Vote FN: classes populeuses, classes dangereuses? | Causeur

Vote FN: classes populeuses, classes dangereuses?

Quand la bourgeoisie social-démocrate excommunie les prolos

Auteur

Eric Desmons
enseigne la théorie de l'Etat.

Publié le 12 mai 2017 / Politique

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fn michea guilluy houellebecq

Soirée électorale FN à Hénin-Beaumont, 2017. Sipa. Numéro de reportage : 00803592_000026.

Quelques heures avant le second tour, Michel Houellebecq rappelait croire encore “au vote de classe” et estimait que le clivage droite/gauche n’avait pas été évacué au profit du clivage société ouverte/société fermée, mais s’y superposait. Il précisait d’ailleurs sa pensée, en suggérant que le vote de classe était déterminé par la place occupée par l’électeur dans le rapport de production, pour employer le langage marxiste. Pour cette raison, Houellebecq se voyait, presqu’à regret, assigné dans le camp des élites mondialisées, que l’intérêt (de classe) devrait donc pousser à voter Emmanuel Macron.

Métamorphoses de la lutte des classes

Comme souvent, Houellebecq a eu une stimulante intuition. Les analystes de la vie politique remarquent en effet de façon assez unanime que l’élection présidentielle de 2017 (mais on pourrait remonter à celle de 2002 ou au référendum de 2005) oppose les gagnants de la mondialisation à ses perdants, et pour dire les choses plus simplement, les riches et les pauvres (ou plus précisément ceux qui se trouvent en situation précaire). Mais en entendant ces mots bien au-delà de leur stricte signification financière : il s’agirait tout autant de richesse ou de pauvreté mesurées en termes culturels, éducatifs, économiques, sociaux, sanitaires, environnementaux, etc.


Regardez en intégralité le passage de Michel… par francetvinfo

Si l’on veut bien suivre la grille d’analyse marxiste suggérée par Houellebecq, la société française oppose la bourgeoisie 2.0 à de nouvelles classes dangereuses, ressuscitant les clivages qui furent ceux du milieu du XIXe siècle. Le clivage qui se donne à voir, entre ces deux classes qui s’affrontent dans la compétition électorale, met aux prises ceux qui révolutionnent sans cesse les moyens de production (d’internet à l’ubérisation de la société) et ceux qui en font à divers titres les frais. Ces derniers apparaissent alors comme des conservateurs défendant leurs droits acquis qui croient notamment que l’Etat-nation est le dernier rempart contre l’exclusion  - économique, sociale, culturelle – qui les guette inexorablement. Ce qui est notable, dans cette situation, c’est que la nouvelle classe dominante libérale (qu’on dira pour aller vite social-démocrate, et allant de la deuxième gauche à la droite libérale en passant par le fameux “centre”) défend ses intérêts non plus contre une vieille aristocratie franque accrochée à “l’extase religieuse” (Marx) comme en 1789, mais exclusivement contre une classe sociale prolétarisée, démunie, comme en 1848, et qui perçoit la nouvelle société comme une menace.

Ceci n’est pas sans poser un problème de conscience, notamment à la gauche officielle, du côté du PS et de ses satellites, où l’identité partisane exige de faire perdurer la vieille tradition de la défense des faibles et des opprimés (en réalité, et comme l’a montré Jean-Claude Michéa, il y a bien longtemps que cette gauche a viré sa cutie pour embrasser les sirènes du libéralisme et qu’elle s’est trouvé d’autres damnés de la terre à défendre en la personne des minorités). Dès lors, comment peut-on revendiquer l’histoire du socialisme et la défense des dominés en restant du “mauvais” côté de la lutte des classes (celui des vainqueurs de la mondialisation) ?

