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Vivre sans feux rouges, c’est possible !

La Suisse vient d’expérimenter l’anarchie routière

Auteur

Georges Kaplan

Georges Kaplan
est libéral.

Publié le 13 septembre 2011 / Monde

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De mémoire de Lausannois, on n’avait jamais vu ça. Ce mercredi 7 septembre, entre 7h45 et 8h50 du matin, une quinzaine de jours après la rentrée des classes, en pleine semaine et à l’heure de pointe, il n’y avait pratiquement aucun bouchon dans la capitale vaudoise. Selon Georges-Marie Bécherraz, qui rapporte l’événement pour 24heures.ch, « le trafic s’est écoulé avec une fluidité comme on n’en voit que le dimanche à une heure pareille de la journée ». L’origine de ce petit miracle ? Eh bien tout simplement une panne d’électricité qui a rendu les feux de circulation inopérants dans une bonne partie du centre-ville. Pendant un peu plus d’une heure, la circulation de Lausanne n’était plus régulée ; c’était, à proprement parler, l’anarchie.

On aurait pu s’attendre à un embouteillage monstre, à de la tôle froissée et à quelques solides empoignades entre Helvètes exaspérés mais rien de tout cela ne s’est produit : la circulation a rarement été aussi fluide, on n’a pas déploré le moindre accrochage et tout s’est passé dans la bonne humeur.

Ce que nos voisins vaudois ont vécu est une expérience de coopération sociale. Et ce qui fait toute la valeur de cette expérience, c’est qu’elle n’avait été prévue ou voulue par personne et qu’elle s’est déroulée dans une ville de taille tout à fait respectable. Et ça a marché ! Pendant une grosse heure, l’anarchie routière a créé une circulation fluide, sûre et fondée sur la seule bonne volonté des automobilistes.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’idée selon laquelle une absence quasi-totale de règlementation routière serait supérieure à notre arsenal législatif actuel n’est pas vraiment nouvelle. Depuis des années déjà, des gens tout à fait sérieux défendent cette idée. Hans Monderman, ingénieur de la circulation hollandais, a même eu l’occasion de la tester en grandeur nature dans la petite ville de Drachten aux Pays-Bas. Bilan des courses : non seulement la circulation est parfaitement fluide mais le nombre d’accidents constatés dans les rues de Drachten a été divisé par quatre depuis que l’anarchie1 y règne ; piétons, cyclistes et automobilistes y vivent en harmonie, sans signalisation ni voies réservées. Depuis, plusieurs villes du nord de l’Europe s’y sont mises. Au point que le maire de Londres semble depuis quelques temps, séduit par l’idée.

Le fait est là : partout où l’expérience a été tentée, la coopération sociale spontanée s’est révélée plus efficiente et plus sûre que les systèmes codifiés et coercitifs qui dominent aujourd’hui. Sachant qu’ils ne sont plus protégés par la signalisation, les gens roulent plus prudemment, restent attentifs à leur environnement, se montrent volontiers plus courtois et abandonnent les comportements dangereux induits par la signalisation elle-même2. En l’absence de passages piétons et de pistes cyclables, une nouvelle hiérarchie émerge dans laquelle les usagers les plus fragiles sont prioritaires sans pour autant abuser de cette position. D’un système fondé sur une régulation arbitraire du trafic, on passe ainsi à une autogestion infiniment plus souple, qui s’adapte d’elle-même au cas par cas et ne repose plus sur la contrainte mais l’intérêt bien compris de tous.

C’est en tout cas ce que semble en avoir retenu M. Matthey, le chef du Service lausannois des routes et de la mobilité, qui envisage la possibilité de reconduire l’expérience en le faisant exprès cette fois-ci. Il est amusant d’imaginer la réaction d’un élu local si quelqu’un avait l’idée saugrenue de lui proposer de laisser ses administrés s’administrer eux-mêmes : « Laisser les gens faire ? Mais vous n’y songez pas malheureux ! Ce serait l’anarchie ! ».

