Wrong Elements: de la fascination pour les assassins | Causeur

Wrong Elements: de la fascination pour les assassins

Tous victimes?

Auteur

Pierre Brunet

Pierre Brunet
est écrivain.

Publié le 29 mars 2017 / Culture

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Wrong Elements de Jonathan Littell

Le film Wrong Elements de Jonathan Littell sera salué, encensé, honoré. A Paris et à Cannes. Ce ne sera d’ailleurs pas injuste, car ce film qui a tout pour plaire à ceux qui veulent se sentir concernés montre beaucoup d’intelligence et de talent, avec même ces longueurs sans lesquelles il n’y a pas de documentaire considérable. Jonathan Littell lui-même, quand il parle de son premier film, tout comme quand il parlait de son premier roman Les Bienveillantes(prix Goncourt et prix du roman de l’Académie française 2006) fait preuve d’une intelligence et d’un talent remarquables, attentif, sans se hausser du col, toujours juste, pertinent, précis, original.

Malaise

D’où vient alors le malaise que l’on peut ressentir, que j’ai ressenti, en regardant ce portrait analytique de trois anciens enfants-soldats (dont une femme) de la LRA (Lord’s Resistance Army, groupe rebelle illuminé fondé en Ouganda en 1988 par Joseph Kony, et responsable d’innombrables massacres et atrocités dans toute la sous-région) ? Le même malaise que j’avais ressenti à la lecture des Bienveillantes. Le sentiment que l’auteur ne peut s’empêcher d’une forme de complaisance presque inconsciente envers les assassins, d’une presque-fascination envers ceux qui, volontaires ou « forcés » passent à l’acte en commettant des atrocités. L’impression que pour Littell, les seules personnes intéressantes dans les monstruosités de l’histoire sont celles qui tuent, pas celles qui se font tuer. Cette empathie envers les bourreaux « qu’il ne juge jamais » (surtout pas) et jamais envers les victimes. Bien sûr, il reconnaît que ces massacres sont « abominables », mais pourquoi a-t-on le sentiment que cela reste un mot, et que ces abominations n’offrent dans son esprit comme premiers rôles à explorer et mettre en lumière que ceux des « acteurs », des tueurs ? Les victimes semblent n’être jamais que des figurants. On ne s’y attache pas. On s’attache à leurs bouchers.

Il y a un plan, dans Wrong Elements, où l’on voit Geoffrey, le personnage principal parmi les trois ex-combattants SLA, qui revient, en une recherche de rédemption, dans un village où, il y a des années, il a participé à un massacre hallucinant, enfants découpés à la hache devant leurs parents, etc. Geoffrey est debout, mal à l’aise (heureusement) après avoir exprimé regrets et demande de pardon à une vieille habitante survivante qui avait vu (et entendu) alors ses enfants se faire hacher. La vieille dame est assise au sol, jambes allongées, misérable, et la caméra s’attarde sur elle quelques secondes, avant de revenir sur Geoffrey. Pendant ces secondes, on nous montre quelqu’un qui a tout perdu, et juste ça ; littéralement une loser. Je crois que pour Littell, les victimes innocentes de l’histoire, au fond – et peut-être ne se l’est-il jamais avoué à lui-même – ne sont que des losers. C’est d’ailleurs à ses yeux une question de chance, comme il l’expose dans Les Bienveillantes : être, par le hasard de la vie, de l’histoire, au bon ou au mauvais endroit, au bon ou au mauvais moment. Victime ou bourreau, une affaire de circonstances, sans bien ni mal, et d’ailleurs le bien et le mal, cela n’existe pas. Il n’y a que le manche, dont on est, selon les circonstances toujours, du bon côté ou du mauvais côté… sauf que, bien sûr, c’est beaucoup plus intéressant, beaucoup plus séduisant, d’être du bon côté, celui qui frappe.

