WC du troisième type
Des toilettes pour transsexuels ? Et pourquoi pas !
Publié le 29 septembre 2008 à 6:30 dans Société
Afin de ne plus obliger les transsexuels à utiliser les toilettes dames ou messieurs, et de leur éviter les désagréments subséquents, plusieurs universités canadiennes ont décidé d’adopter des WC “désexués”.
La nouvelle, quand elle sera connue, ne manquera pas de hérisser quelques poils réactionnaires et j’imagine sans peine les lazzis qui suivront. Ou plutôt non, je les imagine avec de la peine, car une fois de plus, on se sera trompé d’ennemi. Je m’explique. Moi je trouve ça bien que les transgenres aient des toilettes pour eux. Je suis un Occidental bien dans sa peau et dans son camp et donc, naturellement, plutôt libéral en matière de mœurs et même totalement libéral quand il s’agit de privautés entre adultes consentants.
En clair, je suis pour qu’on fiche la paix aux L, aux G, aux B et même aux T. Alors quand j’apprends qu’on va instituer des latrines du troisième type, tout d’abord, je rigole un bon coup (quand même, on n’est pas de bois) et puis je me dis qu’après tout, si ça leur fait plaisir, pourquoi pas ? Et même si tout ça est financé sur fonds publics (pour l’instant dans l’Ontario et au Québec, mais bientôt, n’en doutons pas, chez nous aussi), ça coûtera sûrement moins cher que la réfection des colonnes de Buren, qui ne servent de toilettes qu’aux clochards et aux pigeons et c’est moins désespérant, rapport à ce que deviennent mes impôts, que le financement public des travaux de Julien Courbet ou de Michel Onfray.
N’empêche, à la réflexion (j’en vois qui se marrent au fond de la classe), il est quand même un peu troublant que cette innovation nous vienne des universités canadiennes qui sont, plus encore que Berkeley ou l’UCLA, le vrai laboratoire du “politiquement correct” pur et dur. C’est là-bas, dans les chaudrons de sorcières des gender studies1 francophones qu’ont été élaborés quelques-uns des pires attentats jamais perpétrés contre la langue française. Quand vous lisez dans le journal “la gouverneure Palin”, “la procureure Louise Arbour” ou bien “Fred Vargas, auteure de polars”, c’est aux lobbys LGBT canadiens que vous le devez, et aussi un peu à leurs agents d’influence chez nous, sans qui ces idiotismes lesbo-québécois ne serait jamais devenus des idioties françaises. C’est aussi chez les LGBT canadiens que s’est rodé l’arsenal répressif visant à punir les supposés actes ou visées homophobes (ou transphobes ou biphobes etc). Lequel arsenal est d’ores et déjà intégré à nos lois : il arrivera fatalement un jour ou il sera utilisé contre ceux qui, sans dire du mal de nos amis LGBT, diront du mal des lois censées les protéger de toutes les phobies – c’est-à-dire, accessoirement de nous.
Bref tout ça m’énerve .Qu’on fiche la paix aux LGBT, oui, mille fois oui, je laisse volontiers la chasse aux tapettes aux lanceurs de fatwa. Mais qu’en retour, les activistes lesbo-transo-gays nous lâchent un peu la grappe, arrêtent de saccager la langue et de pourrir nos lois, bref respectent, eux aussi, nos différences. Après tout, on est un peu tous sur le même bateau. Même si on n’utilise pas les mêmes toilettes.
- Sans entrer dans le détail, les gender studies, très inspirées des travaux de Derrida et Foucault et très en vogue dans les facs nord-américaines, expliquent notamment que la langue est une “machine de guerre” des majoritaires oppresseurs contre les minorités opprimées. Celles-ci (minorités sexuelles, raciales etc.) doivent grosso modo détourner cette arme contre les oppresseurs. (C’est ainsi que des féministes made in US ont exigé le remplacement du mot “séminarium” par celui d’”ovarium” sur les salles de classes. Pour plus de détails, l’article de Wikipedia sur la question, quoique favorable aux gender studies offre un historique et un résumé assez honnêtes de la problématique. ↩
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L'auteur
Marc Cohen est rédacteur en chef brèves de Causeur.
