Yann Arthus-Bertrand, go Home ! | Causeur

Yann Arthus-Bertrand, go Home !

Un Pinault ne fait pas le printemps

Auteur

François-Xavier Ajavon

François-Xavier Ajavon
est chroniqueur et professionnel de la presse.

Publié le 06 juin 2009 / Société

Le photographe Yann Arthus-Bertrand est une créature médiatique singulièrement désagréable. Omniprésent dans les médias, YAB est l’authentique prêcheur écologiste qu’il manquait à la France. Un parfait supplétif moustachu du soldat Nicolas Hulot. Devenu multimillionnaire avec le succès mondial de son livre La terre vue du ciel (montrant la beauté supposée de notre planète scrutée depuis une flotte d’hélicoptères polluants), le photographe susurre dans tous les médias sa vieille rengaine apocalyptique. Il promet la fin proche de l’aventure terre, en appelant, avec dans la voix des trémolos imprégnés de religiosité, au respect aveugle de la déesse Gaïa et en faisant vibrer – sur fond d’une méfiance radicale envers la technique – la corde patrimoniale sensible : mais quelle “terre” allons-nous léguer à nos enfants ? Ben voyons ! Les enfants et l’environnement sont en effet en tête des valeurs suprêmes de notre modernité, qui sont mises quotidiennement en danger par ces ignobles industriels pollueurs, et voyous, qui ne pensent qu’à s’enrichir sans penser aux conséquences scélérates de leur enrichissement !

Avec cette vision binaire et manichéenne de l’environnement, appelant fermement à la “décroissance” (concept marketing appelé à un grand avenir comique), YAB rejoint d’autres illustres gourous du genre, dont l’ex-animateur vedette de TF1 Nicolas Hulot, et le politicien américain Al Gore, qui s’est signalé au monde il y a quelques années par un blockbuster documentaire sur le changement climatique intitulé Une vérité qui dérange. Et qui, naturellement, n’a dérangé absolument personne.

Dans cette glorieuse lignée de télévangélistes écolos, YAB se lance à son tour dans le cinéma. Déjà très présent sur les écrans, à travers des documentaires télévisés sur son travail de photographe, ou son émission de France 2 “Vu du ciel”, YAB a tourné un long-métrage sur les périls insoutenables qui pèsent sur notre Sainte-planète : Home. Diffusé vendredi 5 juin sur France 2 ce chef d’œuvre bénéficie d’une promotion digne d’une grosse production hollywoodienne : sortant simultanément dans 126 pays, il sera massivement présent sur le territoire français à travers 200 copies. Home sera également diffusé par des centaines de chaînes de télévision, par la plate-forme Youtube, et bénéficiera de projections de prestige dont l’une sur le Champ de Mars à Paris et une autre à Central Park, New York. YAB a aussi reçu le soutien du Prince Charles et organisé une projection privée à l’Elysée pour Carla Bruni et son époux. Bref, le déferlement sauvage de moraline écolo sera impossible à contenir. YAB sera partout. La terre sera à YAB. Le photographe, à la moustache pleine de sagesse, pourra envelopper cette Gaïa qu’il aime tant de toute la sollicitude que son grand cœur plein de compassion est encore capable de déployer – après tant et tant de gesticulations médiatiques.

Pour financer ce film montrant… la terre vue du ciel, notre aventurier de l’indignation décroissante a fait alliance avec deux grandes consciences morales de ce siècle : François-Henri Pinault, patron du groupe industriel PPR, qui vient d’annoncer 1800 licenciements, et Luc Besson, le célèbre producteur de longs-métrages intellectuellement déficients axés sur la banlieue et les automobiles sportives. YAB ne pouvait pas trouver meilleurs partenaires pour soutenir un projet aussi riche de bons sentiments – et aussi authentiquement “moderne” par l’atrocité de sa diffusion globale, brutale, simultanée, panoptique, massive et torrentielle. La bonne conscience – que l’on appelle en ce cas mécénat – a un prix : pour le fils Pinault, l’addition se monte à 10 millions d’euros. YAB, qui a l’argent en horreur, comme tout bon religieux, ne touchera personnellement pas un seul centime sur la recette de ce film, qui sera reversée à sa fondation Good Planet. Ici l’euro ou le dollar relèvent de la monnaie de singe. L’écologie, à ce niveau de préoccupation délirante est devenue une obsession de super-riches. La monnaie qui a cours est la satisfaction morale. Inutile de demander des comptes ou d’entrer dans le détail du green business. Le film est mal foutu ? Peu importe. « Je vais vite parce que dans dix ans, si on ne fait rien, la planète sera foutue », explique YAB dans Le Monde… En vérité, il faudrait se demander si, à force d’user ainsi sur la corde verte, ce n’est pas l’écologie qui sera “foutue” dans une décennie ?