Et le FN siphonna le vote ouvrier

La campagne électorale de 2017, plus que toute autre consultation électorale antérieure, répond à ces interrogations. La stratégie du FN – capter le vote ouvrier – est au fond une aubaine pour la gauche de gouvernement, comme pour la droite libérale. On pourrait ajouter, pour faire bonne mesure, que le fait que la gauche ait délaissé cet électorat est également une aubaine pour le FN, sorte de parti vautour, qui est ainsi passé de la stricte extrême-droite traditionnaliste où dominaient les nostalgiques de Vichy et de l’OAS à un parti d’extrême droite populiste, dont les succès électoraux chez les ouvriers, les employés, les chômeurs, les précaires – la France périphérique de Christophe Guilluy – sont avérés.

>> A lire aussi: Christophe Guilluy: «En 2017 ou en 2022, la France périphérique fera basculer la présidentielle»

Cette stratégie est une aubaine pour la gauche libérale car elle lui permet de justifier moralement et politiquement son abandon de l’électorat populaire : si le FN est un parti fasciste, alors ses électeurs n’auront droit qu’à l’opprobre, à l’infamie, sinon à la haine. Ainsi se reconstituent, à l’instigation même des partis sociaux-démocrates, les nouvelles classes dangereuses : cependant, elles ne sont plus communistes-révolutionnaires, comme en juin 1848 ou encore dans les années 1950, mais d’abord fascistes. Dénoncer le danger fasciste qui monte permet de conserver une position de classe dominante tout en restant irréprochable moralement.

Contre le mal absolu, il faut même enjoindre de façon la plus péremptoire de voter pour le candidat, de droite ou de gauche, faisant barrage au FN. Il devient ainsi possible, en cette circonstance exceptionnelle, de se dispenser des usages et du droit républicains, puisque la sauvegarde du Bien est en jeu : des présidents d’université intiment à leurs usagers comme aux enseignants de voter pour tel candidat, au mépris du principe de neutralité du service public ; des artistes plus ou moins en vue s’autorisent à insulter publiquement, sur le mode scatologique de préférence, Nicolas Dupont-Aignan pour s’être allié au FN, etc. Mais les choses ne s’arrêtent pas là : il convient d’annoncer publiquement son intention de bien voter. Le silence, l’absence (c’est-à-dire l’abstention), la dérobade (le vote blanc), constituent les articles de la nouvelle loi des suspects. Ceux qui n’auront pas affiché leurs louables intentions seront jetés avec l’eau du bain fasciste : ainsi Jean-Luc Mélenchon vite dénoncé, notamment par le parti des médias (selon l’heureuse expression de Brice Couturier) et par une poignée de résistants germanopratins, comme un rouge-brun pour ne pas avoir invité à voter pour Emmanuel Macron entre les deux tours de l’élection. Subiront le même sort tous les supposés idiots utiles du fascisme qui ont préféré aller à la pêche…

Diaboliser? Macron a fait mieux… pour l’instant

La condition de cette possibilité de traitement du FN, de ses électeurs, mais aussi et surtout de tous les autres, tient uniquement dans le fait de pouvoir qualifier le FN de parti fasciste, faisant ainsi appel à la vieille conscience historique de l’anti-fascisme des années 1930. On ne mesurera jamais assez le pouvoir (ah, les ressources du nominalisme !) de nommer, même mal, les choses. Peu importe que des spécialistes avisés de ces questions, qui ne peuvent pas être suspects de sympathie pour le FN (Jean-Yves Camus, Pascal Perrineau, Frédéric Lordon…), expliquent que le FN n’est pas un parti fasciste (même s’il compte dans ses rangs des militants qui le sont) mais un parti d’extrême droite populiste, nationaliste, tribunitien, volontiers xénophobe, et cependant… républicain (rien dans son programme ne permet d’envisager une dissolution en application de l’article L. 212-1 du code de la sécurité intérieure) . Il se situe certainement plus dans la tradition boulangiste que du côté de Hitler et de Mussolini. Mais rien n’y fait, c’est tellement plus simple : avec le diable et ses suppôts, on ne discute pas, comme l’avait théorisé Jacques Chirac en 2002.