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Pirée dit
Le prince est assis face au sud, y compris sur “la maison des mandarins”, comme disait Tseu Hi (pinyin : Cixi).
Averell dit
Je n’ai rien à ajouter à votre pertinente lettre sinon qu’il faudrait envisager les besoins (besoins au sens strict : nécessité d’uriner ou d’aller à la selle) avec une plus grande simplicité au lieu de compliquer à plaisir. Vous semblez être un amoureux des mots, nous partageons cette même passion. Vous connaissez probablement ce néologisme (une marque déposée me semble-t-il) : des chiottes pour chiens (j’ai découvert le système à Biarritz, ville de mémères à toutous) ont pour nom caninet. J’ai entré ce mot sur Google, mais rien ; pas de caninet sur le net. J’aurais aimé vous signaler sa fiche technique, elle n’aurait pas manqué de vous impressionner.
La satisfaction des besoins en milieu urbain est une question essentielle et complexe, nous en convenons ; mais, je le redis, il ne faudrait pas compliquer la question à plaisir, et sous des prétextes aussi oiseux que fallacieux. A cet effet, je propose tout bonnement que nous en revenions aux chiottes à la turque (sont-elles d’origine turque ?) pour tous, y compris les transsexuels. Pourquoi ? Les chiottes à la turque obligent le corps à une position qui est la même pour tous, démocratique en quelque sorte, pour la grosse commission, mais aussi pour la petite commission : par crainte des éclaboussures l’homme aura tendance à s’accroupir. Le cérémonial est pour tous le même : on lève ou l’on abaisse les linges et vêtements qui couvrent les parties évacuantes ; on s’accroupit, les deux coudes posés sur les genoux et la tête appuyée dans le creux des mains ; l’évacuation faite, on se rhabille. Cette posture très ancienne (comme en témoigne la statuaire) est aussi la plus hygiénique. L’écartement maximal du fondement permet l’évacuation des fèces sans qu’elles ne viennent se frotter aux fesses. Elles bénéficient ainsi dès leur sortie de l’espace maximal. C’est un point essentiel auquel on ne prête pas assez attention. Dans les W.C. auxquels nous sommes habitués, il faut généralement faire un usage immodéré de papier hygiénique, ce qui n’est pas vraiment hygiénique. La matière s’en est allée mais l’odeur reste, demandez aux chiens qui se trouvent à la hauteur de nos postérieurs et qui ont un odorat autrement plus développé que le nôtre. Pourquoi en est-il ainsi ? Vous l’avez deviné : ces W.C. ne permettent pas l’écartement maximal de notre fondement. Je le redis, les chiottes à la turque doivent être remises à l’honneur. Ce sera difficile, je ne l’ignore pas, elles évoquent une époque plutôt médiocre. Mais les bureaux d’études et leurs designers sauront les agrémenter et même, par un système de sol coulissant, les faire disparaître sitôt l’opération terminée. On cachera le réservoir d’eau, bref, on fera en sorte que les chiottes ne ressemblent plus à des chiottes lorsqu’elles ne servent pas. Que perdra-t-on à supprimer le siège – ce trône – qui prévaut chez nous ? Commençons par reconnaître que nous ne nous y asseyons pas volontiers lorsque nous ne sommes pas chez nous. Chez nous, nous y prenons place avec délectation, tant et si bien que les W.C. se font volontiers la prolongation du fumoir et de la bibliothèque. Mon père, homme très occupé, y fumait la pipe et y lisait les journaux. Et je suis certain que les décisions avisées ont été plus souvent prises aux toilettes qu’aux conseils des ministres. Mais pensons à nos invités, transsexuels ou non, qu’importe ! Ils sont chez nous comme nous sommes chez eux, pas si à l’aise pour la grosse commission, un peu dégoûtés même. Donc, par respect pour nos invités, et quitte à nous ôter quelques moments de plaisir, et, plus grave, à priver la société de quelques sages décisions, il nous faut opter pour les chiottes à la turque.