Un documentaire en phase avec notre époque

Ce phénomène de séduction avait parfaitement été analysé, et dénoncé, par Charlotte Lacoste, enseignante agrégée de lettres modernes, dans son livre Séductions du bourreau publié au PUF. Dans le film de Littell, cette séduction est à la fois affaiblie et renforcée par deux facteurs. Affaiblie, parce que les trois ex-combattants LRA, conscients d’être les « héros » du film en font souvent un peu trop ; ils cabotinent, et cela nourrit le malaise que déclenche cette caméra qui, on le sent, les aime beaucoup. Renforcée parce que, avec ces trois-là, l’auteur a trouvé les sujets parfaits de son penchant naturel. Les Einsatzgruppen et autres SS ou décideurs nazis, volontaires pour la plupart, personnages principaux des Bienveillantes, n’étaient au fond… que des bourreaux. Avec les anciens enfants-soldats de la LRA (et comme de bien d’autres groupes rebelles dans le monde), Littell approche maintenant à la fois des bourreaux, mais aussi des victimes, puisqu’ils ont été enlevés de force, enfants, et ensuite forcés, s’ils voulaient survivre, de commettre des atrocités, conditionnés à tuer. Comment ne pas comprendre l’horreur que fut véritablement leur condition, après leur enlèvement ? Comment ne pas y compatir ? Comment ne pas les voir d’abord et avant tout comme les plus grandes victimes ? Comment ne pas ressentir la plus sincère des empathies envers leur douleur, leurs souvenirs qui les harcèlent, leurs états d’âme ? Comment ne pas les aimer ? Et comment ne pas oublier à leur profit leurs victimes, ces « juste victimes » dont l’histoire ne sait plus quoi faire ?

Le point de vue de Wrong Elements ne peut que séduire. Il est en phase avec notre époque, où l’on n’ose plus, où il est interdit de « stigmatiser » les auteurs d’une hyperviolence qui nous sidère, et encore moins de les juger. Epoque schizophrène dans laquelle chacun veut voir reconnaître (et dédommager) son « statut » de victime (nous sommes tous victime de quelque chose) et, en même temps, dans laquelle il y a toujours de bonnes raisons à la commission de crimes, aussi monstrueux fussent-ils.

Wrong point de vue

L’une de ces bonnes raisons, en l’espèce, outre l’enlèvement (qui en est une), est la fameuse « obéissance aux ordres » invoquée tant de fois à Nuremberg. Les trois ex-combattants LRA, en voyant à la télé l’un de leur anciens commandants être livré au TPI de La Haye, se montrent choqués, presque révoltés. Pour eux, cet homme, recherché comme l’un des plus cruels et barbares de la LRA, n’avait fait « qu’obéir aux ordres ». Geoffrey, interrogé à Paris lors de l’avant-première du film, répétera cette justification. Obéir aux ordres. L’excuse qui relève de toute responsabilité, quelle qu’ait pu être le zèle dont on ait pu faire preuve. Moralité de l’Histoire avec un grand H : les bourreaux sont des gens obéissants, surtout les meilleurs, surtout quand ce sont d’abord des victimes.

Dans une scène du film, on voit Geoffrey revenir voir sa mère, et visiter la case qu’il occupait, à sa sortie du camp de réhabilitation, après sa vie dans la LRA et avant d’être rendu à la vie normale, « réintégré », comme on dit. Sa mère lui rappelle une nuit où un  homme a enfoncé la porte de cette case et lui a tiré dessus pendant qu’il dormait, le blessant. Cet homme avait vu ses enfants massacrés par la LRA, et voulait les venger. Cet homme que l’on ne voit pas dans le film et qui n’est évoqué qu’un instant est pour moi le personnage le plus important, le plus attachant, celui dont je me sens le plus proche. Celui qui n’a pas voulu oublier ses enfants martyrisés comme on le lui demandait, celui qui a voulu, à sa manière injuste, rendre justice, quitte ce faisant à tuer à la fois un bourreau et une victime, quitte à ajouter encore la violence à la violence. Celui qui a refusé de n’être qu’un looser.