Au moins Emmanuel Macron – peut-être un nouveau Guizot ? – aura-t-il choisi la voie la plus efficace (mais ne s’est-elle pas imposée à lui ?) : celle du débat, donc de l’argument et du combat politique. Les masques n’ayant mis que quelques minutes à tomber, Macron aura réussi ce que des années de diabolisation n’ont pas réussi à faire. Puisse cela servir d’exemple à ceux à qui l’hystérie tient lieu de discours et dont, au fond, le fascisme sert d’oxygène politique. Fascination du fascisme : car si demain le FN disparaissait, nul doute qu’ils s’empresseraient de fantasmer une nouvelle créature facho, nazie même, pour le simple plaisir d’endosser l’habit du Résistant tous les cinq ans, au printemps. Mais il n’aura échappé à personne que les héros sont frelatés. No pasaran!

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 14 Mai 2017 à 15h48

      Tonio dit

      Louis Chevalier a écrit “Classes laborieuses et classes dangereuses”: édifiant!

      Les bobos installés continuent à nous faire croire qu’ils on souffert des révolutions en France, alors qu’ils y ont sacrifié un minimum, pour en bénéficier plus largement après.

      La bourgeoisie et autres bobos imposent leur “correctitude” pour nous empêcher de penser qu’en réalité ils n’ont pas souffert des Révolutions, que c’est le bon peuple des sans-dents qui a toujours réglé les factures et que demain avec Macron la vie ne sera pas encore plus belle pour eux et qu’ils ne seront pas le moins du monde soumis … !

      Marine a pitoyablement échoué là où Macron jouait sur du velours, mais était-ce fatal ?

    • 14 Mai 2017 à 11h22

      m-o finel dit

      Mauvaise interprétation largement diffusée des propos de Houellebecq largement recuperes par les opportunismes d intérêts divers … En effet il ne vote pas aux Présidentielles jugeant notre système peu démocratique. C est donc au conditionnel qu il a avancé qu il aurait sans doute voté Macron s il votait comme tous les privilégiés de sa caste.
      Quant à moi je ne suis pas la seule personne hyper diplômée et très ouverte et pluridisciplinaire à être exasperée par les sophismes simplistes et malhonnêtes du gauchisme bien pensant.Avec d autres personnes tout aussi peu “populaires ” que moi, je soutiens pourtant qu un gouvernement se doit d être légitimé par SON peuple et non par des étrangers, qui se disent français quant ils aiment d abord leur “vrai” pays d origine.Il est temps de prendre conscience qu il est inadmissible qu un bi-national qui ne choisis donc pas la France comme son seul et vrai pays, qui ne revendique ni sa culture historique artistique et litteraire ni sa culture religieuse judeo-chrétienne, puisse exercer des responsabilités politiques, juridiques ou médiatiques en France, et puisse voter. Cette double nationalité est une perversité absolue et doit être abolie. Je suis lasse de voir des étrangers acheter, corrompre, et prendre le pouvoir en France. Quant à l Islam c est un fléau politique et humain aussi dangereux que les pires totalitarismes. Je revendique mon droit à l Islamophobie et comme Eric Zemmour j affirme que toute personne ne peut se dire française et musulmane, qu elle se doit donc de choisir entre l Islam et la France. Nous ne serons jamais un pays musulman. Nous sommes aujourd’hui en voie d occuppation. Nous devons résister. Un musulman doit retourner en terre musulmane et non rester en France. Ainsi il est scandaleux que nous ayions confié l Éducation de nos enfants à une arabe musulmane se disant française.Ceci est une des hautes trahisons du precedent gouvernement qui sera suivie d autres hautes trahisons du suivant.

    • 14 Mai 2017 à 10h35

      alain dit

      lE FN parti fasciste?… et les autres tous des intégristes, tu ne pense pas comme moi tu ne dis pas comme moi on va te lapider sur la place public c’est beaucoup plus moral pauvre FRANÇAIS !!!!

    • 14 Mai 2017 à 9h50

      Prince Murat dit

      En Mars 1933, Adolf Hitler n’a été élu que par 43% des allemands… et pourtant, 80 ans plus tard, on le leur reproche encore, on les considère comme un ”peuple maudit” !

