Woerth, et après ?

Il n’y a pas d’argent propre en politique

Publié le 07 juillet 2010 à 15:51 dans Politique

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Eric Woerth

Eric Woerth.

Je ne sais fichtre pas de quoi Eric Woerth est coupable, et donc de quoi il est innocent. Au sens judiciaire, s’entend. Et ce n’est pas une copie de cassette audio ou un PV d’audition à la Brigade financière qui me fabriqueront une opinion. Ceux qui ont déjà tranché, ceux qui considèrent qu’un majordome ou qu’une comptable ne peuvent dire que la vérité absolue sont manifestement amateurs de justice expéditive. C’est un choix qui peut à la rigueur se défendre, sauf qu’en général les lyncheurs du moment n’ont jamais de mots assez vibrants pour rappeler leur attachement viscéral à l’Etat de droit. Je rigole.

Étant assez peu confiant en la justice de mon pays, je ne me cacherai même pas derrière l’attente d’une éventuelle décision pénale pour me faire une opinion. Ni Roland Dumas, ni Jacques Chirac n’ont fait un seul jour de prison, ça ne les rend pas forcément plus innocents que le clampin qui s’est fait coincer par les gendarmes au volant d’une Twingo volée.

Cela dit, si je n’ai pas d’opinion technique sur le dossier, j’ai une opinion politique. C’est que Woerth mérite des claques. Si la femme de César doit être insoupçonnable, c’est tout aussi vrai pour celle du ministre du Budget. Et il aurait dû incontestablement demander à son épouse de se chercher du travail ailleurs que chez la première contribuable de France. Il va de soi que dans un couple civilisé, on discute : Madame aurait parfaitement pu insister mordicus pour aller bosser chez Liliane, mais alors, là, c’était à Eric de démissionner de Bercy. Ça s’appelle le principe de précaution, et je croyais bêtement que, sauf moi, tout le monde était pour. Ce grand principe, on l’a oublié juste au moment où il fallait pas, pour le plus grand tort de l’UMP, du président et d’Eric Woerth. Gageons que les deux premiers s’en sortiront tant bien que mal, ce qui est loin d’être gagné pour le dernier. Les claques dont je parlais plus haut, c’est le ministre-trésorier qui devrait se les coller à lui-même, si ce n’est déjà fait.

Ce scénario vertueux du non-mélange des genres restera donc imaginaire. Eut-il pris corps, Florence Woerth serait-elle allé exercer ses compétences financières à la Croix-Rouge ou chez Emmaüs, notre vie politique en aurait-elle été assainie ? Euh… Si on veut bien me laisser être sérieux deux minutes, chacun sait qu’il n’y a pas d’argent propre en politique. Qui honnêtement croit dans ce pays que les ressources des partis proviennent uniquement des militants, des sympathisants et du financement public tel qu’il est encadré par loi ?

Personne n’y croit, ou alors les petits enfants, ou quelques personnes très âgées. Chacun sait qu’il n’y a pas qu’à Neuilly qu’on glisse des grosses coupures dans des enveloppes kraft demi format (note à l’attention de Me Kiejman : “Neuilly” a bien entendu ici une acception métaphorique, je ne parle de personne en particulier). Il y a une longue histoire d’amour franco-française entre les partis et l’argent liquide. Et quand ce n’est pas du cash, ce sera un chèque versé opportunément à une association d’insertion six mois avant l’ouverture d’un hypermarché. Ou bien, s’il s’agit de babioles d’une autre ampleur, une rétro-commission de plusieurs milliards sur un compte aux Iles Cayman. Chacun donne ce qu’il peut, c’est ça aussi la démocratie.

Non, il n’y a pas d’argent propre en politique, il n’y a que des pauvres couillons qui se font gauler, alors que d’autres passent entre les mailles. J’ai la faiblesse de penser que l’immense majorité des électeurs en ont conscience, et que, comme moi, ça ne les dérange pas plus que ça. À preuve, ça ne les a pas empêchés de réélire triomphalement Alain Juppé, Jean-Paul Huchon et bien d’autres, malgré leur condamnations judiciaires.

Sans financement occulte, pas de partis politiques. Sans partis, pas de démocratie. Réfléchissez et choisissez !

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  • 11 July 2010 à 19h41

    Chris dit

    Marc Cohen dit :
    ‘ Non, il n’y a pas d’argent propre en politique, il n’y a que des pauvres couillons qui se font gauler, alors que d’autres passent entre les mailles. ‘

    Si je raisonnais comme vous M Cohen , je dirais alors qu’ il n’y a pas d’argent propre dans le journalisme , qu’ ils se font tous du blé en remplissant leurs journaux de scandales hypothétiques et fabulatoires , de calomnies honteuses , des fables gigantesques et de rumeurs perverses .
    Mais je ne dirais pas cela , je sais parfaitement que dans le monde des journalistes il y a aussi des hommes et des femmes intégres , sérieux qui essaient de faire leur boulot le plus proprement possible
    Eh bien figurez-vous , Marc Cohen , en politique , c’est la même chose, il y a un tas de politiciens ( des hommes et des femmes ) qui essaient de faire leur boulot le plus sérieusement possible , à gauche comme à droite .

