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Wagner et le judaïsme : deux siècles ensemble

Histoire d’un génie récupéré

Publié le 02 février 2013 à 17:30 dans Culture

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richard wagner verdi

Les amateurs de musique peuvent se réjouir : cette année célèbre conjointement le bicentenaire de la naissance de Richard Wagner et de Giuseppe Verdi, deux des plus grands compositeurs d’opéra de tous les temps1. Nés à quelques mois d’intervalle, ces deux génies, qui jamais ne se rencontrèrent, incarnent à leur manière deux conceptions dramatiques de l’art lyrique. Si Verdi, figure emblématique du patriotisme italien, fut rapidement adulé par le public, le succès se fit attendre pour le maître allemand. Celui-ci connut la gloire tardivement grâce au soutien financier et amical que lui apporta, dès 1864, le jeune Louis II de Bavière. Un soutien frôlant d’ailleurs l’idolâtrie pour ne pas dire l’homosexualité, clairement exprimée dans la correspondance échangée entre les deux hommes : « Bien aimé, jamais je ne t’abandonnerai » écrivit notamment le roi au compositeur le 10 mai 1865.

Aujourd’hui, la mémoire de Richard Wagner demeure controversée en raison de l’admiration que lui portait Adolf Hitler, contribuant ainsi à faire ressortir les rapports pour le moins compliqués que le compositeur entretenait à son époque avec les Juifs. Pour autant, l’antijudaïsme de Wagner n’empêcha pas Théodore Herzl, père du sionisme, d’adorer son œuvre et de le considérer comme le plus grand musicien de son époque. Parmi les amis proches du compositeur allemand, se trouvaient également des personnalités juives comme le chef d’orchestre Hermann Lévi, créateur de l’opéra Parsifal. Wagner admirait par ailleurs Mendelssohn et rêvait, à ses débuts, d’obtenir le succès d’Halévy ou de Meyerbeer, deux grands compositeurs juifs. Selon le maître allemand, La Juive constituait l’un des plus beaux opéras de son temps et le Grand Opéra, illustré par Meyerbeer, représentait le modèle absolu. Lors d’un séjour désastreux passé à Paris (1839-1842), Wagner sollicita à plusieurs reprises l’appui de Meyerbeer. En 1861, après un nouvel échec parisien, lors de la création de Tannhäuser, c’est Charles Baudelaire, grand admirateur du maître allemand, qui saisit alors l’occasion de défendre son oeuvre en rédigeant une critique musicale passionnée.

Dix ans auparavant, en 1850, Wagner avait publié sous le pseudonyme de K. Freigedank, Le Judaïsme dans la musique. Ce libelle, dans lequel Wagner critiquait le monopole des Juifs dans la musique, fit alors peu de bruit même s’il suscita une certaine surprise puisque les Juifs allemands étaient relativement bien assimilés. Vingt ans plus tard, ce pamphlet fut signé de son vrai nom, la conjoncture politique étant plus favorable à la diffusion de ses idées.

Si Wagner énonçait ses pensées anti-juives dans ses écrits, on ne trouve rien de tout cela dans ses livrets d’opéra. Bien sûr, il est possible de voir dans le personnage des Maîtres chanteurs, Beckmesser, la caricature du Juif mais il convient aussitôt d’ajouter que Beckmesser représente un maître chanteur, certes caricaturé en Juif, mais dont les compétences musicales sont néanmoins reconnues. Quant à l’argument selon lequel ce personnage serait la caricature d’Eduard Hanslick, influent critique musical d’origine juive, il mérite d’être relativisé car Beckmesser fut esquissé dès 1845 c’est-à-dire avant la rupture entre Hanslick et Wagner2.

