Vivre plus pour buller plus
Un programme de riches qu’il faut appliquer aux pauvres
Publié le 05 juillet 2010 à 6:30 dans Politique
Mots-clés : Martine Aubry, Parti socialiste

Martine à la plage ?
“Nous allons vivre de plus en plus longtemps et donc il va falloir travailler plus longtemps: nous en sommes tous d’accord.” Cette déclaration faite par Martine Aubry en juin 2010 semble parée de l’évidence du bon sens. Ce qui donne furieusement envie de la contester. Et les arguments ne manquent pas.
On a beau fumer, boire, se droguer, rouler vite, avoir des pratiques sexuelles à risque, vivre dans un environnement pollué, se nourrir de nourritures trafiquées par l’agro-industrie et boire des vins trop soufrés gorgés de levures exogènes, l’espérance de vie augmente. Bon, ce n’est pas de notre fait puisque nous, nous nous honorons d’une mauvaise réputation due pour l’essentiel à la pratique, parfois simultanée, de plusieurs des vices susnommés.
Il n’en demeure pas moins qu’une petite fille sur deux qui naît ces jours-ci sera centenaire. Pour ceux que ça intéresse, il vaudra donc mieux faire sa connaissance dans vingt-cinq ans que dans soixante-quinze. Que faire de ce temps libéré grâce notamment aux progrès de la médecine ? Fumer encore plus ? Boire de meilleurs flacons ? Multiplier encore les partenaires ? Ecouter des musiques lascives et lire des textes subversifs ? Et cela pendant les dix, vingt, trente ans à venir, une fois libérés de l’aliénation du travail ?
Même Dieu s’est reposé le septième jour
Eh bien, ne rêvez pas !
Un des principaux arguments utilisé par tous les politiques, et pratiquement admis comme allant de soi chez les syndicats est que oui, l’espérance de vie en augmentation justifierait que l’on travaille plus longtemps. Cela a l’air tellement logique, dit comme ça, tellement pétri de bon sens.
Il s’agit pourtant d’une illusion de sagesse, “une sagesse ingénieuse à se tourmenter, habile à se tromper elle-même, qui se corrompt dans le présent, s’égare dans l’avenir…”, aurait dit le Bossuet de l’oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre. Il n’y a, de fait, aucune raison philosophique, théologique, métaphysique à travailler plus longtemps parce qu’on vit plus longtemps. Dieu lui-même Qui dispose pourtant d’une très grande espérance de vie a décidé de limiter Son œuvre à six jours, et le septième, Il se reposa, et il semble bien, étant donné l’état de la planète (carnages, famines, catastrophes écologiques, crises systémiques et récurrentes du capitalisme) qu’Il n’ait pas décidé de reprendre une quelconque activité jusqu’à présent.
L’espérance de vie et son augmentation, sont un don. Un don qui a coûté cher à ceux qui l’ont fait : c’est le don du travail des générations précédentes qui mouraient à la tâche dans les mines et les hauts-fourneaux. Leur travail a permis, comme disait déjà Descartes, “de nous rendre maître et possesseur de la nature”. Et pourquoi de tels sacrifices ? Par pulsion prométhéenne, par désir d’égaler Dieu ? Ou plus simplement pour construire un monde vivable pour vivre plus longtemps, justement ?
La richesse des riches, ce n’est pas l’argent mais le temps
Vouloir nous faire travailler plus parce qu’on vit plus longtemps, c’est donc une injustice et une punition, certainement pas du bon sens.
Injustice : c’est le Travail qui a permis les gains de productivités du Capital (Les Français, en la matière, contrairement aux idées reçues, ont une des meilleures productivités au monde.). Ces gains ont été redistribués de manière complètement marginale depuis la révolution industrielle : on a gagné le droit à quelques heures dans la semaine, quelques semaines dans l’année et quelques années sur une vie. Vouloir revenir en arrière en augmentant la durée du travail pour espérer ralentir la baisse tendancielle du taux de profit du capitalisme, c’est tout simplement comme si on décidait que des septuagénaires devraient monter sur des échafaudages pour terminer une dernière villa de luxe, sachant qu’ensuite, de toute manière, le propriétaire n’aura plus les moyens d’en construire une autre.
Punition : vouloir empêcher que sur des années entières des gens encore en bonne santé puissent profiter d’un temps libéré est en fait un moyen d’empêcher le monde du travail de découvrir ce qui fait la richesse des riches et qui n’est pas l’argent mais le temps.