J’avais croisé Jonathan Littell à Sarajevo, pendant la guerre en Bosnie. Nous étions alors, tous les deux, chefs de mission d’une ONG humanitaire. Je me souviens d’un jeune homme habillé en costume (le seul humanitaire en costume dans une ville assiégée…), les pieds sur son bureau, très dandy. Je ne sais pas si son film est grand ou pas. Je pense que beaucoup le trouveront grand. Je sais que son point de vue pour moi n’est pas le bon ; Wrong point de vue.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 1 Avril 2017 à 1h53

      buddy dit

      Analyse très intéressante.
      C’est vrai que nous sommes dans une période de victimisation tous azimuts.
      Le stade ultime victimiser les bourreaux.

    • 31 Mars 2017 à 15h10

      brindamour dit

      Une grande partie des gens pour se détendre d’une journée de boulot regardent
      à la télé des histoires de crimes. Ils aiment ça.

    • 31 Mars 2017 à 11h59

      plouc dit

      mais alors les nazis étaient sympathiques aussi !!!!!!!!
      n’ est ce pas ??????

    • 30 Mars 2017 à 20h06

      Renaud42 dit

      Une excellente réponse aux questions posées par cet article se trouve dans cet autre article de Causeur :
      http://blog.causeur.fr/lavoixdenosmaitres/pedophilie-dans-leglise-messieurs-les-journalistes-tapez-fort-mais-tapez-juste-00419.html#ligne
      Citation :
      “faisant de cette planète un monde confortable pour les méchants et invivable pour les bons”

    • 30 Mars 2017 à 15h24

      alainpeulet dit

      La psychologie de comptoir , ça suffit ..! Toujours vouloir expliquer le pourquoi du comment …. bref , tourner autour du pot , voire trouver des excuses , le très gros défaut de notre société douillettement engourdit dans son petit confort . Vous me direz que ça procure des sujets de conversation et débats dans les salons germanopratins … et permet de draguer les “gourdasses” qui se pâment devant l’orateur pseudo aventurier ( Un BHL au rabais ? ) !!! Personnellement je préfère les envolées lyriques de comptoir du bistrot de mon Beaujolais de village … au moins j’entend des gens sensés inspirés par les vapeurs de Brouilly !!! Hippps !

    • 30 Mars 2017 à 15h10

      rolberg dit

      J’obéis aux ordres. Je suis donc aussi une victime. Je fais aux autres ce qu’on m’a fait. Bullshit !

    • 30 Mars 2017 à 12h07

      Aristote dit

      “Les Bienveillantes” m’est tombé des mains. Je n’ai pas réussi à dépasser une centaine de pages. Trop artificiel.

      • 30 Mars 2017 à 19h30

        Saul dit

        vous auriez du, excellent bouquin. Bon sauf le dernier quart, on sent qu’il a baclé.

      • 31 Mars 2017 à 3h00

        Bacara dit

         J’en garde un bon souvenir et pourtant je suis très critique.

    • 30 Mars 2017 à 10h55

      golvan dit

      La fascination pour les pires crapules ne date pas d’hier, et l’on peut se souvenir du “Portier de Nuit”, ou du “Chagrin et la pitié”, dans le genre empathie pour les bourreaux et l’excuse typique du genre “c’est la faute à pas de chance d’être tombé là, ça aurait pu être l’inverse”.
      Avec l’Afrique c’est encore plus compliqué pour un esprit occidental tant la violence affleure sous le vernis de civilisation.
      Il y a un peu plus de trente ans je travaillais au Gabon. Un match de football avait opposé le Cameroun au Gabon et ce dernier avait pris une raclée monumentale. Eh bien à Port Gentil une pauvre femme calerounaise avait été immolée.
      Et puis tout était redevenu paisible. Si l’on avait interrogé les salauds qui l’avait tué

      • 30 Mars 2017 à 11h01

        golvan dit

        @ les salauds qui avaient tué cette femme, on aurait probablement trouvé des bons gars rigolards, expliquant que c’était pas de bol.
        Je ne sais pas ce qu’en aurait pensé Littell, mais de mon point de vue ces ordures ne méritaient que la peine de mort, histoire de calmer les suivants.
        Quant aux enfants soldats, je crains qu’ils ne soient contaminés à jamais et que, comme les chiens enragés, il faille les éliminer, et non nous les faire prendre pour des victimes à consoler.
        Ces enfants soldats devenus adultes sont d’ailleurs des milliers à descendre en Afrique du Sud où ils “gagnent leur vie” à massacrer des pauvres gens.

