On peut penser tout ce qu’on veut de Viviane Reding ; on ne pourra pas lui contester d’être à la hauteur de sa fonction de Commissaire européenne en charge des droits de l’Homme. Ou du moins de l’idée que se fait de ce blurb un vieux noniste comme moi.

Sa crise de nerfs millimétrée face caméras de mardi, où elle expliquait façon Actors Studio que ça allait barder sur le dossier rom était un précipité de cauchemar européiste absolu. Tout était raccord :
– la forme : « MA patience est à bout » ; en clair, c’est moi, Viviane Reding, la chef ;
– le fond : il ne saurait se faire en France d’autre politique que celle décidée à Bruxelles ;
– les images : en convoquant dans son argumentaire les victimes de la Seconde Guerre mondiale, donc, disons-le, des camps d’extermination nazis, pour parler de reconduites à la frontière, la Commissaire relève de l’amalgame révisionniste – je l’ai déjà écrit mais je suis très très énervé par cette obscénité, alors je me répète. Et de par ses fonctions et son supposé bagage culturel, Mme Reding est aussi coupable, à mes yeux, que le tondu plein de bière ou le pelé gavé de shit qui taguent les synas à la croix gammée. Au passage, je trouve les institutions juives et les associations de déportés un rien timides sur ce détournement de cadavres. Laissons faire sans moufter, et bientôt on invoquera l’Holocauste pour une faute d’arbitrage lors d’un OM-PSG…

Tout cela est tellement grotesque qu’on en viendrait presque à être d’accord avec l’ineffable Lellouche quand il déclare mercredi sur RTL : « Ça n’est pas comme ça qu’on s’adresse à un grand pays comme la France. Nous ne sommes pas le mauvais élève dans la classe que la maîtresse tance, le délinquant devant le procureur. » Seulement presque d’accord, parce qu’en vérité c’est bien le même Pierre Lellouche qui n’avait pas de mots assez haineux, au printemps 2005, pour injurier les opposants au TCE.

Je me souviens même, de mémoire, d’une de ses saillies en plein débat télévisé d’avant référendum : si le non l’emportait, disait-il, l’Europe allait droit vers la guerre. Tout faux, l’ami Pierrot. On n’a pas eu la guerre, mais en échange, on a Viviane Reding qui se prend pour Mme le Préfet de la Région France. Et ça, Monsieur le secrétaire d’État aux affaires européennes, c’est un peu grâce à toi ! Cette Europe, c’est celle que tu voulais. Alors mange et tais-toi.

Mais revenons à nos moutons noirs. Un autre eurobéat (si ma mémoire de 2005 ne me joue toujours pas de tours), à savoir notre président en personne, a suggéré à Viviane Reding qu’on accueille les Roms au Luxembourg. Comme il a sorti cette bonne blague devant les sénateurs UMP, on pourrait penser qu’il parlait du jardin du Luxembourg, contigu à leur hémicycle. Mais non, il conseillait en fait au Grand Duché – dont est originaire Mme Reding – de mettre ses actes en accord avec les paroles d’icelle. Cette boutade a, semble-t-il, provoqué un pataquès monstre avec Luxembourg – cette fois, on ne parle ni du parc à enfants Bonpoint, ni du pays à banques opaques, mais de la capitale éponyme, allez vous y retrouver ! Je ne sais si ce bordel diplomatique avec nos voisins d’opérette finira en conflit armé, auquel cas Pierre Lellouche aura fini – quelle horreur ! – par avoir raison. Ce que je sais, en revanche, c’est qu’il n’y a pas là-bas de problème rom. Non parce que le chef de l’État répugne à y utiliser ces migrants à des fins de politique intérieure, ce qui serait somme toute louable. Plus simplement parce que la loi luxembourgeoise leur interdit, de fait, tout séjour prolongé (cf. document joint).

Alors bien sûr, on a su mettre les formes. Chez Viviane Reding, au Grand Duché des Droits de l’homme, on ne parle pas de roms, mais de « citoyens bulgares et roumains », et on ne les expulse pas, puisqu’on s’est donné la peine de leur faire une loi tout exprès pour qu’il ne puissent même pas entrer pour chercher un emploi… sauf s’ils en ont déjà un !

Et voilà comment la morale est sauve. Franchement, c’est pas beau, l’Europe ?

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