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Vœux vaches à l’Elysée

Sarkozy et la presse, une longue histoire de désamour

Publié le 01 février 2012 à 12:20 dans Politique

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Alors comme ça il est déprimé ? Il prend des mesures « suicidaires », selon les mots du député UMP Lionnel Luca. Il est perdu, et songe à arrêter la politique ? Franchement, il suffisait d’être hier dans la salle des fêtes de l’Elysée pour la dernière séance de vœux à la presse de Nicolas Sarkozy pour voir qu’il n’est pas si facile que ça à enterrer, même sous des sondages calamiteux.

Il fallait voir cet exercice du Président face à des journalistes plus fascinés que jamais par le personnage. Pas de quartier, pas de fausse modestie ou de hauteur de vue. Du Sarko pur jus, de l’ironie, des vannes, et même des piques sur le thème « Vous– les plumitifs -et moi on forme un vieux couple, c’est normal qu’on se chamaille ». Et vas-y que je te sors des blagues sur la propension de la presse à le critiquer : « La seule façon de progresser, c’est d’être critiqué. Et là, franchement, merci, j’ai fait des progrès considérables », ce qui prouve au passage que François Hollande n’a pas le monopole du scud moucheté.

C’est sa grande habileté avec les journalistes, qu’il a encore montrée dimanche en cataloguant Claire Chazal ou Laurent Delahousse en défenseurs des nantis face au pauvre chômeur qui cherche à comprendre ce que le gouvernement fait pour lui. Lui et nous, faut bien se mettre dans le lot, on forme un couple, à la vie, à l’élection. Quasi au même niveau si ce n’est de responsabilité, en tous les cas de désir : « Je ne détecte dans notre couple aucun des stigmates annonciateurs d’un divorce », a-t-il dit hier. « Vous les connaissez : d’abord la lassitude. Franchement, je ne détecte pas la lassitude. Ensuite, votre exigence. Je vous remercie. Avec moi, vous ne renoncez pas. Notre couple est vivant et dans un couple il faut se dire les choses, il faut crever l’abcès. »

Crever l’abcès, c’est quoi ? S’engueuler en s’envoyant la porcelaine de Limoges au visage ? Aller camper chez sa mère pendant quelques jours ? Ou alors aller voir si « l’herbe est toujours plus verte ailleurs », comme le Président l’assène dans son discours. « Je vois bien vos tentatives pour me remplacer, pour essayer autre chose, pour espérer ailleurs. Jusqu’à présent, vous êtes toujours revenus. » La preuve, personne n’aurait voulu rater cette petite séance d’autosatisfaction professionnelle et personnelle hier.

Et la séance façon psy-show continue dans le discours : « Je suis passé aussi vis-à-vis de vous par des hauts et des bas. Au début, on a tellement envie de séduire. Rien n’est trop beau pour vous convaincre. On prend pour des trahisons ce qui n’est au fond qu’une liberté professionnelle. Puis on vous aime beaucoup moins. Puis, avec l’expérience, on se dit que tous ces rapports n’ont pas leur place entre responsables politiques et journalistes. Quand on met des sentiments dans des rapports professionnels comme nous en avons, on se trompe. Quand on y met du professionnalisme, on s’apaise. »

Pas de sentiments, des rapports apaisés. Quelle jolie fable. La vérité, c’est qu’on reste ensemble parce qu’on n’imagine même pas la séparation : ni lui, ni nous ne sommes prêts à laisser tomber cette petite relation sentimentale mal gaulée avec – quand même – le premier personnage de l’Etat. Personne n’est capable de larguer froidement un numéro pareil, qui par ailleurs permet depuis 5 ans de vendre pas mal de gros titres plus délirants les uns que les autres, sur fond de folie psy, d’absence de surmoi et parfois de vraies critiques politiques.

A tel point que je suis prête à prendre les paris : d’ici quelques semaines, ces mêmes journalistes qui détestent le Président seront tous volontaires pour le suivre dans sa campagne et remonter en troupeau dans la charrette tirée par un tracteur, comme en 2007, quand le candidat galopait comme s’il était seul sur un cheval camarguais avec ses Ray Ban, 200 mètres devant eux.