Je réclame l’indifférenciation dans l’acte d’évacuation, et la suppression des urinoirs qui seront mis sur le marché comme ready-mades, entérinant ainsi leur complète disparition. Ni W.C. de deuxième ou de troisième type, revenons-en aux chiottes à la turque. Les statuettes antiques qui montrent un personnage faisait ses besoins le montrent invariablement accroupi, les coudes posés sur les genoux, la tête appuyée dans le creux des mains. C’est l’attitude la plus naturelle à l’homme. Cette attitude qui nous vient probablement de l’Egypte, la mère de toutes les religions, a été véhiculée par les druides. Chier était chez les Egyptien un point de religion.
Cher Monsieur Cohen j’aurais aimé que votre article conduise le lecteur à de plus graves réflexions ; par exemple, comprendre enfin que la manière de chier n’est en rien indifférente. Tournez-vous indifféremment votre postérieur du côté du Nord ou du Sud, de l’Orient ou de l’Occident ? J’espère que vous respectez la règle, que vous le tournez vers le Sud ou vers le Nord, jamais vers l’Occident ou vers l’Orient. J’espère aussi que comme moi vous respectez ce précepte doré de Pythagore qui est de ne point pisser en face du Soleil. Vous le savez, de telles questions sont autrement plus importantes que des préoccupations genre W.C. du troisième type. Vous me demanderez, goguenard, et à raison, si je respecte ces règles. Et bien oui ! Sachez par exemple que je ne vais jamais dans des W.C. sans une boussole. Le respect de cette règle qui veut que l’on ne chie ni vers l’Orient ni vers l’Occident entraîne des contraintes, à moins que l’on ne chie sous la charmille ; mais je les accepte, quitte à me retrouver tout de travers sur le trône. L’acte de chier est religieux, il convient donc de respecter une liturgie. Avec les représentants des grandes cultures je juge que la direction dans laquelle s’effectue l’opération ne doit pas laisser indifférent. Je ne divinise pas pour autant la merde. Je n’exige pas qu’à l’instar des Egyptiens, à qui tous doivent tant, nous regardions pets et vesses comme autant de divinités, que nous honorions d’un culte spécial le fouille-merde, cet insecte qui naît dans la merde, qui s’en nourrit et qui s’amuse à en faire des pilules, pilulas volvere, qui étaient pour les Egyptiens l’image du monde, du Soleil, d’Isis, d’Osiris, en un mot, le nec plus ultra de la divinité.
Les transsexuels ! Des W.C. du troisième type ! Et pourquoi pas des chiottes pour Blancs ! Et d’autres pour Noirs ! Et des chiottes interdites aux Juifs ! Tout cela n’est pas sérieux. Au cours de mon service militaire, à l’état-major d’un régiment d’infanterie, une affichette avait été punaisée sur la porte des W.C.: Interdit aux hommes du rang. J’étais un homme du rang ; et moi qui acceptais la hiérarchie sans trop rechigner je fus pris de stupeur. Les chiottes représentaient dans ce monde si terriblement codifié le recoin, l’ultime recoin authentiquement démocratique. Il m’était arrivé d’utiliser ces W.C. juste après mon colonel et l’odeur qu’il y avait laissée l’avait d’un coup humanisé. Je vis autre chose que cinq galons dorés qu’il me fallait saluer automatiquement. Mais c’est peut-être précisément cela qu’ils voulaient éviter : que nous les humanisions.
Voilà, cher Monsieur Cohen, je ne vous ai que trop retenu. Un mot encore. On nous bassine avec les W.C. pour transsexuels. Fort bien ! Puisque nous en sommes à la défense des minorités avez-vous pensé aux soupeurs ? Avez-vous pensé à l’immense frustration que représente pour eux la disparition des urinoirs, ces urinoirs en tôle et en fonte qui laissaient voir les pieds des pisseurs et d’où venaient des effluves particulièrement riches : composés organiques dont je vous épargne l’énumération ; mais aussi minéraux : sodium, chlore, phosphates, carbonates et sulfates. Les soupeurs donc sont privés de leur délice, le baba de pissotières. Alors, si des W.C. sont installés pour les transsexuels, je propose que des urinoirs à l’ancienne soient réinstallés pour le plaisir des soupeurs.