Le précédennt coup d’éclat de YAB était le projet “6 milliards d’autres”, réalisé sous l’égide de sa fondation Good Planet, et largement financé par la banque BNP…. Un documentaire télévisé « fleuve » dans lequel des tas de quidams anonymes venaient vomir à l’image leurs desiderata existentiels, personnels et désordonnés, dans la trame d’une vision humaniste “molle” convaincue que tous les hommes sont égaux en rêves. Ce qui reste à prouver. Le petit rêve intime de YAB – qui est déjà membre de l’Académie des Beaux-Arts – est certainement de rejoindre son ami Al Gore à l’Académie Nobel en tant que Prix Nobel de la paix photographique et de l’amitié écologique entre les nations, ou bien d’intégrer le vaste Panthéon de figures françaises morales et sacrées, où se serrent déjà le Commandant Cousteau, Sœur Emmanuelle, le Dr Haroun Tazieff, l’Abbé Pierre, le Professeur Schwarzenberg, Coluche, etc. Figures hétéroclites de la culpabilisation calibrée et de l’indignation marketée. Toute une génération d’humanitaires intermittents du spectacle…. Peut-être YAB caracolera t-il un jour en tête du classement des personnalités préférées des français, publié par le Journal du Dimanche ? Dans dix ans. Ou avant. Quand il sera usé d’annoncer une fin du monde qui ne vient pas, et ne viendra pas… comme certains autres disparaîtront corps et biens d’avoir trop attendu une insurrection de rêves et de théories.

YAB a 63 ans. Je n’irai pas jusqu’à lui souhaiter d’assister à la « fin du monde » dont il rêve depuis le cockpit de son hélicoptère polluant. Tant pis si ses prophéties prennent l’eau et s’il sombre dans le ridicule rétrospectif de son pessimisme écologique outré. Peut-être pourra-t-il abandonner cette incertaine posture religieuse d’écolovangéliste qui lui va si mal au teint et recommencer à faire ces extraordinaires portraits de paysans au Salon de l’agriculture, qui l’ont rendu célèbre, et que je ne passe pas un mois sans contempler.

YAB, par pitié, pose ton hélicoptère, et reviens sur terre, parmi nous ! Rien n’est plus déprimant que de voir un talent (un génie, soyons honnête…) mal employé.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 11 Juin 2009 à 2h02

      luka dit

      Quand FXA fait dans le négationisme climatique.
      Cause toujours tu m’intéresses…;

    • 10 Juin 2009 à 17h42

      Rotil dit

      @ Tous,

      Bonjour,

      Je vois que vous disputez bien depuis samedi dernier.
      J’étais réduit au silence, dans une chambre d’hôpital à cause d’un excès de tension, pour moi c’est pas bon du tout.
      Comme c’était samedi, on m’a gardé jusqu’aujourd’hui, pour vérifications diverses.

      Vous allez voir que je ne suis pas hors sujet…

      Mais avant, je voudrais dire que la question de personne (en l’occurrence YAB), je m’en soucie peu.

      Egalement, savoir si le réchauffement climatique est dû à l’homme ou pas m’indiffère à peu près.

      Pour faire bonne contenance, j’affirme sur l’honneur qu’il m’importe peu que ce soit un réchauffement ou un refroidissement, de même qu’il m’est totalement égal qu’il n’y ait aucun changement climatique, quelque soit son origine, humaine, bovine, extra-terrestre, et pourquoi pas sioniste (“ils sont partout”… Nadia, les dinosaures, “tout le monde sait” que c’était eux !).

      Comme je suis déjà allé à cet hôpital, j’ai soigneusement évité les cuisses de poulet.

      Mon camarade de chambre m’a montré son menu et signalé que ledit poulet venait… Du Chili !

