Bien avant le « mariage pour tous », je savais, au fond, que j’étais un puritain. Un puritain de gauche. Les pires sans doute. J’estime que le libertinage doit rester, comme le disait assez joliment Thorez à propos de la religion, un « vêtement d’intérieur ». Mes amours, mes goûts, mes débordements ne regardent que moi. L’affichage public d’une sexualité − et déjà ce mot me glace pour désigner ce merveilleux mélange, dans des proportions variables, de la sensualité, du plaisir et de l’amour − m’a toujours semblé du dernier mauvais goût.  Cependant, j’ai pu comprendre, voire soutenir les actions d’Act Up dans les années 1980. Après tout, ces jeunes gens n’avaient pas demandé à mourir et leurs manifestations brutales étaient des barouds d’honneur contre un virus qui les dévastait. Ensuite, ce fut une autre histoire, celle de la création d’un lobby LGBT dont les enjeux étaient de tout autre nature. Appréhender la totalité du réel à travers le prisme d’une orientation sexuelle particulière me semble dangereux. Enfermement communautaire, désir d’acquérir des droits particuliers alors qu’il ne peut y avoir, en ce qui me concerne, d’émancipation que sur un plan collectif.

Il faut dire par ailleurs que, par goût et par hasard, j’ai eu de bien mauvaises lectures assez peu compatibles, à première vue, avec un engagement communiste.

*Photo : mikedeaf.

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