Wall Street peut pas sentir le jasmin
Publié le 22 janvier 2011 à 5:58 dans Brèves
Mots-clés : Fitch, Moody’s, Standards & Poor’s, Tunisie
Il y a Riri, Fifi et Loulou et puis il y a Fitch, Standards & Poor’s et Moody’s. Les premiers sont les fameux Castors Juniors, neveux de Donald et bons petits gars bien sympathiques, bricoleurs et maladroits. Les secondes sont les principales agences de notation, nouvelles maîtresses du monde, Cruellas des salles de marché, qui d’un simple clignement d’œil font trembler les vieilles nations réduites à l’état d’élèves attendant la trouille au ventre dans le bureau du surgé pour savoir à quelle sauce ils seront mangés.
Pour les agences de notation, contrairement aux Castors Juniors dont le célèbre manuel a enchanté des générations de petits aventuriers, le réel n’existe pas. Qu’un peuple du Maghreb se soulève spontanément contre une dictature policière et donne une chance unique à un peuple arabe de parvenir enfin à une véritable démocratie leur importe peu. Ca saigne dans les rues de Tunis, de Sousse et de Carthage mais ce n’est pas le problème de Fitch, Standards & Poor’s et Moody’s qui ont baissé avec une remarquable unanimité la note de la dette souveraine de la Tunisie en invoquant, sans blaguer, « l’instabilité du pays, due au changement inattendu de régime.»
Pour ceux qui avaient encore des illusions sur le lien consubstantiel entre la démocratie et de l’économie de marché, les agences de notation nous rappellent avec un cynisme assumé que pour les affaires, une bonne dictature vaudra toujours mieux qu’une mauvaise démocratie. Et qu’en matière de prévision géopolitique, de leur propre aveu, elles sont juste un peu moins compétentes que les Castors Juniors…
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L'auteur
Martin Terrier est militaire.
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fatback dit
Air,
Les gens ne sont pas ce qu’ils disent être, les gens ne sont même pas ce qu’ils pensent être : les gens sont ce qu’ils font. Un type qui use de son influence – si ce n’est pas de son fric – pour amener l’Etat à intervenir en faveur de ses affaires n’est pas – par définition – libéral.
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Je ne suis pas riche (mais pas pauvre non plus).
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« Un libéral devrait être contre des agences de notation »
Hein ?
Air dit
@ fatback
Peut-être que je confonds.
Eux ce disent libéraux… Trouvez-moi un libéral pauvre ;-)
Un libéral devrait être contre des agences de notation car la seule notation devrait être celle du marché qui n’est pas influencé.
fatback dit
Une autre possibilité consiste à demander à la banque centrale de rembourser la dette publique au fil de l’eau avec de la création monétaire (un peu comme si vous remboursiez votre crédit immobilier avec des billets de banque que vous avez imprimé vous-même). Reprenons l’exemple de tout à l’heure. Nous avons vu qu’avec les $100 que la banque centrale vous a versé en paiement de vos obligations, notre banque m’a accordé un crédit de $90. Nous avons aussi vu que ce crédit correspond à une création monétaire de $90 puisque vous conservez la jouissance de vos $100 et que je dispose désormais de $90 pour faire ce que je veux. Bien. Imaginez maintenant que je suis l’Etat et que je ne contracte pas un crédit auprès de la banque mais que j’émette une obligation pour $90 (Fatback Mai 2020 5%) et que quelqu’un (vous puisque vous avez $100) achète cette obligation : moi j’ai $90 à dépenser selon mon bon vouloir mais vous… avez une obligation. Pas de création monétaire ! Vous m’avez juste prêté la jouissance de vos dollars jusqu’en mai 2020. De la même manière, quand je vous rembourserais, il n’y aura pas de destruction monétaire : vous récupèrerez juste vos $90 augmentés des intérêts que je vous dois. Si je décide de faire tourner le planche à billet pour vous rembourser, par contre, je créé de la monnaie ex-nihilo…
fatback dit
eclair,
Nous en venons à la proposition de MLP. Il y a plusieurs possibilités : si la banque centrale – sur les instructions du gouvernement – rachète la dette de l’Etat sur le marché (soit pour la détenir et porter cette dette à son bilan comme elles le font aujourd’hui, soit pour l’annuler purement et simplement), elle ne fait rien d’autre qu’une gigantesque opération d’open market – c’est-à-dire une création massive de monnaie centrale et, en fin de compte, un cataclysme économique du type république de Weimar ou Zimbabwe plus récemment.