    Vous dites sans financement occulte , pas de partis , donc pas de démocratie : j’en conclu que vous ne votez pas .
    La démocratie , c’est la moitié des couillons plus un .

  • 11 July 2010 à 18h20

    expat dit

    @ Thelonius : faut savoir déléguer. ;->
    Le petit c’est pour la téléphonie, le grand c’est pour l’informatique/internet.

  • 11 July 2010 à 14h41

    Thelonious dit

    expat !

    Jéjéjéjé !!!

  • 11 July 2010 à 12h51

    expat dit

    @ Thelonius : “de la persévérance pour comprendre les contrats proposés tout en faisant gaffe, tout le temps, à la petite différence qui tue et qui est parfois franchement à la limite de l’honnêteté.”

    J’ai mon fils pour ça. ;->

  • 11 July 2010 à 10h48

    Marie dit

    / Et en ce qui concerne les CPAM de payer de façon inversement proportionnel les soins, tant il est vrai que certains usent et abusent des remboursements. Bien évidement je ne fais pas renter là dedans les maladies graves ou chroniques reconnues médicalement. Exit la flemme les petits arrangements arrêts maladies les hypocondriaques branchés matin midi et soir chez le médecin, médicaments vendus selon les besoins du patient.

  • 11 July 2010 à 10h43

    Marie dit

    Donner aux entreprises privés la gestion de l’assurance maladie ne me dit rien qui vaille. Regarder comme à chaque fois on se rend compte que la concurrence n’existe pas. On serait à la merci d’un groupe tout puissant , car on arrivera vite à une holding et vous verrez que tout pretexte sera bon pour faire flamber les prix. Il suffit de regarder combien coute une mutuelle , secteur prétendument concurenciel, pour voir qu’à trois radis près le coût et le même partout., cher pour des prestations plancher.
    Ce qui a tué France Télécom public c’est le fait que celui ci fonctionnait comme le privé (très discrètement il est vari) en facturant le coup d’un appel je ne sais plus de combien plus cher que celà aurait dû revenir à l’usager. ‘Cela je le sais par un directeur de France Télécom.
    Vouloir à tout prix que l’Etat se désengage du social me semble particulièrement dangereux.
    Par contre ce serait à l’Etat de faire en sorte que ce social ne soit pas verser indûment comme à présent par défaut de vérification. Et en ce qui concerne les CPAM de payer de façon inversement proportionnel les soins, tant il est vrai que ce

  • 11 July 2010 à 7h48

    Thelonious dit

    Yul,
    “Lorsqu’une personne choisit librement de faire un don à une autre, il y a peu de frais et tout le monde est content.”

    oh non….

    Vous ne parlez que du principe de liberté. Liberté d’entreprendre bien sûr. On dirait que vous voyez le monde rempli uniquement de personnes qui ne sauraient être qu’à votre image : bon, courageux, intelligent, entreprenant, autonome. Qui ne seraient jamais vieux, ni accidentés, ni malades et encore moins pauvres.

    Ensuite, votre démonstration (ou celle de ce Mr Sowell) qui assimile l’Etat à un voleur, je la trouve un peu spécieuse. Parfois, pour arriver à la conclusion que l’on souhaite, on va trop loin dans la caricature.

    Et puis, si on devait attendre de chacun, quand on connait un peu la nature humaine, qu’il se comporte toujours avec fraternité (qui ferait le liant d’une société épanouie pour Fatback), les poules auraient des bridges.

    Expat,
    “Et en plus en peu de concurrence ne peut faire que du bien à l’Etat.”
    La concurrence n’importe comment, sans moral, états d’âme, etc bof…

    Vous savez, parfois la concurrence n’a, pour le consommateur, acune valeur ajoutée. Ex : la téléphonie mobile où il faut franchement avoir du temps, de la persévérance pour comprendre les contrats proposés tout en faisant gaffe, tout le temps, à la petite différence qui tue et qui est parfois franchement à la limite de l’honnêteté.

    La liberté d’entreprendre d’un côté ne doit pas être au détriment de la liberté de ne pas se faire avoir

  • 10 July 2010 à 23h32

    BvB09 dit

    celà me fait penser à un autre fil ou un causeur estimait que le commercant était un parasite du système, argument très judicieusement contré par Fatback.
    L´etat peut faire les mêmes choses que le privé et parfois plus et mieux (souvent moins et plus mal)
    Le TGV et le programme nucléaire francais en sont des exemples.
    Ce que je trouve inique dans la fonction publique ce sont plus les freins à la motivation que sont l´emploi à vie et une centralisaton qui bloque des effets d´émulation et enfin les monopoles.

  • 10 July 2010 à 23h20

    BvB09 dit

    Le principe de l´administration est inévitable quand on parle d´assurance et d´investissement en commun, même dans le privé comme le prouvent par exemple les groupements d´entreprises.
    L´argument des coûts est donc fallacieux.
    De plus
    Si j´étais riche, je ne souhaiterais pas avoir mes pauvres, et si j´étais pauvre je ne souhaiterais pas devoir ma survie à une dame patronesse quelconque.
    J´aime l´anonymat de l´administration.
    Quand je fais un don je le fais auprès d´organisation dont je pense qu´elles sont professionnelles, ce que je ne suis pas.