  1. J’exagère un peu ; il reste tout de même un code de la route qui se limite à la «priorité à droite » et à l’interdiction de «couper la route d’un autre ».
  2. Qui n’a jamais accéléré pour éviter un feu rouge ?

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 17 Septembre 2011 à 15h42

      Pri dit

      Il me semble tout de même que chacun de ces automobilistes avait une certitude : que tôt ou tard, et plutôt tôt que tard, l’électricité allait revenir et que tout cela était temporaire.

      On n’est pas encore dans “Ravage”. 

    • 14 Septembre 2011 à 21h39

      Bibi dit

      • 14 Septembre 2011 à 22h23

        Mangouste1 dit

        Merci pour ce grand moment de psychologie comportementaliste. Je vous accorde un point bien volontiers : ces études peuvent servir à quelque chose. Quant à révolutionner ce que l’on sait des hommes, vous avouerez qu’avoir trouvé qu’une motivation à agir pour les hommes est de savoir – ou de croire – que “tout le monde le fait” n’est pas vraiment ce que l’on appelle une nouveauté, c’est ce qu’on nomme depuis longtemps du grégarisme ou, plus joliment, du panurgisme. Cet aréopage de cerveaux vient donc de réinventer la roue. Mais s’il se trouve des gens pour les payer, tant mieux pour eux.

         

        • 14 Septembre 2011 à 23h14

          Bibi dit

          Il s’est trouvé un Président – et pas n’importe lequel – non seulement pour les payer mais aussi à appliquer leurs conseils.
           
          Et il ne s’agit pas que de mimétique. Le “truc” de substituer l’option par défaut n’est pas mal non plus. (Si vous voulez en savoir davantage, goo… Thaler et/ou Nudge).

          En matière de règlementation du libre arbitre/jugement personnel et de menage/ménage de troupeau c’est l’une des plus vastes expériences, grandeur nature, qui advient en ce moment même.
           

    • 14 Septembre 2011 à 20h32

      Mangouste1 dit

      Thalcave,

      Parfaitement d’accord sur votre observation sur la zone orthodoxe – la Bulgarie et la Roumanie sont d’autres exemples tout aussi éclairants.

      Si j’ai un peu distingué capitalisme industriel et financier tout à l’heure, ce n’est pas parce que je les crois distinct, c’était simplement pour dire que dans le cas du versant financier du capitalisme – en gros, toutes les pratiques liées à l’investissement et non à la production, la liberté absolue a, je pense, des effets absolument délétères comme le prouvent les événement récents liés aux subprimes – le film Inside job est un petit bijoux, soit dit en passant – ou aux problèmes survenus ces dernières années à cause de la spéculation dans, par exemple, le domaine des céréales.

    • 14 Septembre 2011 à 20h20

      Mangouste1 dit

      “Ou demandez à Di Rupo…”

      Il est occupé, là. On ne vous a rien dit? :o) 

    • 14 Septembre 2011 à 18h53

      Bibi dit

      @Mangouste1,

      Merci pour votre réponse. La légitimité n’est pas très pertinente mais je pense qu’un consensus est tout aussi légitime qu’une mesure prise par des élus mandatés etc.
      Si j’ai le temps, je repasserai pour poster qq faits intéressants qui adviennent, grandeur nature, chez nos amis outre-atlantique.
        

    • 14 Septembre 2011 à 17h57

      Sophie dit

      “… d’où les déceptions répétées de ceux qui s’appuient sur elles pour élaborer de nouvelles politiques quand vient l’heure de leur évaluation. Demandez aux profs du site ce qu’ils en pensent. ”

      Ou demandez à Di Rupo…

      ;-)

    • 14 Septembre 2011 à 14h11

      Mangouste1 dit

      Eclair, 

      :o))))) I-ra-tio-nel, qu’on vous dit! 