        • 30 Mars 2017 à 12h55

          C. Canse dit

           Golvan

          Vous soulevez un épineux problème : que faire de ces enfants soldats ? Une île déserte ? 

        • 30 Mars 2017 à 14h25

          golvan dit

          @ c.canse à 12h55
          Pour être sincère, je n’en sais vraiment rien, et dans bon nombre de cas, étant donné le merdier qu’est l’Afrique noire, ces anciens “enfants soldats” se sont fondus dans la nature sans attendre leur reste.
          Par contre comme je l’explique, ils sont par milliers descendus en Afrique du Sud où ils contribuent grandement à l’ultra-violence de ce pays.
          Je suppose qu’actuellement ils suivent des rééducations censées les remettre dans le cadre “normal” de la vie civile africaine, mais à constater ce qu’est la “normalité africaine” je ne suis pas certain que le résultat soit à la hauteur des espérances.

        • 1 Avril 2017 à 1h50

          buddy dit

          L’Afrique fonctionne autrement. Un jour, au Cameroun, avec un ami Camerounais on passe devant une série de cabanes-boutiques, une dizaine de personnes s’acharnaient violemment sur un type à terre. Je dis qu’il faut intervenir. Mon ami me réponds : “C’est surement un voleur, ils vont lui donner une bonne correction, c’est tout”.
          Devant la violence des coups, je dis : “ils vont le tuer, on devrait appeler la police”
          Il me rétorque : “Vous les blancs vous avez une vision idyllique, si on fait intervenir les flics, ils risquent fort de l’emmener dans la forêt et de le descendre”
          J’ai cru qu’il plaisantait, mais j’étais naïf.

      • 30 Mars 2017 à 12h06

        Aristote dit

        C’est du René Girard pur et dur. Le sacrifice de la victime innocente rétablit la paix.

    • 30 Mars 2017 à 10h26

      hoche38 dit

      Pourquoi chercher midi à quatorze heure: Jonathan Littell nous montre simplement que, dans l’état actuel de la consommation et du marché, un tueur “ça se vend” beaucoup mieux que ses victimes.

    • 30 Mars 2017 à 9h25

      kantin.gilbert dit

      - Notre époque déboussolée ne sait plus comment nommer le bien, et le définit uniquement comme étant le contraire du mal ; en creux.
      - Au nom de l’égalitarisme toutes les victimes se valent : les opprimés et ceux qui sont contraints d’obéir ont DROIT à la même considération que les gens qu’ils assassinent.
      - N’importe quel connard se faisant passer pour une victime à DROIT à la considération des médias, d’où ce film. Or ceux qui sont morts ne sont plus là pour se plaindre, car ils ont invisibles (paradoxe de Diagoras)

      “Ce n’est pas du relativisme, une équivalence des valeurs, c’est un déséquilibre interne au fonctionnement des valeurs, une bizarre inversion : le Bien ne peut plus consister qu’à éviter le mal, à le repousser, à le combattre.” In discours de Pierre Nora à L’Académie Française.

    • 29 Mars 2017 à 22h18

      Husdent dit

      Moi je vais vous parler du film, que j’ai vu, et laisser de côté tout le blabla certes très subtil et très cinéphile intello juste pour nourrir un débat entre initiés férus de littérature avant tout.
      Or le film est décousu, le montage débraillé, les images peu explicites, le projet inintelligible. Il ne reste au spectateur qu’à recoller les morceaux, qu’à se construire une histoire, des situations et des personn(ages)avec les moyens du bord, qu’à se dire qu’avec ces fragments de pellicules jetés là en vrac, il y avait sans doute de quoi faire un film bouleversant. C’est raté.

      • 30 Mars 2017 à 9h53

        Noumounke dit

        MERCI.
        Ce qui prouve qu’à force d’ignorer la forme en tout (Littérature, poésie art plastique, cinéma…)on en vient a accepter de mettre au même niveau la médiocrité et le talent, la fainéantise et le travail.
        Mais attention, ce sera vu comme de l’élitisme ! Pas bien !

