condamnée à suivre les canons esthétiques et calibrés des productions Netflix ou OCS, qu’il existe une manière européenne de penser les catastrophes par le biais de la SF.  Ensuite, “Anna” étonne par sa beauté et son pessimisme radical. On retrouve aux commandes le réalisateur Niccolò Ammaniti à qui l’on devait déjà “Il Miracolo” où un Premier ministre italien se retrouvait confronté à un problème bien particulier : une statue de Vierge en plastique pleurant des larmes de sang, sans qu’aucune explication rationnelle ne puisse être donnée au miracle.

Par ailleurs, dans “Anna”, le côté visionnaire de la SF n’a jamais été aussi évident : le tournage a commencé six mois avant le début de l’épidémie de Covid-19 alors que le synopsis est précisément celui d’une pandémie dont le virus tue tous les adultes et n’épargne les enfants que jusqu’à la puberté. Se déroulant dans une Sicile somptueuse et dévastée, elle met en scène Anna, treize ans, réfugiée avec son petit frère dans la maison où est morte sa mère qui ne leur a laissé pour viatique qu’un carnet où elle a noté « les choses importantes à faire. »

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Dans ce monde livré à l’enfance, la violence est plus présente que jamais, avec des raffinements de cruauté pimentés par un nihilisme imaginatif et baroque qui rend certaines scènes difficilement soutenables. On sait depuis Sa Majesté des Mouches de Golding que les enfants livrés à eux-mêmes n’ont rien à envier à la sauvagerie des adultes. Quand en plus, comme c’est le cas dans Anna, est suspendue au-dessus d’eux l’épée de Damoclès d’une puberté mortelle, l’ensemble devient poignant dans son contraste avec les décors de ruines d’hier et d’aujourd’hui, et un ciel impitoyablement bleu.

L’éco-anxiété, il ne faut pas la combattre par le déni, mais par la beauté. Regarder en face un danger, c’est encore la meilleure  façon de le conjurer.

© Greta De Lazzaris – SKY Italia – Wildside – ARTE France – Kwaï – Fremantle – The New Life Company

Sur arte.

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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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