      Bibi,

       ”En effet, l’ambition de ces recherches et plus modeste. A ma connaissance, il n’existe pas d’étude (empirique ou théorique) qui ait tout cerné de toute la complexité.”   … de l’être humain, ai-je dit.

      … d’où les déceptions répétées de ceux qui s’appuient sur elles pour élaborer de nouvelles politiques quand vient l’heure de leur évaluation. Demandez aux profs du site ce qu’ils en pensent. 

    • 14 Septembre 2011 à 14h03

      L.Leuwen dit

      Sans feux rouges, oui, mais pas sans gros rouge. Voilà pourquoi la société idéale de Kaplan ne fonctionnerait pas chez nous…

    • 14 Septembre 2011 à 12h52

      Bibi dit

      14 September 2011 à 11h07 Mangouste1 dit Une réalité ou l’on voit même parfois des gens “jouer” contre leur propre bien-être

      M’évoque la question suivante. En quoi les règles élaborées par des “instances gouvernantes” sont-elle meilleures que celles élaborées par les gouvernés eux-mêmes?  
       

      • 14 Septembre 2011 à 14h18

        Mangouste1 dit

        Vous remarquerez qu’en l’occurrence, je n’ai pas parlé de “règles”, puisque ma remarque n’avait pour but que de démontrer l’irrationalité de l’être humain. Là où les règles deviennent utiles, c’est pour limiter les effets pervers de cette irrationalité. Kaplan, vous-même et quelques autres pensent que ces règles se passent fort bien d’un Etat pour être respectées, les hommes y adhérant de leur plein gré par la grâce de leur raison ou de leur éducation, je n’y crois pas du tout pour ce qui est de l’économie en tous cas.

        • 14 Septembre 2011 à 14h47

          Bibi dit

          Vous m’attribuez des idées qui ne sont pas miennes et auxquelles je n’adhère pas.
          Et vous ne répondez pas à ma question.
           

        • 14 Septembre 2011 à 16h03

          Mangouste1 dit

          Toutes mes excuses pour les idées prêtées, alors.

          Pour votre réponse : elles ne sont ni meilleures ni pires en elles-mêmes, mais dans nos états démocratiques elles ont au moins le mérite d’avoir été votées par les représentants de la majorité de la population, c’est ce qui fonde leur légitimité.

    • 14 Septembre 2011 à 11h27

      Mangouste1 dit

      Thalcave,

      L’anarchie, la vraie, réclame une éthique très forte chez les individus, toute autorité étant rendue inutile par l’honnêteté et l’autorégulation des hommes qui vivent dans ce type de société. L’anarchie, c’est “la plus haute expression de l’ordre” : celui qui existe sans contrainte extérieure. C’est un peu ce qu’essaie de nous vendre Kaplan et les libertaires comme lui. C’est beau, ça marche en partie dans certaines sociétés, souvent protestantes en effet, mais pas forcément en économie et encore moins sur les marchés financiers, où les profits que l’on réalise sont les pertes de tiers.

       

      • 14 Septembre 2011 à 11h40

        Mangouste1 dit

        Et si vous avez en partie raison sur la distinction entre les pays ou régions catholiques et protestantes, il ne faut pas oublier que c’est une explication partielle et que l’on trouve, dans le groupe de tête des régions les plus riches d’Europe, des régions de tradition catholique comme la Bavière, le nord de l’Italie, la Catalogne ou la Flandre et Bruxelles.

        • 14 Septembre 2011 à 18h26

          Thalcave dit

          La variété la plus archaïque du christianisme est la religion orthodoxe. Peu d’investisseurs s’aventurent dans sa zone privilégiée, la Russie et la Grèce. Ce sont des pays où peu de règles sont respectées hormis celles qui gouvernent la corruption. Le respect des règles est un trait commun à l’économie de marché et à la démocratie. Elles sont sont au demeurant étroitement liées par l’histoire.