        Angot et Ormesson même niveau, pour ces contempteurs, sans discernement, des règles établies.

    • 29 Mars 2017 à 22h11

      Renaud42 dit

      Le mécanisme d’identification du réalisateur et par conséquent du spectateur au meurtrier plutôt qu’à la victime est beaucoup plus confortable et présente l’avantage d’une imitation de la sainteté que ne permet pas l’identification à la victime qui elle demande un jugement, d’assumer une place de juge, chose tabou et répugnante pour la femelle compatissante que nous sommes devenu. La barbarie du 21e siècle est de type sentimental en prenant le contrepied de la barbarie du 20e qui était de type rationnel.

      • 30 Mars 2017 à 9h56

        Noumounke dit

        ” femelle compatissante ”

        J’adore !
        Effectivement d’un extrême à l’autre ! De la virilité à l’excès à la féminisation à outrance !
        On voit ce que donne ces caractères aux sociétés…

    • 29 Mars 2017 à 21h28

      Saul dit

      Pas vraiment la même lecture des Bienveillantes…
      Il est tout à fait logique que Littel donne le point de vue des bourreaux puisque le personnage principal est l’un d’eux. Il y a en effet, peut être pas une certaine complaisance, mais une empathie certaine.
      J’avais dit à Leroy qu’il montrait un Stanko sympathique dans son “Le Bloc”, ce qu’il avait contesté. Empathie était plus juste certes, mais on ne m’enlèvera pas de l’idée que Jérôme avait une certaine fascination lui aussi pour ce genre de type passé de l’autre coté. Quand vous dites “les seules personnes intéressantes dans les monstruosités de l’histoire sont celles qui tuent, pas celles qui se font tuer”, il n’y a rien de surprenant : n’importe qui peut se faire tuer, c’est très banal,  par contre devenir un bourreau est beaucoup moins banal et surtout moins  compréhensible : on cherche à comprendre ce cheminement qui amène du coté obscur, pas de comprendre pourquoi untel est devenu victime puisque dans ce dernier cas, on subit. dans le cas du bourreau, même s’il y a contrainte (obéir aux ordres etc), il y a quand même un minimum d’adhésion inconsciente.
      de plus Littel personnalise aussi les victimes par moment dans “Les Bienveillantes” : ce “Juif du Caucase” par exemple, ou encore ce Juif allemand qui va être exécuté avec son enfant et demandant à l’officier commandant le peloton d’exécuteurs “svp Mein Herr, faites ça proprement” pour son gosse…

      • 30 Mars 2017 à 0h35

        Sancho Pensum dit

        Bien d’accord. Il s’agit moins dans ce type d’oeuvres de fascination que de tentative de compréhension. Prendre le point de vue de la victime est nécessaire pour rendre la justice. Prendre celui de l’assassin permet de comprendre ses motivations. Bien évidemment, il n’est pas demandé au lecteur ou au spectateur de prendre partie pour celui-ci.
        Contrairement à ce prétend l’auteur, nous ne sommes pas schizophrènes, l’époque ne l’est pas. La confrontation des points de vue permet de se faire une idée plus précise de la question. Notre époque est rationnelle, cette approche est rationnelle. Et n’est pas nouvelle. Cf Faulkner ou Queneau pour les exemples les plus connus.

      • 30 Mars 2017 à 10h46

        durru dit

        Il s’agit plus de la banalisation de la violence. Dans tous les massacres de masse, il s’agit au contraire de la mise en place d’un mécanisme très sophistiqué de déresponsabilisation des bourreaux, de “normalisation” de leurs actions. Cela devient tout à fait banal, au contraire de ce que tu avances. Il n’y a rien à comprendre dans l’individuel, tout se passe au niveau collectif.
        Homo homini lupus, ça ne date pas d’hier.