Quelles sont alors les causes des pensées anti-juives de Wagner ? Pour Jacob Katz, auteur de Wagner et la question juive3, ce compositeur ne cessa jamais de manifester une grande versatilité affective, brûlant tout au long de sa vie ce qu’il avait adoré. Il éprouvait une jalousie haineuse contre ceux qui réussissaient lorsque lui échouait : ainsi se révéla l’amertume d’un artiste pour lequel le succès tarda tant à venir ! Mais ne pourrait-on pas également y voir la réaction épidermique d’un homme qui, convaincu d’être le fils adultérin d’un acteur juif4, voyait son oeuvre critiquée par les compositeurs juifs qu’il admirait ? N’aurait-il pas alors ressenti ces attaques comme une forme de trahison ?

Ce ne sont pourtant pas ses écrits mais plutôt le culte immodéré que lui voua Adolf Hitler, un siècle plus tard, qui nuit le plus à sa mémoire, concourant à faire de sa musique comme de sa personne les symboles de la barbarie nazie. L’amitié ou, selon certains, les relations plus intimes liant sa belle-fille, Winifred Wagner, et Hitler lui portèrent également un coup fatal. D’aucuns avancent en outre le fait que Winifred Wagner apporta à Hitler le papier qui lui servit à la rédaction de Mein Kampf lorsqu’il fut emprisonné à la forteresse de Landsberg.

Mort à Venise en 1883, Richard Wagner peut-il être tenu pour responsable des crimes d’une époque qui lui fut postérieure ? D’après Jacob Katz, on ne peut aucunement considérer Wagner comme un « précurseur du nazisme ». Mêler la musique de Wagner au nazisme est une erreur, ajoute pour sa part Daniel Barenboim, premier chef d’orchestre à avoir interprété des extraits de l’œuvre wagnérienne en Israël à l’aube des années 2000. De plus, lorsque le compositeur découvrit les théories raciales d’Arthur Gobineau, il n’y adhéra pas. Si, comme tant d’autres, Wagner a été sensible à un climat d’antisémitisme ambiant, nul ne peut toutefois l’accuser d’être l’initiateur d’une époque aussi imprévisible qu’atroce.

Rappelons enfin qu’à la fin des années 1920, un chef d’orchestre juif avait brisé en France le « tabou Wagner ». Au lendemain de la Première Guerre mondiale, certaines œuvres musicales allemandes, dont celles de Wagner, avaient été interdites en Alsace et en Lorraine en raison de leur connotation jugée trop pangermanique. Mais le 28 novembre 1929, le chef d’orchestre Henri Benfredj eut l’audace d’interpréter Lohengrin à l’Opéra de Metz malgré les vives manifestations de rue et la campagne de presse, destinées à empêcher la représentation. Celle-ci rencontra finalement un réel succès qui permit aux œuvres de Wagner d’être rejouées dans ces régions redevenues françaises.

Comme celui qui fut son ami, Friedrich Nietzsche, a vu sa mémoire pervertie par sa propre sœur, Wagner pâtit et continue de pâtir de l’adoration que lui voua Hitler. On ne se méfie décidément jamais assez de la postérité…

*Photo : amanojaku_uk2001.

  1. L’Opéra national de Paris organise également des conférences : « Wagner et Verdi » le 11 février, « Wagner et les Français » le 5 mars et « Wagner et Nietzsche » le 10 avril.
  2. Dictionnaire encyclopédique Wagner, sous la direction de Timothée Picard, Editions Actes Sud/Cités de la musique, 2010.
  3. Dictionnaire encyclopédique Wagner, sous la direction de Timothée Picard, Editions Actes Sud/Cités de la musique, 2010.
  4. Il s’agit de l’acteur, Ludwig Geyer, second mari de la mère de Wagner, qui donna au compositeur son nom durant les premières années de sa vie.  Guy de Pourtales rapporte à ce propos un fait intéressant : Mein Leben, biographie écrite par Wagner et publiée vingt-huit ans après sa mort, débutait initialement par cette phrase : « Je suis le fils de Ludwig Geyer ».
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  • 5 Février 2013 à 1h51

    néonéo dit

    @Bibi:
    1)Si tu veux je te scanne mon UNIQUE passeport français biométrique quand je suis au boulot demain.     :)
    2)Sans acrimonie aucune, ça n’est pas une démarche historique scientifique d’envisager la fin du 19e allemand avec les yeux de 2013. L’histoire est faite pour analyser et comprendre, pas pour émettre des jugements de valeur.
    3)Avec ce genre de raisonnements, on peut plus lire le Voyage au bout de la nuit sous prétexte que Céline était antisémite. 
    4)Tu es très cultivé et tes posts sont souvent intéressants, mais tu raisonnes en vase clos. Du coup, tu utilises tes connaissances uniquement pour valider ton propre système de pensée préétabli. Très rassurant mais très dialectique, tout ça.