      • 14 Septembre 2011 à 18h19

        Thalcave dit

        La distinction entre capitalisme financier et capitalisme industriel est une exception chez les économistes français. Il n’y a pas d’économie sans finance sauf chez Robinson Crusoë; il n’y a pas de finances sans économie sauf dans les tournois de poker, les roulettes et et les machines à sous. Et encore! La veuve de Van Dijk n’a pu vendre les toiles de son défunt mari qu’en organisant un loto. C’est aussi un loto qui a permis de réunir les fonds pour édifier l’université d’Harvard au 17ème siècle; le PMU finance les éleveurs de chevaux et les haras; la Française des Juex rapporte plus de 2 milliards d’euros au Trésor Public qui en a bien besoin.

    • 14 Septembre 2011 à 11h25

      Alpheratz51 dit

      Ce qu’ont réussi les Lausannois (au plus haut des cieux) n’est rien
      en comparaison de ce qui se passera en France, en 2012.
      Nous aurons 15 jours à peine, pour nous habituer à rouler à gauche. 

      • 14 Septembre 2011 à 12h06

        Bibi dit

        Rouler quoi?
        Des trotinettes en remplacement des patins?
         

    • 14 Septembre 2011 à 11h17

      Thalcave dit

      L’histoire récente nous a fourni deux remarquables exemples de coopération spontanée sans chef d’orchestre : l’édification de l’Internet à partir d’une infrastructure mise généreusement à la disposition des chercheurs universitaires en 1970 par les militaires américains; Wikipedia une encyclopédie déclinée en de nombreuses langues qui a surclassé la Britannica, l’Universalis & autres, adossée à un logiciel robuste et gratuit.
      Ces développements ont prospéré dans une tradition anglo-saxonne avec une éthique et un esprit pragmatique qui ont évité l’anarchie.

    • 14 Septembre 2011 à 11h07

      Mangouste1 dit

      Bibi,  

       ”Tout ça pour dire que ce n’est pas toujours (systématiquement) “chacun pour soi” ou homo homini lupus. On (l’être humain) est doté d’une intuition qui nous permet voire encourage de voir l’intérêt d’agir ensemble pour bénéficier mutuellement.”

      Ce n’est pas toujours la loi de la jungle, on est bien d’accord. Ceci dit, j’ai un problème avec un postulat du libéralisme dont Skardanelli a parlé et sur lequel repose les études dont vous avez parlé. C’est celui qui prétend que l’homme est un être rationnel qui sait ce qui est bon pour lui est poursuit la maximisation de ses bénéfices. C’est pour moi une affirmation tellement énorme qu’elle en devient presque drôle, et le problème des études dont vous me parlez est qu’elles réduisent l’homme à cet être rationnel (but de l’activité : maximiser ses profits, avec ou contre les autres) qu’il n’est pas dans la réalité, travaillé qu’il y est par l’orgueil, la jalousie, la générosité gratuite, la peur, l’envie, le grégarisme…. L’homme n’est pas toujours rationnel, ni en groupe comme l’a écrit Skardanelli, ni même seul, étant souvent la marionnette de ses passions. Ce qui explique le petit hiatus que l’on peut constater entre les études en chambre et la réalité où, pardonnez-moi de le dire, c’est tout de même plus la compétition et les coups de talons dans la gueule qui existent que la coopération. Une réalité ou l’on voit même parfois des gens “jouer” contre leur propre bien-être, si l’on pense, par exemple, que les fonds de pension pour lesquels on cotise entraînent parfois, par la pression qu’ils mettent sur les entreprises, des délocalisations qui peuvent nous mettre au chômage. 

      • 14 Septembre 2011 à 11h17

        Bibi dit

        Ceci dit, j’ai un problème avec un postulat du libéralisme dont Skardanelli a parlé et sur lequel repose les études dont vous avez parlé.