        • 30 Mars 2017 à 19h29

          Saul dit

          oui j’aurais du dire “ressenti comme non banal” par les autres. Je ne parlais pas du cheminement en lui même (99,9% de l’humanité peut devenir bourreau, rares sont ceux résistant à ce mécanisme de déresponsabilisation, le fameux adage “le monstre est en chacun de nous”), mais de l’incompréhension de la part des autres. Là où je diverge est sur cette banalisation de la violence : plus on remonte dans le passé, plus elle était vu comme “naturelle”/banale, cela faisait partie des relations sociales.  Il y avait moins de jugement condamnant l’acte même de violence.
          Tout à fait d’accord sur ce mécanisme de déresponsabilisation, c’est un prétexte pour le bourreau afin de l’aider à se donner bonne conscience. Ceux ne comprenant pas ce cheminement ne voient pas la dimension collective.
          Littel expliquait ça pas mal dans son bouquin avec son “et moi je dis que jamais l’empathie envers son prochain ne s’est autant exprimé que sur le front de l’est !”, comme quoi les bourreaux devenaient aussi bourreaux par…humanité. 

    • 29 Mars 2017 à 21h05

      Sadim dit

      Qu’est-ce que Causeur branle?!

      On a une présidentielle exceptionnelle avec une veritable recalibration du clivage politique dans le sens d’une clarification saine, c’est-a-dire autorisant le simple citoyen a faire un choix de conviction.

      Mais ou est Causeur!!! 

    • 29 Mars 2017 à 18h31

      Roleo dit

      absolument d’accord !

    • 29 Mars 2017 à 18h09

      dongig2001 dit

      Admirable 

    • 29 Mars 2017 à 17h46

      Schlemihl dit

      Les héros de la littérature , puis du théâtre et du cinéma , sont des guerriers , rois ( Guilgamech Achille ) ou vaillants combattants ( Roland ) , des brigands ( Robin des Bois Hadji Stavros Thénardier ) des pirates ( Long John Silver ) ou de simples malfaiteurs ( le cinéma , partout ) , bref , des tueurs

      La vérité est que les honnêtes gens sont ordinaires et que la canaille est variée abondante et divertissante .

      • 29 Mars 2017 à 20h11

        Moumine dit

        Les victimes sont-elles nécessairement d’honnêtes gens ordinaires ?

        • 30 Mars 2017 à 1h24

          Schlemihl dit

          Moumine

          Les victimes , tuées pour leur naissance , leur état de faiblesse ( pas d’armes ) , le fait qu’elles se trouvent là au mauvais moment , ne sont pas toutes ordinaires ni honnêtes . C’ est seulement le cas le plus habituel . Les assassins , qui ont surmonté l’ interdit et qui ont osé tuer , sont plus intéressantes  .

          Dostoïevski a connu personnellement des assassins .

          Que voulez vous , les gens sublimes ne vont pas prêter attention à des victimes vulgaires . Et de nos jours on est de plus en plus sublime . tout le monde frémit d’ horreur devant les échafauds . On est un peu moins sensible devant les fosses communes , c’est tout naturel . 

      • 30 Mars 2017 à 10h39

        durru dit

        “Tu ne tueras point”. Exception qui confirme la règle.

        • 30 Mars 2017 à 12h33

          Schlemihl dit

          Tu ne tueras pas tu ne feras pas de faux témoignage tu ne voleras pas tu ne favoriseras pas le pauvre dans son procès ……

          Que c’ est petit bourgeois , non sublime , peu dostoievskien , ringard et contraignant en plus . Je parie que les gens qui racontent des choses pareilles sont mal vus .

          Voulez vous être populaire ? Pardonnez à tout le monde , pardonnez les péchés passés présents et à venir , bénissez , aimez tout le monde ….. ben oui , pour plaire il faut être aimable . C’ est ce que disait un Russe vers 1900 qui se méfiait beaucoup du sublime et craignait le règne du diable . Depuis on l’ a eu ! et les assassins le servent .

        • 30 Mars 2017 à 12h37

          durru dit

          Je parlais du film :) Qui a été produit, distribué et qui a eu un relatif succès. Et qui met en avant l’anti-héros par excellence. Qui a exactement ce rôle dans le film. Il a tout compris, Littel.