    “L’intelligence, c’est la faculté d’adaptation”
                     -Bergson- 
     
    P.S: try to think OUTSIDE the box.
     
      

    • 5 Février 2013 à 12h47

      Bibi dit

      a. Why don’t you try thinking?
      b. Why don’t you try being polite?
      c. Why don’t you try posting on rather than off topic?

  • 4 Février 2013 à 13h16

    pascal.solal@cegetel.net dit

    Il n’y a pas à faire de la psychologie; à partir des années 1870, l’antisémitisme a fait partie intégrante de la mentalité allemande (et française, mais dans une moindre mesure). Ou alors, il faut faire de la psychologie de masse.

    • 7 Février 2013 à 13h42

      petrus dit

      Salut,
      Tout d’abord un peu de sémantique: Antisémitisme = contre tout ce qui est sémite, descendant de SEM file de Noé chargé de peupler le moyen orient. L’écriture sémitique se fait de droite à gauche. Les hébreux ou juifs, les arabes sont des sémites avec d’autres civilisations aujourd’hui disparues.
      Le terme d”ant-judaïsme convient mieux.
      Quant à la France Arthur Gobineau peut être considéré comme le père du nazisme et Hitler y fait souvent référence, il devien par voie de conséquence le père de l’anti-judaisme avec son émule Chamberlain. Rappelons-nous l’affaire Dreyffus, l’affaire des Fiches et la phrase de jules Ferry :”il faut définitivement éradiquer la race bâtarde”. L’anti-judaïsme français était aussi violent en France qu’en Allemagne, mais beaucoup plus feutré. Outre Céline les auteurs abondent dans cette sombre voie surtout après la parution du livre de Herl ” Die Jden Statt” bible du sionisme entamé par Edmond de Rothschild à partir de 1876.
      J’espère que cela lèvera un voile sur ce sujet.

  • 4 Février 2013 à 12h03

    petrus dit

    Que voila un article écrit en parfaite méconnaissance de cause.
    C’est oublier la cabale parisienne des musiciens juifs contre Wagner et Tannhauser. C’est ignorer le recours de R.W au usuriers juifs malgré l’ouverture du commerce de l’argent aux non juifs. C’est oublier, en 1876, l’anoblissement au titre de barons d’Autriche des 5 frères Rothschild par l’empereur en vertu des services financiers rendu par eux aux états européens ruinés par les différentes guerres et réunifications – ce qui fera créer au journalisme Wilhelm Maar le barbarisme “antisémite” lors du tollé général provoqué par ce sacrilège et la création de la noblesse du fric après celle d’Épée (croisades) et de Robe (Cours chrétiennes) – dont une très légère allusion dans Parsifal.
    Par contre femme, brue et gendre de R.W sont intégralement impliqués dans le nazisme et Mein Kampf, dont le premier tome a été écrit sur papier à en tête d’Hauss Wahnfried
    Le nazisme a des racines françaises grâce à Gobineau et à son émule Houston Steward Chamberlain (époux d’Eva Wagner, fille adultérine de R.W et Cosima von Bülov) qui va initier Hitler à cette idéologie avec Winnifred bru postume de Richard.
    Le leitmotive récurrent de l’œuvre lyrique de R.W est “la rédemption par l’Amour”, sachant que ce génie a commencé par en écrire les poèmes.
    Le chroniqueur évite l’emploi du barbarisme précité en lui préférant judicieusement celui d’anti-judaïsme et je lui en sais gré.
    Petrus

  • 4 Février 2013 à 0h49

    Bibi dit

    Vous allez voir néonéo vous rappeler la branche Strauss israélienne, ses prix exhorbitants des fromages et yaourts, et tutti quanti. :-/
    Tout colle, Barackisaitout.
      

