Vue d’Allemagne, une drôle de campagne… | Causeur

Vue d’Allemagne, une drôle de campagne…

Quelques instantanés politiques

Auteur

Jérôme Leroy

Jérôme Leroy
est écrivain.

Publié le 29 mars 2017 / Politique

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macron valls allemagne merkel schulz

Martin Schulz et Benoît Hamon. Sipa. Numéro de reportage : AP22033029_000002.

Une semaine en Allemagne, pour la promotion du Bloc qui vient d’être traduit. On se met à suivre l’actualité d’un peu plus loin, même si elle ne vous lâche pas. Par exemple, alors que la France de Manuel Valls, qui a naguère présenté cela comme un exploit, a accueilli péniblement 12 000 migrants, j’apprends que Stuttgart, 600 000 habitants, à elle seule,  en a accueilli 9000. Manifestement, la ville n’est pas à feu et à sang. Je demande à mes interlocuteurs (un chauffeur de taxi, une infirmière SPD, un journaliste local) si ça ne va pas faire perdre les élections à Angela Merkel. Réponse unanime, à quelques nuances près : « Si elle les perd, ce ne sera pas à cause de ça. Plutôt un besoin d’une légère inflexion sociale parce que c’est un peu dur, quand même. »

Les exilés fiscaux votent-ils Macron?

À Fribourg, qui ressemble à Colmar, il est vrai qu’on n’est pas bien loin puisque depuis les hauteurs, on voit la ligne bleue des Vosges, mais de l’autre côté,  j’aperçois près d’un distributeur de banque un autocollant de la France Insoumise. Il est déchiré. Je n’y vois pas un signe, ma religion n’est pas faite : Hamon, Mélenchon ou même Nathalie Arthaud qui est encore la seule à mettre le mot « communiste » sur ses affiches. À force de ne plus le voir, je vais finir par ne plus savoir l’écrire. Avec un aime ou deux.

A une lecture-signature, le soir, je rencontre la candidate EELV pour les députés des Français de l’étranger. Elle se présente sans trop d’espoir sur une circonscription qui recouvre l’Allemagne, la Pologne, l’Europe centrale et balkanique. A l’exception de la Suisse et du Lichtenstein qui forme une circonscription toute seule puisqu’il y a assez d’exilés fiscaux pour ça. La sienne représente 90 000 électeurs. Son pronostic : Macron va tout rafler. Les mauvais esprits vont encore dire que c’est le candidat des élites mondialisées.

La France d’Angot

Dans le petit hôtel sur la Rathausplatz, pendant un déjeuner qui est un délicieux attentat diététique avec sa saucisse de foie, je regarde sur la tablette l’accrochage entre Fillon et Angot. Je ne savais pas qu’Angot était une écrivaine filloniste. La France de Fillon, avec son ordre moral conservateur et son ultralibéralisme impitoyable, me terrifie mais soyons bien clairs, celle d’Angot aussi, ou plutôt celle qui a permis à Angot d’être Angot, c’est-à-dire une petite fraction médiatique et puissante à la fois, qui fait « référence » et qui a révéré et pipolisé une personne qui pratique une littérature écrite avec cinquante mots de vocabulaire et une syntaxe d’élève de 3ème qui se remet d’une mononucléose. Une littérature « autofictionnelle », c’est-à-dire avec ceinture et bretelles: « Je balance des saloperies sur la terre entière, je parle des gens célèbres ou inconnus jusqu’à les ridiculiser, les briser, les humilier mais je me réfugie derrière la fiction dès que je risque de prendre une “baffe” réelle ou juridique. » Pour le juridique, elle commence d’ailleurs à en prendre, et on la remerciera de n’avoir pas été pour rien dans une autre catastrophe: la judicarisation du roman, la façon dont la fiction se retrouve attaquée désormais devant les tribunaux. Sans cette bêtise snobinarde qui a monté Angot comme, d’ailleurs, elle a monté Edouard Louis, parce qu’ils sont des briseurs de « tabous » alors qu’ils sont surtout des épate-bourgeois, on n’aurait pas vu hier soir une arrogante transformée en Grand Inquisiteur qui a osé dire « Moi, j’écris la vérité » (ce qui est glaçant et révèle en même temps qu’elle n’a rien compris à la littérature) servir de conscience morale de ce temps pour aller porter la fausse contradiction a celui qui n’a besoin de personne pour tuer la droite.