      En Mai 2017, 90% des parisiens ont vôté pour Emmanuel Macron ! Il semble donc maintenant urgent de ne surtout pas lui donner une majorité parlementaire.

      Lorsque le cap des 4 millions de chômeurs de catégorie A sera franchi, les Ripoublicains auront-ils le courage de provoquer la chute d’un gouvernement avec lequel ils kollaborent, et qui leur rapporte quelques discrètes rétrocommissions ?

      Mon principal reproche envers François Hollande, c’est de ne pas avoir eu le minimum d’honnêteté, de courage, de décence et de respect de la Démocratie pour dissoudre l’Assemblée nationale à la moitié de son mandat, lorsque son échec est devenu évident !

      Après Hollande et Fillon, Macron se révèlera-t-il, lui aussi, un Autiste ?

      Marine Le Pen fait très peur, mais la ”Bête Immonde”, c’est peut-être le Capitalisme d’Emmanuel Macron !

      • 14 Mai 2017 à 10h17

        isa dit

        Parce qu’elle, elle n’est pas capitaliste. Heureusement d’ailleurs…

      • 14 Mai 2017 à 10h32

        Moumine dit

        Prince Murat
        Sauf pour ce qui est des niais, MLP a fait peur surtout parce qu’elle n’était pas la hauteur, ni pour gouverner, ni pour affronter les affreux conflits qu’elle aurait suscités. Et aujourd’hui, je ne pense pas qu’elle ait les moyens de former une opposition digne de ce nom (elle devrait tout de même refonder le FN sur d’autres bases et le renommer).
        Je rejoins vos doutes en ce qui concerne la “Bête immonde”…

      • 14 Mai 2017 à 12h14

        Prince Murat dit

        Dès la campagne du 1er tour, on a bien senti la gêne de Marine Le Pen sur cette question de la ”sortie de l’Euro” : elle insistait surtout sur les négociations, le délai de six mois, le référendum.

        Le dilemme de Marine, c’est qu’elle était ”seulement” candidate à la présidence de la France, alors que son but réel est que notre pays prenne la tête d’un ”front eueuropéen” anti Juncker-Merkel, regroupant le ”ras-le-bol” d’une proportion considérable des 500 millions de citoyens de ce continent qui souffrent de l’Austérité, de la Concurrence Libre et non Fausée et de la stupidité d’un Euro imposé sans être accompagné d’une harmonisation sociale et fiscale.

        Le changement de ligne au second tour fut un ”immense pas en avant”, mais le délai était apparemment trop court pour qu’il soit compris !
        Les ”perroquets médiatiques” et les accrocs à BFM-TV nous répètent jusqu’à la nausée que ”’ Marine commit un crime de lèse-majesté envers Macron”, lors du débat de l’entre-deux tours !

        Mais Emmanuel Macron est plus malin que la moyenne de ses concitoyens, et peut-être finira-t-il par imposer cette solution lorsque le cap des 4 millions de chômeurs de catégorie A sera franchi, et/ou que l’Italie, l’Espagne… ou la France (!) connaîtront une faillite comparable à la Grèce !

        • 14 Mai 2017 à 12h24

          Prince Murat dit

          Au cas, où vous ne seriez pas au courant, je parle du ”retour à une monnaie commune .

    • 14 Mai 2017 à 0h47

      Philvar dit

      Au fait c’est quoi la bourgeoisie maintenant ? Les fonctionnaires, quelques aisés qui n’ont pas voulu partir, les politiques, quelques cadres de multinationales ? Ça ne va pas chercher bien loin. Alors il y a les vieux, les retraités à 2.000 euros par mois, qui regardent le pays évoluer sans rien y comprendre et qui s’accrochent à un passé où ils étaient aisés et beaux. C’est tout ça les macronites ? J’oubliais les riches employés des medias achetés par les très riches mondialistes. Le reste, les pauvres, les oubliés, paysans et ouvriers avec ou sans travail a rejoint soit Mélenchon, soit MLP après avoir été trahis par le PS. Le tableau est vraiment désespérant. Mais comme avant 2022 les retraites et les fonctionnaires ne seront plus payés ou au maximum à 30% de maintenant, qui va récupérer la manne ? Ou alors le peuple va être dissous.