[…]
fatback dit
C’est ce qu’on appelle le multiplicateur monétaire. Une analogie pratique c’est celle du pastis : les billets imprimés par la banque centrale –la monnaie centrale – sont la dose de pastis, la monnaie crée par les banques commerciales c’est l’eau. La banque centrale contrôlant la dose de pastis et la quantité d’eau maximale que les banques commerciales peuvent mélanger au pastis, elle contrôle – de fait – la quantité maximum de pastis dilué contenue dans le verre (l’économie). Vous pouvez facilement calculer qu’avec une injection de $100 de monnaie centrale et des réserves obligatoire fixées à 10%, la banque centrale permet au système bancaire de créer jusqu’à $900 – soit un total de $1000. Si la banque centrale souhaite faire remonter les taux, elle revend des obligations sur le marché, les banques se retrouve à cours de liquidités, sont obligées d’en emprunter sur le marché interbancaire, font monter le taux du marché et – de proche en proche – sont obligées de réduire le montant de leur portefeuille de crédit.
fatback dit
Si vous venez retirer votre argent ou si vous le dépensez, la banque doit s’assurer qu’elle est capable de vous rendre votre argent. Si elle en est incapable, c’est la faillite). La fraction en question – c’est-à-dire le rapport entre les dépôts que la banque a sur ses livres et le montant des crédits qu’elle a accordé est réglementée – ce sont les réserves obligatoires. Si les réserves obligatoires sont fixées (par la banque centrale) à 10%, ça signifie que quand la banque reçoit (pour le compte de ses clients) $100, elle peut prêter $90 et doit garder $10. Imaginez que vous soyez le client qui a vendu ses obligations à la banque centrale : vous déposez $100 sur votre compte et la banque me prête 90 de vos $100. La banque centrale a bien injecté $100 dans le système (en vous payant), vous avez bien ces $100 sur votre compte et pouvez en faire ce que vous voulez mais j’ai moi aussi $90 que je peux utiliser n’est-ce-pas ? Donc en injectant $100, la banque centrale permet la création de $190. De mon coté, je vais créditer mon compte de $90… sur lesquels la banque (ou une autre si je dépose les fonds dans un autre établissement) peut prêter $81. Et ainsi de suite.
[…]
fatback dit
Les investisseurs qui vendent leurs titres à la banque centrale reçoivent donc des euros en échange. Ces euros (les billets fraîchement imprimés) viennent créditer les comptes bancaires des investisseurs et fournissent donc des liquidités à leurs banques. Du coup, ces dernières disposent de liquidités suffisantes pour satisfaire aux différentes exigences règlementaires imposées par les Etats (ratio de fonds propres et réserves obligatoires) et ont donc moins besoin d’en emprunter sur le marché interbancaire : le taux baisse pour toutes les banques qui peuvent dès lors accorder plus de crédit. C’est là qu’intervient un phénomène connu sous le nom de multiplicateur monétaire. Quand une banque reçoit des billets frais de la banque centrale – après une opération d’open market – elle peut utiliser une fraction de cet argent déposé sur les comptes de ses clients pour le prêter à d’autres clients (c’est le principe même du métier de banque, votre argent – déposé sur votre compte – est utilisé par la banque pour faire des prêts.
[…]
fatback dit
eclair (suite),
Le processus de création monétaire. Pour simplifier, imaginons que la monnaie centrale créée par les banques centrales prenne toujours la forme de billets de banque (en fait, ce n’est pas le cas : il y a aussi les réserves des banques détenues sur des comptes auprès de la banque centrale – mais passons). La plupart des banques centrales modernes ne cherchent plus à contrôler la masse monétaire en tant que telle (i.e. les agrégats monétaires M1, M2, M3 ou M4) mais cherchent à piloter le niveau des taux sur le marché interbancaire (par exemple, les Fed Funds au US) c’est-à-dire le taux auquel les banques se prêtent de l’argent entre elles. En contrôlant ce taux, les banques centrales cherchent à faire baisser ou monter le coût du crédit pour stimuler (croissance trop faible) ou freiner (inflation) le rythme de la croissance. C’est le principe de la politique monétaire. Pour ce faire, elles procèdent principalement par ce qu’on appelle des opérations d’open market (elles peuvent aussi utiliser d’autres outils mais c’est marginal). Une opération d’open market se déroule comme suit : la banque centrale imprime des billets de banques et utilise ces billets pour acheter des obligations d’Etat sur le marché.