Avec le recul, pas mal de reporters avaient trouvé ça humiliant, surtout à cause de la photo qui avait révélé leur pauvre condition de suiveurs et de journalistes embedded en temps de paix. Mais, comme chacun le sait, dans un couple au début on accepte tout, tout est chouette, même la charrette. Après on en revient, reprochant amèrement à l’autre les humiliations pourtant librement consenties. Et puis on y revient, croyant sauver ce qui peut être sauvé. Et on abandonne tout professionnalisme. Déjà que le métier n’est parfois pas très rigolo, si en plus il faut faire son travail…

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  • 4 Février 2012 à 15h41

    Dio Gêne dit

    De tout son mandat, ce gars n’aura fait que 2 choses en fait: Donner de l’argent à ses potes via le bouclier…. et s’augmenter de 200%. A si j’oublie, foutre sa merde au moyen orient. Fallait le dire qu’il ne s’était présenté que pour ça, qu’il n’avait pas été élu président de la France mais grand organisateur des révoltes bidonnées et accaparation des terres stratéogéopolitique et ressources moyen-orientale et que le reste c’était de l’extra!

  • 2 Février 2012 à 18h11

    brindamour dit

    Les journalistes flattent notre président et sont à sa botte car ils savent tout ce que l’état donne comme subvention chaque année à la presse pour qu’elle survive. Et sous l’ère Sarkosy il y a eu une augmentation de 580 millions d’euros (source Le Point).
    Et nos journalistes/fonctionnaires ne sont pas ingrats
    avec notre président.

    • 2 Février 2012 à 18h18

      Marie dit

      Ben voyons encore un ravi de la crèche!

  • 2 Février 2012 à 13h41

    Marie dit

    @éclair monsieur je sais tout
    e projet de loi constitutionnelle relative à la durée du mandat présidentiel a été adopté par l’Assemblée nationale, le 15 juin 2000, et par le Sénat, le 29 juin de la même année. Le président de la République a décidé de soumettre cette révision constitutionnelle au référendum en application des dispositions de l’article 89 de la constitution. Elle a été adoptée le 24 septembre 2000 par 7 407 697 « de oui », contre 2 710 651 de « non », pour 39 941 192 électeurs inscrits et 12 058 688 votants. Avec une abstention atteignant 69,3 %, ce référendum devait révéler le faible intérêt des citoyens pour une réforme institutionnelle!

  • 2 Février 2012 à 10h39

    Florence dit

    Dans la colonne des moins, j’ajouterai l’enterrement tout récent du rapport sur l’argent des syndicats.

    • 2 Février 2012 à 10h45

      red benjamin dit

      Le mandat de cinq avec 1 à 2 camapagnes électorales annuelles qui le ponctuent est une vraie plaie. Toutes les quesitons dérangeantes sont remisées sous le tapis.

      • 2 Février 2012 à 11h25

        Marie dit

        Mais Florence pouvez vous penser que c’est Sarkozy qui l’a enterré, on ne sait pas qui est le fossoyeur!
        Quand au mandat de 5 ans les français ont votés pour! et de toute fçaon 5, ou 7 ans les médias ne laissent pas le temps de respirer au candidat tout nouvellement élu et lui demande de suite si il se représentera!

      • 2 Février 2012 à 11h48

        kacyj dit

        Le problème est de ne pas savoir dissocier les différentes élections.
        Il a été institué que le résultat des élections locales sanctionne la politique nationale. A quel titre ?
        Et nombre de gens fonctionnent ainsi malheureusement. Ils ne regardent pas si leur élu local, quelle que soit sa couleur, est efficace ou non mais de quelle couleur on le pare.
        Difficile de faire la part des choses, je sais mais n’est ce pas aux médias de s’y atteler, d’expliquer au lieu d’enfoncer le clou, voire de donner le premier coup de marteau. 