    • 13 Mai 2017 à 23h16

      Eyes dit

      Saint ignace de layola duc riche et après a laisser son titre sa richesse pour devenir le fondateur des pères jésuites

    • 13 Mai 2017 à 21h30

      Eyes dit

      Les pensant bien tout frigo et du portefeuille bien nourrit .
      du manipulé de la maternelle, au bien soit intelo
      Diplômé du mot mal dit ou mal maux dit du confondus
      Mélangé donneur de leçon l’avenir est encore a écrire david a battu goliath

      • 14 Mai 2017 à 10h13

        Moumine dit

        eyes
        Vous avez raison, il ne faut pas perdre espoir.

    • 13 Mai 2017 à 16h11

      accenteur dit

      Marine Le Pen est accusée de défendre par calcul électoraliste les ouvriers abandonnés par les politiciens de gauche. De gauche ? La gauche, celle d’avant la grande braderie. Ses accusateurs disent qu’on ne peut pas être riche et en même temps défendre les pauvres. D’abord il faut le démontrer car nul ne sait ce qu’il y a dans la boite noire des politiciens, sincérité ou calcul cynique. Et quand bien même cela serait un calcul électoraliste, il faut la remercier d’avoir sortir ces gens de l’anonymat, et de nous montrer un visage bouleversant de la détresse ouvrière victime d’un mondialisme insolent qui enrichit les riches.
      Reste que Macron avec son souci de respecter les formes et les hiérarchie chez les Whirpool, a mal joué et les ouvriers s’en souviendront.
      Certes, Macron a gagné les élections haut la main. Mais il y a comme une ombre qui s’étend sur sa victoire.

      • 13 Mai 2017 à 19h19

        Moumine dit

        accenteur
        Quelle que soit sa sincérité, dommage que MLP déploie l’ombre inquiétante du FN sur les questions qu’elle souhaite mettre en lumière. Elle devrait peut-être créer son propre parti, au lieu de se contenter d’avoir éloigné son père. Je n’ai voté pour elle que parce qu’elle ne pouvait passer, juste contre Macron.
        Décidément, tout cela ressemble à un théâtre d’ombres.

    • 13 Mai 2017 à 16h09

      phsanchez@gmail.com dit

      Sarkozy a ouvert la boite de Pandore en passant par dessus un referendum,il a montre la voie pour negliger le vote.Il a confirme avec Juppe en laissant Hollande faire son coup d’etat avec Fillon,les Republicains auraient du reagir violament.Tout apparait maintenant cousu de fil blanc pour arriver a une democratie de plus en plus limitee.Donc le vote populaire est le vote des mauvais francais,comme on en a pris l’habitude depuis Petain.

    • 13 Mai 2017 à 14h05

      remember1962 dit

      L’OAS t’encule Desmons

    • 13 Mai 2017 à 11h18

      modramalina dit

      Crassepoutine vient de crotter une nouvelle fois!!! Dommage de se prendre pour Proust quand on est juste capable de faire Prout et de se prendre pour Marcel quand on a la pensée aussi raffinée qu’un “Marcel”