[…]
fatback dit
eclair,
Finalement, je vous poste ma réponse ici.
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Première chose : nos Etats ne s’endettent pas en prenant des crédits auprès des banques mais en émettant des obligations – c’est le rôle de l’agence France Trésor en France. Ces obligations sont achetées par des investisseurs qui peuvent des compagnies d’assurance (notamment dans leur actif général), des banques, des entreprises, des caisses de retraite etc… Si les banques détiennent des obligations d’Etat, ce n’est pas parce qu’elles aiment particulièrement ça mais c’est parce que la règlementation bancaire les incite à le faire (voir ratios de Bâle I et II, dit ratio Cooke et McDonough respectivement).
Addis dit
Wall street peut pas sentir le jasmin. Eh bien on dirait que l’internationale socialiste non plus :
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/monde/20110118.OBS6458/le-parti-de-ben-ali-exclu-de-l-internationale-socialiste.html
C’est drôle ça, l’internationale socialiste vient de s’apercevoir que ….
fatback dit
Comme pour illustrer mon point précédent sur la crédibilité des agences il semble que le marché n’ai pas attendu Moody’s pour intégrer le risque politique tunisien… mais que le Credit Default Swap 5 ans sur la Banque Centrale de Tunisie (le coût d’une assurance contre un risque de défaut) reste 1% en dessous de celui de l’Etat de l’Illinois… Salauds de marchés, ils préfèrent prêter aux tunisiens plutôt qu’à un Etat américain :)
Gil Mihaely dit
Ceux qui veulent deviner la décision de la COface dans les semaines qui viennent peuvent s’appuyer sur cette déclaration de François Heisbourg le 17 janvier dans le cadre du colloque annuel de la Coface sur les risques pays 2011
« On est plus proche de la Roumanie que de la Pologne, du modèle portugais que post-Franco en Espagne. Et il a fallu au Portugal cinq ans pour parvenir à se stabiliser politiquement ».
Gil Mihaely dit
évaluation COFACE pour la Tunisie nov 2010:
http://www.tunisieinfos.com/typography-mainmenu-26/91-qrisque-paysq-de-la-coface-la-tunisie-bien-notee.html?303318cbf7741b94130d71ca8cbd49e4=da1a62d05d7fd703f94eeafe5c0b6260
en janvier 2011 Coface met un petit bémol :
“Les pays notés A4 (Maroc-Tunisie) présentent un comportement de paiement souvent assez moyen qui pourrait être affecté par un retournement de la conjoncture, mais la probabilité que cela conduise à un grand nombre de défauts de paiement reste modérée”
Reste à voir comment la Coface va agir dans les semaines qui viennent. il est confortable d’attendre mais le temps presse car les clients ont besoin de couvrir les risques et il fixer le prix dans une manière ou dans une autre…
Gil Mihaely dit
Petit rappel : en France il existe une agence de notation publique – l’COFACE dont le rôle est (comme l’indique son nom “Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur”) d’évaluer les risques des investissements à l’étranger et aider les exportateurs français à faire face aux risques politiques et géopolitiques. Une des fonctions de cet organisme est d’évaluer la capacité d’un partenaire potentiel d’honorer ses engagements.
fatback dit
Meunniez-Tudor,
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De rien, de rien ;)
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« J’aimerais bien que Gil ou vous-même me disiez par quoi remplacer ces agences »
Par les agences d’avant 1975. Sans les grosses pattes de nos régulateurs.
Meunniez-Tudor dit
@ Fatback
Merci pour ces explications, je n’ étais pas conscient de cet état des choses, plongé , comme dirait Pirate « dans mon monde poli et gentil » d’avant 1975 ;-)
Il en résulte que je devrais présenter mes excuses à M. Terrier pour l’avoir apostrophé de la sorte, ce que je fais ici.
Je maintiens cependant que le rôle de ces agences n’est pas de juger l’état de démocratie dans tel ou tel pays, mais de donner son opinion sur la sécurité des investissemnts.
Une autre reflexion m’est venue, concernant ce que vous avez écrit sur 1975 : dès que l’État se mêle de quelque chose, ça fait un effet « éléphant dans un magasin de porcelaine ».
Pelo (au cas où l’envie vous en prendrait), ce n’est pas la peine d’enfoncer le clou, j’ai compris ;-)