    • 4 Février 2013 à 19h45

      néonéo dit

      “Tout colle, Barackisaitout.”   

      -Diagnostique: manichéisme en phase terminale.
      -Suggestion niveau hobby: sors-toi les doigts du sudoku et passe à l’aquarelle, grand-père. Parait que c’est mieux pour choper le sens des nuances.

      • 4 Février 2013 à 22h01

        Bibi dit

        Tiens, réalité israélienne méconnue par une prétendue indigène.

  • 3 Février 2013 à 22h44

    ylx dit

    .@Bibi
    Les artistes en général, et à fortiori les compositeurs d’opéra (vu le coût des effectifs) doivent absolument trouver des parrainages pour produire leurs oeuvres. Ils doivent donc d’une certaine manière “collaborer” avec les pouvoirs en place politique et financier. Wagner est emblématique de cette sujétion, voir sa dépendance à l’égard de Louis II
    Et corrélativement on peut constater que les époques de grand rayonnement artistique sont liées à des périodes de prospérité économique. Sans Louis XIV pas de Molière, ni de Lulli. Sans Paul Guillaume, pas de Cézanne, pas de Soutine, pas de Modigliani et peut-être pas de Picasso.

    • 3 Février 2013 à 23h06

      Bibi dit

      Subvention, mécénat, ne riment pas systématiquement avec avec caution idéologique, de même qu’il n’y a pas nécessairement d’idéologie (au sens large du terme) dans toute œuvre artistique.   

      Bien sûr que les arts prospèrent en situation de prospérité économique. Ce sont aussi des moments où l’on peut (se) permettre davantage de liberté d’expression. 
       

      • 3 Février 2013 à 23h12

        Bibi dit

        …tant sur le fond que sur la forme.
         

  • 3 Février 2013 à 21h59

    Bibi dit

    Hypothèse qui demande réfutation: les nazis étaient-ils à l’origine de la politique identitaire en vogue de nos jours? C-à-d le jugement de l’œuvre (d’art) en fonction de l’identité de son auteur? 
     

  • 3 Février 2013 à 21h12

    ylx dit

    @Bibi “Je crois que vous posez la question (sous forme d’affirmation) que j’allais soulever: celle de l’artiste (pas seulement compositeur) engagé”.
    Vaste sujet, inépuisable.
    Pour se limiter à l’opéra je pense que les messages des compositeurs sont plus de nature sociale que politique. Mais bien sûr comme il faut un scénario (un livret), un drame ou une comédie il faut mettre en scène des méchants qui sont des empêcheurs de bonheur en rond pour les gentils et gentilles en général amoureux. Et bien entendu les méchants sont toujours des puissants ou des êtres bornés (pléonasme diront certains).
    De tous les compositeurs c’est certainement Wagner qui a été le plus engagé politiquement et qui apar ailleurs avait élaboré une thématique politico-philosophique construite. .Mais il faut reconnaître que cet engagement est beaucoup plus discret dans son oeuvre que dans sa correspondance ou ses essais.
    Par ailleurs on ne peut évidemment pas lui reprocher d’avoir été “adopté” par les “parrains” du régime nazi un demi-siècle après sa mort.

    • 3 Février 2013 à 21h41

      Bibi dit

      N’oublions pas l’agenda social d’un Mozart (le mariage) et son librettiste da Ponte, juif converti. 
      Mais aussi Chostakovitch ou (dans un autre domaine) Vera Mukhina. 
        

    • 3 Février 2013 à 21h51

      Bibi dit

      Note supp. 
      Rappelons aussi que les nazis avaient une politique de l’art – cf. “L’art dégénéré” d’une part, et la “collectionnite” dont étaient affectés plusieurs dirigeants.