    • 13 Mai 2017 à 10h22

      IMHO dit

      Christophe Guilluy montre opportunément les spécificités, souvent ignorées, des problèmes sociaux hors des métropoles. La première, et sans doute la plus importante, est la plus grande difficulté à s’adapter à une perte d’emploi. Les habitants de la France périphérique ne bénéficient pas de la densité d’emploi des grandes métropoles. Un plan social dans une usine n’y a pas le même impact que dans la banlieue de Paris ou de Lille. Pour retrouver un emploi, il faut prospecter dans un rayon beaucoup plus large, souvent trop large. Trop large car les déplacements sont coûteux, notamment lorsqu’ils doivent être effectués en automobile . Il reste la solution du déménagement, mais la chose n’est pas simple. Et s’appuyant entre autres sur les travaux de Jean-Noël Retière [3], Christophe Guilluy montre toute l’importance de la sociabilité locale pour les couches populaires. Pour elles, déménager c’est souvent perdre les appuis familiaux, amicaux et associatifs dont elles bénéficient. Pour travailler, il faut faire garder les enfants et quand on gagne peu, la proximité des grands-parents est essentielle. En outre, quand on vit dans une zone frappée par la crise et par la désindustrialisation, il est difficile de vendre sa maison pour en racheter une autre dans une zone mieux lotie, où les prix immobiliers sont nécessairement plus élevés. Changer de logement quand on bénéficie d’un loyer social n’est guère plus aisé. Bref, dans un bassin d’emplois réduit, l’espace de résidence peut devenir une nasse. Les ghettos ne sont pas nécessairement là où on le croît.
      Extrait de :
      http://www.laviedesidees.fr/Une-France-contre-l-autre.html

      • 13 Mai 2017 à 14h06

        accenteur dit

        IMHO
        Une grande erreur des pouvoirs en place a été pour des raisons pragmatiques de fermer les hôpitaux locaux jugés dangereux et d’orienter la population vers les grands centres hospitaliers universitaires. Cette manière de voir qui est sans doute défendable au point de vue de l’efficacité médicale a pénalisé les petites communes où le personnel soignant nombreux participait à la vie de la commune par le maintien des emplois divers.
        Fermer les hôpitaux, les usines, et la France qui n’est pas Paris agonise : plus de commerces, plus de médecins, plus pharmacie, plus d’école.
        La France ce n’est pas seulement Paris et sa banlieue tourmentée, beaucoup, au pouvoir, semble l’oublier.
        Macron, et sa vision mondialisée, plus les autres.

        • 13 Mai 2017 à 14h32

          Hannibal-lecteur dit

          Petit zoizo, c’est facile d’accuser les pouvoirs publics et …c’est pas obligatoirement faux. Mais la désertion des campagnes par les toubibs a aussi une autre cause qui m’apparaît bien plus grave : les ” campagnards ” eux-mêmes. 
          Perso voici 15 ans que je me réinstalle doucement dans la maison familiale de ma campagne natale, celle des 20 premières années de ma vie : eh bien stop, ciao, je retourne en ville. Ma campagne est devenue chacun-chez-soi et s’organise en désert d’humanité. Trop triste.  

        • 14 Mai 2017 à 8h43

          accenteur dit

          Hannibal-lecteur
          c’est dans Schopenhauer :
          « Par une froide journée d’hiver un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’écarter les uns des autres. Quand le besoin de se réchauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de sorte qu’ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux maux jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable. Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur vie intérieure, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses manières d’être antipathiques et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau. La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières. En Angleterre on crie à celui qui ne se tient pas à cette distance : Keep your distance ! Par ce moyen le besoin de se réchauffer n’est, à la vérité, satisfait qu’à moitié, mais, en revanche, on ne ressent pas la blessure des piquants. Cependant celui qui possède assez de chaleur intérieure propre préfère rester en dehors de la société pour ne pas éprouver de désagréments, ni en causer. » (Parerga & Paralipomena, Aphorisme sur la sagesse dans le vie)

      • 13 Mai 2017 à 16h05

        IMHO dit

        Accenteur, personne “en haut lieu” n’a fermé les usines , ce sont les usines qui ont fermé , parce que leur propriétaires l’avaient décidé ou y était contraints par les chiffres . La province est retournée à la solitude , à la pauvreté et à l’ennui dont les éphémères trente glorieuses l’avaient tirée , et en outre, on l’oublie toujours , la raréfaction des paysans a privé ces terroirs d’une source de revenus par leur dépenses : le bourg est mort , et l’obstacle de la distance ayant été levé , les producteurs locaux ont été balayé par les grandes entreprises , plus d’autarcie, plus d’emplois pour les simples et les paisibles , les plus aptes et plus exigeants ont émigré , et voila , mort par chômage .