Valls, traître de théâtre

Entre Francfort et Leipzig, le train s’arrête à Gotha. Mon côté snob me dit que j’aurais bien aimé en faire partie. Mon côté marxiste, qu’il faut toujours critiquer les programmes. Au retour, j’apprends que Mélenchon refuse de participer au débat de France 2 à quelques jours du premier tour. C’est tout à son honneur. On parle souvent, en souvenir de Mirbeau, de la grève des électeurs. Il faudrait aussi une grève, au moins médiatique, des candidats. Rien ne les oblige à subir ces humiliations quotidiennes de la part de trop nombreux journalistes qui ne sont ni experts, ni neutres ni même élus et qui font passer leur désir d’audience avant celui d’informer. À Leipzig, je vois les images de Schulz serrant la main de Hamon et lui apportant son soutien. Je me souviens de la Grèce en 2015. J’espère que Hamon aussi.

On atterrit à Roissy sur une belle traîtrise, une traîtrise de théâtre. Manuel Valls votera Macron dès le premier tour. Il n’avait pas tout à fait raison le Valls de 2016 : « Il y a deux gauches irréconciliables. » Le Valls de 2017 a précisé sa pensée, et c’est mieux : « Il y a deux gauches irréconciliables dont une s’appelle la droite, et moi, je suis de droite. »

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    • 30 Mars 2017 à 21h15

      aregundis dit

      Le temps s’éclaircit. Il existe encore, Dieu merci, quelques social-traîtres pour se rallier au panache blanc de Macron, vierge encore de toute palinodie judiciaire. Mais on cherche, on cherche… On s’affaire… Rarement les médiats ne furent pris d’un tel zèle de transparence, en sectateurs du soupçon collectif, comme d’un totalitarisme qui se cherche. Mais lecteur, regarde bien l’illustration qui orne la La Mare au Canards » . Tu y vois un caneton coiffé du mortier de magistrat avec dans le dos une clé-remontoir.

      Filon reste mon candidat parce c’est un homme qui défend la société libérale. Est-ce bête ! Et parce je ne m’estime pas meilleur que n’importe quel autre péquin pour jeter le bébé avec l’eau du bain, pour couiner avec l’enragée : « A la lanterne ! A la lanterne ! », et quoique je nous trouve bien bons de lui faire crédit d’un vernis de culture dont elle est probablement dépourvue.
      A mesure qu’approche l’échéance le pays prend la mesure de la menace. Il réalise ce que le projet Hamon (pour ne citer que lui) contient de gauchismes attardés, de mesures « citoyennes » absurdes. L’opinion se tourne avec bon sens vers ce qui lui semble le moins nocif pour l’intérêt général.
      Allons, n’est-il pas sympathique ce jeune homme ? Il veut – belle arrogance de la jeunesse – abolir les clivages, débarrasser le pays de cette gauche des vieux films en noir et blanc rayés, foule de prolos en casquette et personnages à redingote appelant à renverser le capitalisme. Vieilleries plus vieilles que je suis vieux, oui, tout de même !
      Et puis, il a d’beaux yeux, tu sais…

    • 30 Mars 2017 à 15h11

      Martini Henry dit

      Bonne chance pour “le bloc” en Allemagne. C’est un bon bouquin. Comme disait Théo dans “les tontons flingueurs” à propos des chars Patton : “C’est pas ma marqué préférée”, mais c’est un bon bouquin.
      Pour le reste, l’Allemagne, c’est les saucisses et la bière (quelques musiciens aussi, il me semble..) et je n’ai pas l’impression que ce soit également “la marque préférée” des migrants… Tant pis, on aura donc une Allemagne qui aura la même gueule et le même régime alimentaire que la France, que la Belgique, que l’Italie, que l’Angleterre, que la Suède, que l’Espagne, que le Danemark… Torchonnades dégueulasses et hallal dans l’assiette. Je ne suis pas certain que la diversité y gagne, contrairement à ce qu’on nous raconte.
      Bah, cela simplifiera le travail des guides touristiques et gastronomiques… On comparera la qualité du Kebab allemand avec le chawarma belge et on saluera la façon tellement “italienne” de porter le Tchador…
      Et c’est ainsi qu’Allah est grand…
      Même si, comme disait toujours le même Théo avec son charmant accent allemand un peu trainant : “Il faut bien admettre qu’exceptionnellement, Dieu n’est pas avec nous !”

