Vite payé, vite mangé, vite aliéné
Une indemnisation record pour une salariée de McDo
Publié le 10 janvier 2012 à 9:30 dans Société
Mots-clés : Guingamp, Mac Donald

Photo : Szymon Kochanski
On sait que les conditions de travail dans la grande distribution relèvent de plus en plus du parcours du combattant. On s’étonnera d’ailleurs, à quelques rares exemples, du peu de pugnacité de la part d’employés qui ne sont pas soumis au chantage de la délocalisation mais acceptent la dégradation de leurs conditions de travail au quotidien1. Celles qui les renvoient chaque jour un peu plus à cette « obsolescence de l’homme » dont parlait Günther Anders dès l’après-guerre dans un monde de plus en plus mécanisé. Ainsi, la caissière, pardon, l’hôtesse de caisse, ne se rend pas toujours compte de son pouvoir de nuisance potentiellement aussi fort que celui d’un agent de sécurité dans un aéroport.
Or, la grande distribution prend des allures de vitrine sociale si on la compare à la restauration rapide. Le fast-food, on le sait, est la providence des étudiants pauvres et des mères célibataires sans diplômes. On commence à y manger parce que c’est pas cher et on finit dans les cuisines à fabriquer à la chaîne du cheese burger accompagné d’un Coca XXL.
Mais la grande distribution et la restauration rapide ont en commun de réaliser des bénéfices colossaux – notamment en pressurant le plus possible le coût du travail – tout en voulant qu’on les aime. Du coup, ils se présentent dans de nombreuses campagnes de communication comme des « acteurs citoyens », créant du « lien social. » Qui a vu les gens un samedi après-midi faire leur course loin des centres villes dans des zones commerciales ou une bande de jeunes manger dans un fast-food comprend l’ironie de la chose, pour ne pas dire son hypocrisie antiphrastique.
Comme le droit de grève est de fait impossible à exercer dans le secteur privé, et que si par hasard il l’est, on envoie la police car il ne manquerait plus qu’une grève gêne, il reste la Justice. Les dernières décisions favorables aux salariés ces derniers temps ont la plupart du temps été le fait des tribunaux. Que des magistrats soient les derniers remparts du droit du travail devrait peut-être nous interroger sur la qualité du dialogue social qui fut pourtant, à une époque le socle idéologique de François Fillon. En l’occurrence, le droit vient d’être dit par le tribunal des Prud’hommes de Guingamp dans une affaire emblématique mais traitée cependant avec une grande discrétion médiatique. Une ancienne directrice d’un restaurant franchisé Mac Donald vient d’être indemnisée à hauteur de 125 000 euros au titre d’heures supplémentaires impayées et 130 000 euros au titre de journées de congés compensatoires. 250 000 euros, à ce niveau, c’est un record.
C’était pourtant une belle histoire, une success story telle qu’aime à la raconter l’enseigne au Clown, qui se vante par ailleurs d’embaucher 80% de CDI. Seulement, l’employeur de la salariée en question, qui a la franchise de quatre MacDo en Bretagne, avait dû l’oublier. Embauchée en 99, devenue directrice entre 2006 et 2010, cette salariée d’après les représentants syndicaux CFDT2 aux Prud’hommes, « était soumise à des pressions énormes et se trouvait sous l’emprise totale, ne réalisant même pas ce qui lui arrivait »
Ce qui est une assez bonne définition de ce que l’on appelait autrefois, en termes marxistes, l’aliénation. Et il faut croire que ça existe, l’aliénation : la preuve, ça peut coûter un quart de million d’euros à un employeur.
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L'auteur
Jérôme Leroy est écrivain et journaliste. Dernière parution, Le Bloc (Gallimard)
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Mouche dit
Il est un peu caricatural cet article. Difficile de s’exprimer sur un jugement dont on ne connaît rien ou pratiquement rien. Ce n’est en tout cas pas la première fois qu’on entend parler d’abus de l’employeur qui n’a pas appliqué le Code du Travail et qui y est contraint par un Prud’homme. Mais on sent dans cet article une sorte de jubilation à indiquer que ce problème a été relevé chez Macdo. Pourquoi? Parce que c’est une entreprise américaine? Par anti américanisme? Ou parce que c’est le lieu de la “mal bouffe”?
Ah! Ils sont tellement bons les petits sandwichs français…
Une entreprise commerciale n’a en tout cas, aucun intérêt à être condamnée aux Prud’hommes. C’est une très mauvaise publicité…
Bibi dit
Dans quelle catégorie marxiste tombe le cas de Mme Lauvergeon?
