Il y a dans La Vie des hommes un air de gaieté qui contraste avec son propos aimablement apocalyptique. Dans ces essais publiés depuis une dizaine d’années et rassemblés ici, Olivier Bardolle, que l’on pourrait par facilité intellectuelle classer dans les néo-réacs, sait appuyer, sarcastique et élégant, partout là où ça fait mal – du triomphe de la jeune fille en figure baudelairienne d’une modernité anémiée au déclin du jeune homme qui a renoncé à être un conquérant pour devenir stagiaire à vie derrière les écrans où nos vies se jouent désormais dans des décors truqués.

Mais le plus fascinant chez ce grand lecteur de Muray, c’est qu’il multiplie les grilles de lecture pour montrer comment nous disparaissons à notre insu dans le « délicieux vertige de la dissolution », ce péril mortel que Nietzsche voyait dans le bouddhisme. Pour étayer sa démonstration, il convoque avec maestria des penseurs de la décroissance et des écrivains comme Michel Houellebecq, Cioran et Baudrillard, Debord et L’Encyclopédie des nuisances, Joseph de Maistre et Castoriadis. « Ni survivaliste ni dépressif » selon ses propres termes, il est pourtant l’un des plus grands entrepreneurs en démolition d’aujourd’hui. Apprenez donc avec lui à désespérer jusqu’au bout. Sans oublier, évidemment, de garder le sourire.

Tous vos essais parlent de la fin du monde. À quoi la voyez-vous ? 

*Photo: Hannah

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