      Oui, vous lisez bien, le poulet en caoutchouc qu’on nous refile à l’hosto fait quelques milliers de kilomètres avant d’aboutir dans nos assiettes.
      Je lui ai demandé la fiche, mais finalement, sur mon menu à moi – steak haché pure semelle – j’ai constaté la même provenance, le Chili…

      Ca, j’ai trouvé cela vraiment cocasse.
      Qu’on envoie des flics en avion pour libérer des otages en mer rouge, si nécessaire, je peux comprendre, mais des cuisses de poulet, des steaks hachés, cela dépasse mon entendement…

      Et je crois que c’est de cela qu’il faudrait parler, des dépenses énergétiques en pure perte, voire au détriment du travail du cultivateur et de l’éleveur du coin.

      C’est peut-être une économie sur le moment, mais c’est un très mauvais calcul à moyen ou long terme.

      (Et question économie, avec les prix de journée en service hautement spécialisé comme la cardiologie, ce n’est pas 1 ou 2 euros de plus par repas qui y ferait grand-chose, en revanche j’ai pu constater une dégradation nette, en 2 ans, de la qualité de la prise en charge: compression de personnel, celui-ci à cran, sera-ce une baisse des dépenses à l’arrivée, j’en doute…)

      Bien sûr, pas seulement des dépenses énergétiques, mais de tout le gâchis, en incluant ces fameux “NODECs” (Nouveaux Objets de Désir et De Convoitise, je crois), qui servent peu, pas longtemps et sont faits précisément dans ce but, être sans cesse renouvelés. Voir, par ex., ce portable Samsung “ADDICT”, qui annonce la couleur de façon presque désarmante.

    • 10 Juin 2009 à 14h05

      Pascal dit

      Les chiffres qui sont donnés partout à propos du documentaire de Yann Arthus Bertrand,”Home”,donnent le vertige….diffusé simultanément dans 50 pays…vu par des millions de télespectateurs…pas vu une telle popularité ou un tel culte rendu depuis Mère Theresa,au moins.
      Pour toutes ces raisons,ça mérite un peu d’ironie et que le bonhomme soit un peu égratigné au passage,non?

    • 10 Juin 2009 à 9h16

      Odilon dit

      @ 12,7

      Très amusant en effet. J’ai parcouru l’un des articles de Beck ainsi que les réponses faites par Meijer et Keeling à Beck, à lire pour se rendre compte. Le plus drôle, c’est que dans sa dernière réponse Beck nie la notion de “background CO2 level”. S’il ne croit pas à la réalité de ce qui est mesuré, on se demande pourquoi il fait tant d’effort pour montrer que ses mesures sont valides (p. 271).

      Il faut dire que Dipl. Biol. E-G Beck est un vrai génie. Sur son site biokurs.de il vend des cours de biologie, d’accoustique, de chimie, de médecine parallèle et autres.

      Mais bon, à chacun ses références, n’est-ce pas?

    • 9 Juin 2009 à 23h07

      Johanna dit

      12;7
      vous dicutez sur les conséquences supposées d’une augmentation de CO2 sur le réchauffement climatique. Mais ce n’est pas là le problème : c’est le gaspillage de ressources naturelles qui intervient en même temps que le dégagement de CO2.On s’en fiche que le GIEC ait ou non raison.
      Il n’y a pas besoin d’avoir fait de longues études pour voir que la biodiversité diminue: il suffit d’observer dans les jardins et les champs;
      j’ai du mal à comprendre comment certains peuvent nier ce phénomène qui s’explique parfaitement par le gaspillage généralisé, l’augmentation de population, la croyance en la toute puissance de la science et surtout des technologies.
      je reprendrais un argument de J.P. Dupuy (qui cite l’exemple de la guerre de 14-18) : le nombre de gens qui ne voulaient pas croire à la malfaisance d’Hitler était très grand et pourtant ce fût pire que tout ce que l’on pouvait imaginer .
      Abitbol : ce n’estparce que certains écologistes sont des curés, qu’ils ne disent que des bêtises

    • 9 Juin 2009 à 19h49

      12,7 dit

      Avec le lien pour vous amuser un peu :
      http://www.biokurs.de/treibhaus/180CO2_supp.htm

    • 9 Juin 2009 à 19h47

      12,7 dit

      440.
      J’attends VOS réponse.