Dio Gêne dit
En fouillant un peu vous trouverez surement les techniques de haut vol du giron mercantile, en On c’est grave mais en Off c’est pire que ce que vous croyez, bien pire! Le prospect est assimilé à du bétail sans cerveau prêt à être abattu….voila, des boeufs, donc se retrouver dans une mangeoire à bestiaux n’a rien d’étonnant!
Dio Gêne dit
Et un genou à terre un, continuons le combat, portons le coup de grâce!
Mangouste1 dit
JL,
“On commence à y manger parce que c’est pas cher”
C’est discutable, même si ce n’est pas le fond du problème…
Dio Gêne dit
Tout à fait discutable en effet car on commence a y manger pour faire comme les autres, et on arrête d’y manger pour ne pas faire comme les autres ou pour ne pas s’empoisonner
L'Ours dit
Cher Laborie,
évidemment, ils ne vont pas provisionné une escroquerie programmée, vous vous rendez compte du scandale si ça venait à se savoir. Ca ne se pas pas comme ça.
Imaginez une assurance qui refuse de payer dans des cas où elle le devrait.
Que se passe-t-il?
La plupart de ceux qui seraient dans le même cas que cet assuré ne porteraient pas plainte, rebutés devant les frais.
Quelques courageux iraient quand même devant les tribunaux.
Ier cas, ils sont déboutés, tout bénéf pour l’assurance. Second cas, ils gagnent. L’assurance est simplement condamnée à payer ce qu’elle doit plus un petit dédommagement. Addition du total, énorme gain pour l’assurance et tout la pousse à agir ainsi.
Aux states, si elles se font prendre, ça leur coûterait tellement cher, qu’ils n’ont pas intérêt à jouer ce petit jeu.
Sur le civil, je préfère cent fois le système américain.
laborie dit
Vous glissez sur une frite MacDo vous vous cassez la jambe et obtenez 10 millions de dols, parfaitement ridicule….et c’est arrivé au chiffre près.
laborie dit
Et ça n’a en plus aucune vertu pédagogique…
Dio Gêne dit
Ou est la pédagogie dans un hamburger, j’ai beau chercher????
Alpheratz51 dit
J’ai une pensée émue pour les cadres de chez Monet, Degas, Cézanne, pour ne citer qu’eux… Pendus toute la journée, tandis que les patrons à l’intérieur comptent les milliards…..
Fiorino dit
Par contre la CGT qui demande la suspension des policiers visés dans l’enquête pour la mort du jeune homme à clermont-ferrand et ainsi “ramenener le calme” dans le quartier c’est une belle leçons d’alienation la vrai, mais celle de la démocratie. La justice doit se soumettre aux violences des djeunes?
L'Ours dit
Laborie,
si tout cela est vrai (léliénation), et ça l’est certainement, les montants ne me choquent pas. Il serait temps que lorsqu’une boîte abuse, elle ne soit pas simplement condmanée à ce qu’elle doit, mais que cela lui coûte si cher que ça lui coupe l’envie de recommencer, à elle et aux autres. Ca fait longtemps qu’en France, les grosses entreprises ont intégré les risques de procès si elles outrepassent leurs droits, et le solde fait qu’elles ont tout intérêt à mal se comporter, aussi bien avec l’employé, qu’avec le client.
On critique le système judiciaire américain, mais sur ce point, j’aimerais bien l’importer en France.
JL,
je rappelle que les juges des tribunaux Prud’hommes sont à 50% des patrons.
kacyj dit
Vous avez totalement raison l’Ours mais c’est la tonalité du texte qui est pénible.
J’ai été licencié par le passé et j’ai perçu des indemnités correctes sans nul besoin d’avoir recours aux prud’hommes. Il est vrai que c’était une boite américaine.
laborie dit
Pour avoir été cadre sup chez Exxon et Banque Worms je peux vous affirmer qu’il n’a jamais été question de provisionner des sommes à l’avance pour des résultat de condamnations prud’honmmales hypothétiques La philosophie comptable consiste à payer le moins possible dans la limite du droit du contentieux et de ne pas porter atteinte à l’image du groupe. Quant à savoir les dessous de cette affaire il serait souhaitable de connaître les attendus du jugement pour discuter plus avant.
Votre remarque, concernant les peines exemplaires façon USA, est infondée en France et c’est tant mieux.
kacyj dit
Vite pensé, vite écrit, vite conditionné…
Pour gagner en crédibilité, vous nous faites le même avec la section CFDT de SeaFrance.
Fiorino dit
Kacyj, sublime, moi aussi j’avait penser à la CFDT de SeaFrance qui s’en mis pleine le poche.