        Les études que j’ai évoquées ne partent pas du postulat rationnel, plutôt le contraire, et ne se situent pas dans une perspective “idéologique”. Tout au plus comparent-elles les performances attendues par un modèle rationnel à celles observées chez des gens “réels” caractérisés par une “rationalité limitée”.
         

        • 14 Septembre 2011 à 11h37

          Mangouste1 dit

          Les gens que l’on y étudie ne sont plus “réels” et n’ont plus de “rationalité limitée” puisqu’ils sont plongés dans un “jeu” qui leur demande de maximiser leurs profits, donc d’être rationnels. Ils peuvent avoir des vertus pédagogiques mais je ne pense pas qu’ils nous disent grand-chose de ce qu’est l’Homme en réalité.

        • 14 Septembre 2011 à 11h41

          Mangouste1 dit

          Ces jeux peuvent avoir des vertus…

        • 14 Septembre 2011 à 12h02

          Bibi dit

          La consigne, en général, n’oriente pas les joueurs.
          Vous serez étonné d’apprendre ce que ces études révèlent sur la manière d’agir de gens bien réels.
          N’oubliez pas les situations simulant des “jeux de guerre” – ainsi que les études a posteriori de ces situations bien réelles, avec des acteurs/agents pesant, inter alia, des vies humaines.
           

        • 14 Septembre 2011 à 12h28

          Mangouste1 dit

          Ce que je dis, Bibi, c’est que ces jeux réduisent les hommes à une partie d’eux-mêmes et donc les changent de ce qu’ils sont dans la vie. Je vous accorde qu’ils peuvent nous apprendre des choses sur notre fonctionnement dans la “vraie vie” et que j’ai été trop loin dans mon précédent post, mais je continue de croire que la complexité de l’être humain empêche ce type d’études de le cerner tout-à-fait.

        • 14 Septembre 2011 à 12h34

          Bibi dit

          En effet, l’ambition de ces recherches et plus modeste.
          A ma connaissance, il n’existe pas d’étude (empirique ou théorique) qui ait tout cerné de toute la complexité.
           

      • 14 Septembre 2011 à 12h56

        eclair dit

        ou le petit hiatus en chambre ‘hotel au sofitel.

    • 14 Septembre 2011 à 10h46

      Thalcave dit

      Ce que montre l’article de Georges Kaplan et que confirment de nombreux commentaires, c’est que le comportement des gens, c’est à dire que l’action sociale peut se rationaliser avec un minimum de règles. Mais c’est justement le contraire de l’anarchie. Et comme l’a expliqué Max Weber il y a déjà un siècle, les comportement sont puissamment façonnés par le surmoi que nous ont inculqués nos traditions religieuses. Relire ” L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme” qui a attendu Raymond Aron pour être tardivement connu en France.
      On peut prolonger l’observation de Georges Kaplan sur le plan de la crise financière et la gestion de la dette en Europe. Ce sont les pays du Nord, de tradition protestante (voir le contre-exemple de l’Irlande) qui se sont spontanément régulés sur les principes de Maastricht (déficit et dette). Ceux du Sud , de tradition catholique en ont été incapables. Chez eux on ne peut se passer de feux rouges, de radars et de gendarmes.
      On peut même se demander si la tradition et la subjectivité intériorisée des pays du Nord les rend plus conformes à la pratique de la démocratie alors que, pour éviter l’anarchie, celles des pays du Sud nécessiteraient des régimes politiques autoritaires.

      • 14 Septembre 2011 à 11h08

        Thalcave dit

        Toujours menacée par la démagogie et l’ochlocratie anarchique, les démocraties ont besoin de prospérité pour survivre. Cet impératif est intériorisé par la tradition protestante.

      • 14 Septembre 2011 à 14h00

        L.Leuwen dit

        L’éthique protestante, dont se gargarisent les protestants (comme l’était Max Weber), n’a-t-elle pas aussi un côté sombre? N’est-ce pas la société de la délation, de la surveillance mutuelle et , comble d’ l’horreur, de la transparence? On peut à bon droit lui préférer une certaine douceur du Sud catholique, qui sépare soigneusement Dieu et César.

