Le retour des moscoutaires | Causeur

Le retour des moscoutaires

Anatomie du tropisme poutinien

Auteur

Bruno Tertrais
est politologue, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique. Dernier ouvrage paru : La Guerre, PUF, « Que sais-je ? », nouvelle édition 2014.

Publié le 17 juin 2016 / Monde Politique

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Vladimir Poutine en visite au Protaton, l'église grecque orthodoxe de Karyès, le 28 mai dernier. (Photo : SIPA_ap21902113_000005)

Qu’ont en commun François Fillon, Jean-Luc Mélenchon, Nadine Morano et Jean-Pierre Chevènement ? Pas grand-chose, sauf l’admiration qu’ils portent à Vladimir Poutine. Chapeau l’artiste : non content d’être devenu la vedette du théâtre stratégique international, dont on se demande tous les mois quel sera le prochain tour, Poutine est applaudi à gauche (un peu) et à droite (surtout). Nicolas Sarkozy a bien senti le vent : depuis 2015, il justifie l’annexion de la Crimée – au motif que ses habitants auraient librement choisi leur sort – et adopte le tropisme moscovite d’une grande partie de ses électeurs potentiels.

Cette vision de Poutine résulte d’une convergence exceptionnelle : admiration pour le « défenseur des valeurs chrétiennes », qui a surfé sur la vague de l’opposition au « mariage pour tous » ; respect pour un pouvoir fort et viril, antithèse à la fois de François Hollande et de Barack Obama ; applaudissements saluant la maestria diplomatique de Moscou au Moyen-Orient, qui contraste avec la pusillanimité de Washington ; vision romantique de la relation franco-russe, qui a toujours existé chez les gaullistes, mais qui séduit aussi par son anti-américanisme ; fierté de quelques vieux communistes pour le révisionnisme historique aujourd’hui à l’œuvre au Kremlin…

Que les extrêmes communient dans cette « panthéonisation », cela n’a rien de très surprenant. Mais qu’une large frange des Républicains y participe, c’est plus ennuyeux, car cela révèle un aveuglement sur la nature du pouvoir russe actuel.

[...]

  1. Enquête du Pew Research Center publiée le 10 juin 2015.

  • causeur.#36.couv

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    publié dans le Magazine Causeur n° 95 - juin 2016

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    • 21 Juin 2016 à 18h42

      Lafaux dit

      Mr Obama comme Mr Hollande peuvent également être perçu comme des extrêmes par les choix qu’ils proposent et font.

    • 20 Juin 2016 à 23h34

      Jihème dit

      Voila un article qui me parait particulièrement biaisé. Que Poutine ne soit pas un saint, mais un retors et un massacreur d’opposants, c’est fort possible, mais à l’Ouest, n’a-t-on affaire qu’à des saints et n’a-t-on jamais fait assassiner personne ? Cela reste à voir. “Tenir compte des intérêts de Moscou, mais pas au détriment des nôtres”? N’aurions-nous donc aucuns intérêts qu’il serait utile de partager avec la Russie, poutinienne ou pas ? Voir le résultat des sa

      • 20 Juin 2016 à 23h51

        Jihème dit

        (erreur de manip qui a coupé mon message? Je continue) : – Voir donc le résultat des sanctions européennes sur notre économie. “le pouvoir (russe) a décidé de jouer la carte « eurasienne »”? Mais qui est-ce qui a refusé les propositions russes, depuis Gorbatchev et jusqu’à récemment et qui a ainsi fait que Poutine se soit tourné vers l’Est voyant que les Européens refusaient ses avances ? Et en Ukraine, qui est-ce qui a manoeuvré pour changer le pouvoir à Kiev et inciter ce pays a refuser le partenariat proposé par la Russie pour mieux le tirer vers l’ouest au lieu de l’inciter à chercher un compromis entre Est et Ouest comme sa situation géographique et son histoire pouvait l’y inciter. Enfin, en quoi la politique de la Russie envers l’Europe est-elle plus agressive que celle de l’OTAN envers la Russie ? Quant aux chrétiens de Syrie, demandez-leur un peu s’ils ne se sentaient pas mieux – ou moins mal – sous le régime de Damas que sous la menace d’un régime islamiste, fut-il “modéré”. J’ai souvenir que beaucoup de religieux chrétiens, au début du conflit, étaient très réticents à envisager la disparition du régime de Damas. Qu’en est-il maintenant ? Il y a suffisamment de témoignages directs pour trouver la réponse.

    • 20 Juin 2016 à 23h07

      maxou dit

      Critique, critique, quel est l’homme (ou la femme) d’état qui est mieux que Poutine par les temps qui courent ? Quand on sait que le Kosovo a été livré aux musulmans pourquoi la Crimée ne serait -elle pas rendue à la !russie ?

      • 21 Juin 2016 à 5h04

        Livio del Quenale dit

        lui aussi endette son pays.
        _
        et la Crimée une annexion russe, pour des raisons géopolitiques.