Bibi dit
Gagner?!?!
Feh! Arrêtez avec les gros mots!
Vous savez bien que tout gain est nécessairement aux dépens de l’Autre.
Bibi dit
Mais c’est un scandale!
Où est Indignator?
Où sont les pétitions aux nobles et éclairés signataires?
Où est la Commission onusienne des Droits de l’Homme?
Patrick dit
“Indignator” !
Super comme expression. Je la retiendrai.
;-)
Fiorino dit
@ Laborie
Sauf qu’une directrice n’est pas payé au smic et il est vrai que ce gens là ne sont souvent (pas qu’à Macdo) pas payés pour leurs heurs sup. Mais combien de directeur sont payés pour leurs heures sup? Souvent il font eux même du zèle. Enfin c’est très compliqué. Ce qui me dérange dans l’article de JL et qui finalement nuit à la cause qu’il veut défendre c’est qu’il ne s’est pas empêché de nous faire le couplet sur la mère célibataire, et l’etudiant pauvre. Au macdo les directeurs ne sont pratiquement jamais des étudiants, des mères célibaraites je doute fortement.
Fiorino dit
@ Gil M.
La question des heures sup c’est un problème surtout pour les responsables, certenaiment pas si vous êtes simple salarié. Il est vrai que le responsbales font souvent des heures sup non payée dans la mésure ou c’est à eu de decider combien de travail leur faut pour assurer leur tâche, j’en connai qui se reveillent la nuit si le systhème electrique tombe en panne. Mais je doute fort que les “étudiants pauvres et les mères célibataires” soient sur-representés parmi les responsables. Les mères divorcés oui, enfin bref cet article ne nous apprend rien du tout mis-à-part exploiter un fait divers pour faire de l’idéologie.
Fiorino dit
JL
“Le fast-food, on le sait, est la providence des étudiants pauvres et des mères célibataires sans diplômes.”
Bien, comme vous savez, vous pouvez nous donner l’étude qui montre cela? Peut-être vous avez raison, mais etudiants “pauvres” ça me paraît vraiment exageré, modestes oui mais pauvres je doute fortement. Sur les mères célibataires quand j’ai travaillé dans la grande distribution, aucune mère célibataire, si une, la pluspart des mères ayant assuré l’éducation de leurs enfants et puis ayant decidé de travailler. Franchement pour une personne sans diplôme décrocher un job comme caissière qui non seuelement est considéré comme “employée” et en plus c’est le meilleur boulot que vous pouvez trouver dans un supermarché (mis à par la pause une demi heure après que vous avez commencé). Par contre quand vous avez Bac + 5 bien c’est normal de vouloir à un moment donné autre chose.
Alpheratz51 dit
Il ne vous manque plus qu’un borsalino sur la tête, monsieur Leroy. Vous faites très “mafia” sur la photo. :O)
Alpheratz51 dit
L’avait qu’à bosser français, môssieur ! La brioche dorée c’est fait pour çà !
laborie dit
Cette affaire est-elle allée à son terme? Quid appel, cassation?
Je doute que le patron s’en tienne à la première instance si c’est le cas.
Gil Mihaely dit
Vous avez raison de poser la question : effectivement on est pour le moment à la première instance
Gil Mihaely dit
Le fond de l’affaire est la reconnaissance des heures sups pour un cadre. La discrétion médiatique peut être expliquée par le fait que, malgré l’apparente importance, il s’agit d’un cas tellement aberrant et extrême que personne ne croit que cela servira de précédent, c’est à dire comme une décision qui ouvrire la porte à une avalanche de demandes de paiement rétrospectif d’heures sups par des cadres.
Fiorino dit
Je suis d’accord, c’est Jerôme Leroy qui tire profit de cet affaire pour en faire une généralité comme le font d’autres sur les faits divers, pour avoir fait ce genre de boulot (sans être pauvre) je peux vous dire aussi que pas mal des gens se sont fait choper piquer dans la caisse et que la direction les a viré sans engager de poursuite et pourtant le magot qu’ils ont pris était assez conséquent.
Gil Mihaely dit
C’est quand même un cas intéressant, et même s’il est trop pour généraliser juridiquement, la critique est justifiée du point de vue social
laborie dit
La réponse du Tribunal semble à première vue farfelue car il faudrait supposer que le nombre d’heures sup non payées soit de l’ordre de 9650 ( 125000 euros/13 euros/l’heure sup au smic). Pour arriver à ce chiffre, soit 220 heures sup légales et maxi par an, l’employée aurait accumulé 44 ans d’heures supplémentaires ce qui semble impossible.