        • 16 Septembre 2011 à 10h27

          Thalcave dit

          La douceur que vous trouvez au Sud catholique me rend perplexe. Inquisition menée pendant 4 siècles en Espagne, en Italie, au Portugal, dans les pays hispanophones et lusophones d’Amérique du Sud et Centrale n’en a pas été l’expression la plus convaincante. Pas plus qu’au Sud, les dragonnades, la révocation de l’Édit de Nantes. La campagne menée par la Croix contre le capitaine Dreyfus au 19ème siècle n’a rien non plus à envier à l’esprit de délation que vous prêtez à l’éthique protestante. Pour ce qui est de la douceur de vivre, je ne l’ai pas trouvée au pays des orangers dans La Loi, un livre écrit dans la Calabre des années 50 par Roger Vaillant dont la violence des rapports de force avait marqué mon esprit adolescent.
          Parlons aussi de la tolérance qui devrait être une caractéristique de la douceur. Savez vous vous où Descartes devait faire éditer ses livres qui ne s’en prenaient pas à Dieu mais tentaient de libérer la raison de l’homme? A Amsterdam, lieu de tolérance par excellence, où se côtoyaient au grand jour protestants, puritains, catholiques, marranes et juifs convertis ayant fui l’Inquisition qui exigeait la pureté du sang.
          Ce qu’on peut dire de positif quand même tant pour les catholiques que plus encore chez les protestants, c’est que la longue lutte entre chefs religieux et chefs séculiers (pour des raisons fiscales, terre à terre), la séparation de Dieu et de César a été le ferment de la liberté d’expression. La dualité est source de débats, des querelles entre Guelfes et Gibelins, Armagnacs et Bourguignons, de la guerre de Trente ans qui opposa au 17ème siècle les Habsbourgs catholiques d’Espagne aux princes allemands de l’Empire aux côtés desquels s’était rangé le roi de de France. Elle a mithridatisé contre le césaro-papisme qui a créé la figure du petit père des peuples des pays orthodoxes dont Poutine est le dernier avatar. La séparation de Dieu et de César a été le moteur de la liberté de pensée, le germe de la Démocratie. Et c’est dans les pays devenus protestants pour échapper à la toute puissance de l’Eglise, à son accaparement des ressources, à l’inflation de ses prêtres àl’image des fonctionnaires dans la France des 30 dernières années, que dans l’avènement de la démocratie a pu être le plus précoce et la plus efficace. C’est là qu’on peut éteindre les feux rouges sans provoquer l’anarchie.

    • 14 Septembre 2011 à 9h07

      Bibi dit

      Sophie, didier H,
      Bien le Bonjour.

      Quelle chance de savoir compter sur vous!  
       

    • 14 Septembre 2011 à 7h54

      Mangouste1 dit

      Sophie,

      Warren Buffet en tant que contre exemple? Bien sûr, où avais-je la tête (en partie à Genk-Valence, à vrai dire : 0-0, score final. Pardon pour ce moment de trivialité footbalistique). Oui, des exceptions existent à ce tous contre tous quasi-généralisé, mais W. Buffet en est-il une? Un homme qui a bâti sa fortune en jouant en bourse, c’est-à-dire en tondant des moins malins que lui – vous me direz : on ne les avait pas forcés à jouer, même s’il est souriant et semble vraiment désolé qu’on l’ait laissé aller aussi loin – en tous cas c’est ce qu’il dit, cet homme peut-il vraiment servir de contre exemple? A vous de voir.

      P.-S. Est-ce ma sensibilité de jeune communiante qui a parlé ou ai-je senti poindre une légère ironie dans votre 23h08?

      Bibi,

       Je vous répondrai tout-à-l’heure – j’ai commencé par répondre à la dame, un vieux fond d’éducation “old school”. Bonne journée.