      • 2 Février 2012 à 12h15

        eclair dit

        @marie
        On a pas demandé aux français de voter pour le mandat à 5 ans.
        C’est les deputés qui ont fait cette modification.
        En plus cela n’était dans aucun programme.

        Donc arretez de reporter ça sur les français.

        C’est les consignes UMP pour justifier l’échec du quiquennat de sarkozy?

  • 2 Février 2012 à 10h38

    saintex dit

    Kacyj,

    Ce n’est pas sur votre réponse au sujet de Sarkozy que je vous ai trouvé impulsif. Mais vous avez remis une couche à Benjamin qui avait fait un pas.

    Je vous suis sans réserve pour l’idée que les circonstances sont à prendre en compte, qui font évoluer sinon des promesses (nous savons tous ce qu’elles représentent), mais une ligne directrice.

    Pour arriver à appréhender raisonnablement les faits, il faut non seulement différencier le personnage de son action, mais aussi la gouvernance économique de celle de la politique intérieure (société).

    Je crois qu’il n’est guère possible de débattre que de la première. La seconde déclenche trop de passions, parfois sincères et parfois de posture.

    Je prends toutefois une ligne d’engagement sur cette seconde. Je l’ai vu passer beaucoup de temps au chevet de tous les chiens écrasés, promettant une loi pour que cela n’arrive plus jamais. Les propositions étaient toujours des interdits et de la police (au sens général). Ce type de lois ne peut suciter l’esprit d’entreprise et/ou la responsabilisation. J’ai l’impression que c’était des écrans de fumée.
    A ce titre, je ne lui jette pas la pierre pour avoir détourné l’attention. La réforme est interdite de séjour en France et la sacro-sainte “préservation des acquis” ne lui laisse aucune place.
    Donc, pourquoi pas un écran de fumée pour faire avancer les choses dans le sens que l’on estime le bon. Pour autant, attention à ce que la fumée ne soit pas toxique. Et j’ai le sentiment qu’elle l’a été le plus souvent, allant même jusqu’à impulser un état d’esprit non favorable à de vraies réformes.

    Réouverture du débat général. Et je crois bien qu’il tourne autour de l’Europe, de L’euro et toutes ces sortes de choses.

    • 2 Février 2012 à 11h22

      Marie dit

      Pour ce qui est de la visite aux victimes , c’est parait il un trait de sa personnalité que soulignait un journaliste et d’autres non investis du TSS…il est très compatissant et très sensible aux malheurs des gens… c’est ça aimer les gens!
      Je crois que une grande partie des français n’a écouté Que ce que nous serine les médias! Prenez du recul et lisez un peu la presse internationale et non les tabloïds!

      • 2 Février 2012 à 18h06

        saintex dit

        Les visites étaient souvent opportunes.
        Quoiqu’il en soit, votre dernière phrase clot le débat.