On se souvient d’un de ces sociologues ou économistes médiatiques qui avait poussé l’indécence jusqu’à dire que du temps libéré pour les cadres, c’était très bien car ils allaient au théâtre et voir des expositions mais que pour les prolos, c’était du temps utilisé à boire, à jouer à des jeux de hasard, à battre leur femme et plus si affinités. Les gens riches, remarquait Fitzgerald, sont vraiment différents. Et on a vu ces dernières années que des gens riches, en France, c’était comme les pauvres, il y en avait de plus en plus. Ils le sont tellement que c’est eux qui vivent dans la société rêvée par Marx (qu’ils ont bien lu en général) : “une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous”, ce qui pourrait être la devise de nombre de country-clubs. La différence, c’est qu’ils ne l’appliquent qu’à eux-mêmes, alors que le communisme enfin réalisé serait un beau country-club planétaire.
Nous n’irons pas ici jusqu’à lancer comme modèle le célèbre slogan situ “Ne travaillez jamais” qui fleurit en mai 68 et qui avait une certaine grandeur mais “Ne travaillez pas trop. Ni trop longtemps”.
Il n’y a aucune raison pour ça, vraiment aucune.
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L'auteur
Jérôme Leroy est écrivain et journaliste. Dernière parution, Le Bloc (Gallimard)
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Yul dit
@Sophie
“racheter le même modèle qui lui ont paru dotées de toutes les qualités, notamment “elles durent”.”
Très juste ! au moins en ce qui me concerne.
Yul dit
@Sophie
il fait très chaud l’été là où je vis, et je porte quand même des doc martens. Je les porte aussi jusqu’à la plage, pour changer par des espadrilles au dernier moment (je ne marche pas pied nu sur le sable brûlant).
Yul dit
@Sophie
“Maintenant si avez l’intention de vous rendre à des funérailles dans des converses blanches et vertes, je vous conseille de laisser faire Madame Yul”
hélas, point de madame Yul dans ma vie. Je vis en célibataire avec un chat trop gros.
au fait, je porte mes doc martens noires même avec un costume. Encore plus dingue: j’ai découvert il y a quelques années que le pape Jean-Paul en portait aussi, photos à l’appui.
expat dit
Turbo : et je peux vous dire que ça brulait !
turbo22 dit
Chere Expat,
La, dans ces conditions, je suis 100% d’accord, c’est tout ce qu’il reste a faire, faire chauffer la carte de credit!
expat dit
Je sais turbo, je sais. Mais c’était super fun ! Surtout quand il fait 12° et il flotte…!
turbo22 dit
Bien sur Expat, je plaisantais :-)
expat dit
‘ont repris’
expat dit
Hi Turbo, j’ai acheté 7 maillots de bain, j’en ai garde un, ils sont repris les 6 restants et m’ont remboursée ! Chic!
turbo22 dit
@ Expat
Bonjour,
Non seulement ils vous reprennent les chaussures que vous n’avez pas voulues mais en plus il vous remboursent des maillots de bain?
Super affaire.
Impat1 dit
Avec 36° !!!
Sophie dit
Et un régalé, un!
Les autres seront remboursés!
expat dit
ce matin j’ai reçu le remboursement de 6 maillots de bain…
expat dit
@Sophie : oui oui oui j’ai commandé ne pas 14, mais 16 pairs de chaussures/bottes.
J’en ai gardé une paire de bottes de cowboy, une paire de mocassin en daim, et une paire de sandales. Un régalé !
turbo22 dit
Je vois Sophie. Enfin, j’imagine. Le short et les tongs, ça va, mais pas le marcel surtout si il est à trous-trous.
Sophie dit
Oui, Turbo.
Mais quand je vois MC dans le jardin en short, marcel et tongs (il fait 36°), je me dis qu’il faut une vigilance de tous les instants….
turbo22 dit
Oh les filles,
J’entend bien vos caricatures où je retrouve un peu de vrai, mais un peu seulement.
Oui, nous avons tendance à nous simplifier la vie concernant notre habillement et pouvons parfois manquer de raffinement mais nous savons faire des efforts lorsqu’il s’agit de vous plaire.
Sophie dit
Tout à fait, Souris.
Et par charité, nous ne nous étendrons pas sur ce pull tricoté mains (et par qui, puis-je savoir?) avec un motif nounours et cette chemise à carreaux qu’il traîne depuis 20 ans sans que l’on comprenne très bien pourquoi….
Sophie dit
Et dans l’appartement d’Expaaaaaaaaat
Nous étions
80 chausseurs
80, 80, 80, 80
80 chausseurs!
Souris donc dit
Mis à part un politique fan des Berluti, l’homme courant, si on le laisse faire, s’achète des chaussures de sécurité de chantier, les garde jusqu’à ce qu’elles tombent en charpie, puis veut racheter le même modèle qui lui ont paru dotées de toutes les qualités, notamment “elles durent”. Une seule entorse : ses chaussons à la maison et des sandales, mais seulement au-dessus de 30°. Et si on ne pousse pas des cris effrayants, il mettrait des chaussettes avec. Les trous dans les chaussettes ne le gênent guère.