    • 30 Mars 2017 à 11h50

      José Bobo dit

      Article nul, sans aucun intérêt ! Surtout quand elle distingue son “côté marxiste” de son “côté snob”, elle n’a donc pas compris que le marxisme est dans certains milieux le comble du snobisme ?

      • 30 Mars 2017 à 11h53

        José Bobo dit

        Désolé, je m’aperçois un peu tard que l’auteure de cet article est un auteur, ce qui ne rend pas son travail meilleur pour autant…

    • 30 Mars 2017 à 11h15

      steed59 dit

      pas mal la dernière phrase

    • 30 Mars 2017 à 11h07

      Cervières dit

      Il est sur qu’il est difficile de comparer la politique allemande avec la française. Les partis ne sont pas strictement les mêmes et les affinités non plus. On se rappellera de Mitterrand qui s’entendait très bien avec Helmut Kohl (entre hommes de Droite probablement). Pour la Chancelière Angela Merkel, personne en France ne va la voir ou n’a d’affinités avec elle sauf quand il s’agit de paraître sérieux, ce qui en ces temps d’élections peut être important. On se souviendra que quand Gerhard Schroeder vient à Paris, il se précipite chez son copain Sarkozy (affinités sociale-démocrates?), que Hollande préfère nettement voir Oskar Lafontaine et die Linke, qu’il a été invité aux 150 ans du SPD mais que tout le monde y était extrêmement gêné (il n’y a jamais eu beaucoup de vrais socio-démocrates “à l’allemande ou à la Scandinave” en France). Nos amis allemands restent très polis, laissant croire à nos politiques français à de vagues similitudes.

    • 30 Mars 2017 à 0h41

      Brice Briselances dit

      Encore un qui pour faire “Causeur surtout si vous n’êtes pas d’accord” se croit obligé d’avouer des penchants marxistes snob -un de plus dans la ménagerie des anarchistes ni de droite mi de gauche qui singent en la symétrisant la gauche caviar aujourd’hui macronisé ! Et le dit marxiste (plus-tout-à-fait-mais-encore-un-peu-tout-de-même pour épater le bourgeois lecteur de Causeur) de déclarer que Vals est de droite parce que… libéral. Parce que la droite c’est le libéralisme ! (Et l’extrême-droite c’est, j’imagine, l’ultra libéralisme…) On Cause beaucoup à Causeur mais bien branlant de la tête côté connaissance de l’histoire des idées politiques.

    • 29 Mars 2017 à 20h43

      OLIVIER COMTE dit

      Je vous demande de bien vouloir considérer que les Français en Suisse sont, pour la plus grande partie, des travailleurs et non des exilés fiscaux.
      Vous vous présentez comme écrivain, non comme penseur politique, mais vous devriez placer un grand panneau: CHRONIQUE, au-dessus de votre article, pour être compris.
      Vous savez que “marxiste” ne sert plus qu’à l’injure et votre allusion au Programme de Gotha et sa Critique échappera au plus grand nombre.

    • 29 Mars 2017 à 14h49

      Noumounke dit

      Je ne comprends pas ce qu’a cherché à dire Monsieur.
      Suis je stupide ou bien cet article est creux ?

      • 29 Mars 2017 à 18h27

        Naif dit

        Ne chercher pas plus loin l’article, comme son auteur, est de gauche !
         

      • 30 Mars 2017 à 17h51

        FVM dit

        Je vis en Allemagne depuis 30 ans et essaye de m’informer le plus possible sur la campagne en France et je n’ai rien compris non plus à cet article! Pseudo “journal de voyage” qui ne dit absolument rien d’intéressant ni sur la France ni sur l’Allemagne et encore moins sur la relation entre ces 2 pays!

        P.S.: Et je n’ai pas du tout l’intention de voter pour Macron! (…”Son pronostic : Macron va tout rafler…”)