  • 2 Février 2012 à 10h00

    kacyj dit

    Impulsif qui dit l’ami Saintex. Certes cela m’arrive sur certains sujets qui peuvent toucher des cordes sensibles, affectives, mémorielles. Mais le Bilan de Sarkozy, non, là vraiment, pas d’impulsion, juste une analyse froide de ce qui se fait et ce qui se dit. Je ne vais pas reprendre ce qui a été écrit sur le fil se Sophie mais vous pouvez lire la longue tirade de notre ami Skarda, reflétant à quelques nuances près, ma façon de voir les choses.  Et puis à l’heure tardive des faits, tant mon enveloppe charnelle que mon pur esprit, tenaient plutôt de la guimauve que de la pile électrique. Alors, l’impulsivité… Ben, Nul besoin de vous excuser. Vous dites : “Quant au bilan que j’entendais dressé, il visait à faire état de contradictions entre ce qui était annoncé et ce qui était réellement fait.” Non, Ben un bilan ne vise pas à faire état de contradictions. Nous sommes dans un monde mouvant et complexe. Un homme politique qui ne s’adapterait pas aux fluctuations de ce monde, en voulant à n’importe quel prix mettre en oeuvre ce qu’il avait annoncé, serait un parfait imbécile. Regardez Mitterrand 1983, il est revenu sur toutes ses promesses ou presque, avec un angle largement supérieur à celui de Sarkozy. Et il a eu raison. Il nous a également légué un sacré bordel par un certain nombre de ses décisions. Mais il ne me viendrait pas à l’esprit d’affirmer que son bilan est nul, que tout ce qu’il a entrepris est nul au prétexte de son passé plus que trouble, de ses relations non moins troubles et de sa vie privée, cachée par les médias, qui aujourd’hui nous informent du caractère odorant ou non d’un pet de Sarkozy.
    Le bilan de ce dernier quoique vous en disiez n’est pas si mauvais que veulent le laisser accroire la majorité des journaleux parisiens (amusant de comparer les éditoriaux de la presse régionale et ceux de la presse parisienne suite à l’intervention de dimanche).  Ce bilan, compte tenu de la période de crise que nous connaissons depuis 2008, est même plutôt honnête. Et lorsque l’on demande aux gens qui est le mieux à même de présider, de gérer la crise, d’avoir la stature, bref de représenter la France, Sarkozy l’emporte sur Hollande à l’inverse des sondages. Il y aura donc rééquilibrage car pour le moment l’opinion se préoccupe d’emploi, de pouvoir d’achat, d’éducation. Et sur ces thèmes, elle donne l’avantage à Hollande, l’avantage à celui qui promet de verts pâturages sur celui qui fait. 
    Voilà, quoique que l’on pense de NDA, de Bayrou, de MLP et autres Mélenchon, le choix qui nous attend se fera entre un politicien déterminé, qui fera bouger les choses car il n’aura pas d’échéance électorale à l’horizon et une girouette qui écoute le dernier qui a parlé, risquant non de nous emmener dans le mur mais de nous faire chuter dans un précipice dans nous ne connaissons pas la profondeur.  

    • 2 Février 2012 à 10h12

      red benjamin dit

      Je comprends votre position.
      Ce que je refuse sur la fin de votre texte c’est la réduction à une seule alternative et le vote “utile” pour seul horizon.
      Quoiqu’il en soit je vous remercie pour tous ces échanges. Je n’en sors jamais sans revoir mes propres positions et cela permet d’affiner mon opinion.

      • 2 Février 2012 à 10h42

        kacyj dit

        Le vote utile en ce qui me concerne ne s’applique qu’au second tour. 
        Les sondages pour qui s’y intéresse sont plus riches que ne le laissent penser les simples titres des journaux. Ainsi, on peut voir que les intentions de vote pour Sarkozy sont fermes à plus de 80% alors que celles pour Hollande tournent autour des 60%. C’est donc Hollande qui doit se faire du souci face à MLP, contrairement aux apparences.

  • 2 Février 2012 à 9h11

    red benjamin dit

    Saintex, Florence,

    Vous avez tous deux raison. Je n’y suis pas forcément allé avec tendresse ni sans précipitation.

    Kacyj,
    Je vous demande de m’excuser. Je ne pense pas être une volonté destructrice ou négative. Je suis “passionné” et la condition de la France et de mes compatriotes me fait mal. Il y a eu la crise et – vous l’aurez remarqué j’ai parlé de peu de mesures économiques car elles sont difficilement jugeables dans ces conditions.
    Quant au bilan que j’entendais dressé, il visait à faire état de contradictions entre ce qui était annoncé et ce qui était réellement fait. Et c’est la pour moi le grand point faible de Sarkozy. Le gap est grand entre les paroles et l’action
    Je paraphraserais Montesquieu qui disaient à propos des lois:
    «Les [réformes] inutiles affaiblissent les [réformes] nécessaires». D’autant plus si elles sont inabouties…
    Et une autre pour la route «Qui trop embrasse mal étreint».

  • 2 Février 2012 à 8h35

    Florence dit

    Isa
    pour la première fois de ma vie je l’envisage !
    C’est bien pour cela qu’il faut dépassionner le débat.
    De toutes les manières, la passion est aujourd’hui défavorable à Sarkozy, alors autant dépassionner.