L’homme qui aima Virginia Woolf | Causeur

L’homme qui aima Virginia Woolf

On publie les journaux intimes du mari de la grande romancière anglaise

Auteur

Marie Céhère

Marie Céhère
Sophistique, littérature.

Publié le 26 juin 2016 / Culture

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Image extraite du film "The Hours" (2002) de Stephen Daldry dans lequel Nicole Kidman (à gauche) interprète Virginia Woolf et Stephen Dillane (à droite) son mari Leonard (Photo : SIPA;51405895_000033)

Virginia Woolf (1882 – 1941) écrivait sur une table encombrée d’un véritable capharnaüm, de petits objets, plumes, morceaux de métal, pierres, tas de papiers, qu’elle collectionnait et empilait autour d’elle comme une barrière contre le monde. Le monde qu’elle adorait pour l’inspiration que les mondanités lui insufflaient et détestait lorsqu’il lui faisait sentir qu’elle n’était pas tout à fait normale.

Virginia Woolf faisait davantage qu’écrire ses romans. Elle les concevait maternellement, y pensait du soir au matin, pleurait le départs des épreuves à l’imprimerie et souffrait de chaque pique lancée par des critiques inconscients de leur objet. Dans ses robes toujours impeccables, la démarche chaloupée, rêveuse, à l’image de son esprit, Virginia faisait figure d’originale maladive.

Sa maladie mentale, à l’époque où le terme n’avait aucun sens, elle la refusait. Ses heures de délire, durant lesquelles elle entendait les oiseaux du jardin parler grec, elle s’en souvenait à la faveur d’un chapitre. La littérature transfigurée par la pathologie, c’était le génie de Virginia. Quant à la politique, elle s’y intéressait ni plus ni moins qu’à autre chose, c’est-à-dire les mains dans le cambouis, mais des mains gantées, pleines d’intentions idéalistes qui n’ignoraient pas leurs limites.

Elle aurait pu être sa propre héroïne. Non pas seulement si la vie et le galop saccadé de la psychose maniaco-dépressive lui en avaient laissé le temps, mais si elle s’était regardée dans un miroir avec la même acuité que les rives boueuses de l’Ouse et les échos, dans la nuit, des bombardements sur le ciel de Londres.

Le roman dont Virginia Woolf est l’héroïne, « A book of one’s own », pourrait-on dire, c’est son mari Leonard Woolf qui en est l’auteur. Dans son journal, celui qui a partagé la vie de la romancière de 1912 à son suicide, en 1941, a tout consigné. Le menu de leurs petits déjeuners, les réactions de Virginia à tout ce qui la frôlait, ses crises, ses joies, les précautions dont il entoura sa maladie, l’indulgence avec laquelle il traitait sa femme, sa culpabilité, sa fragilité. Leonard revenait d’une mission diplomatique à Ceylan lorsqu’il s’est déclaré à Virginia. Le colonialisme lui répugnait. Il s’est attelé à la création de la Société des Nations, a mené sa barque politique toujours à gauche. Il était le seul gentleman auxquels les ouvriers de Manchester aimaient s’adresser, le seul qu’ils comprenaient quand il ouvrait la bouche. Ses traités et projets de constitution ont inspiré les artisans de l’Europe du XXème siècle. Mais à la lecture de ces passages de journal, tout cela n’est rien, rien, à côté de Virginia.

Il n’est pas question de la fable d’un homme caché derrière une grande femme, ni d’une femme vivotant dans l’ombre du grand homme, mais d’une histoire d’amour réciproque.  Virginia n’aurait pas aimé que l’on parle d’elle, ni de Leonard et elle, à sa place, surtout en son absence, précise son neveu Cecil Woolf dans la postface de cet ouvrage. Les derniers mots que Mrs Woolf adressa à son mari avant de se noyer suffisent : « Je ne pense pas que deux personnes aient pu être plus heureuses jusqu’à ce qu’arrive cette terrible maladie. Je ne peux plus lutter. Je sais que je te gâche la vie, que sans moi tu pourrais travailler. Et tu le pourras, je le sais. »

Ma vie avec Virginia, Leonard Woolf, traduit de l’anglais par Micha Venaille, Ed. Les Belles Lettres.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 27 Juin 2016 à 18h26

      Lector dit

      Rhoda : “The mule stumbles up and on. The ridge of the hill rises like mist, but from the top I shall see Africa. Now the bed gives under me. The sheets spotted with yellow holes let me fall through. The good woman with a face like a white horse at the end of the bed makes a valedictory movement and turns to go. Who then comes with me? Flowers only, the cowbind and the moonlight-coloured May. Gathering them loosely in a sheaf I made of them a garland and gave them—Oh, to whom? We launch out now over the precipice. Beneath us lie the lights of the herring fleet. The cliffs vanish. Rippling small, rippling grey, innumerable waves spread beneath us. I touch nothing. I see nothing. We may sink and settle on the waves. The sea will drum in my ears. The white petals will be darkened with sea water. They will float for a moment and then sink. Rolling me over the waves will shoulder me under. Everything falls in a tremendous shower, dissolving me.” Virginia Woolf, The Waves.

      Who’s afraid of Virginia Woolf* ? Lars von Triers isn’t ; listen to his voice : ” The train is sinking. (…) In the morning, the sleeper has found rest on the bottom of the river. The force of the stream has opened the door and is leading you on. Above your body, people are still alive. Follow the river as days go by. Head for the ocean that mirrors the sky.”

      PS* : https://www.youtube.com/watch?v=ppeMfoKdbAY

      • 28 Juin 2016 à 16h46

        2HARDEL dit

        Lector, merci pour ce beau passage de The Waves.
        À travers les yeux de Rhoda, il est impossible de ne pas y sentir comme un avertissement, une prémonition, que sais-je, du suicide de Virginia dix ans plus tard. 

        Saisissant. (2H)  

    • 27 Juin 2016 à 10h54

      Patrick Mandon dit

      2HARDEL, Roger Fry, dont vous avez la réplique du portrait dans votre bureau, est l’un de ces passionnantes personnages, qui constituèrent le groupe dit « Bloomsbury ». Il réunit de riches personnalités d’artistes et d’intellectuels anglais, dont celles de Fry, de Lyton Strachey, de Virginia Woolf et de sa sœur, et d’Emma Carrington. Fry, peintre de grand talent, fut aussi un influent critique d’art.
      Si vous ne l’avez déjà vu, je vous conseille vivement le film Carrington, avec Emma Thomson (supportable dans ce rôle) et Jonathan Pryce (remarquable) dans celui de Strachey. Entre cet extravagant et raffiné homosexuel, grand critique d’art, et cette femme absolument indépendante, d’une audace sociale vraie, il se forma un indéfectible lien amoureux platonique, qui ne connut de fin que par la mort de Strachey, d’un cancer, suivie du suicide de Carrington. Le monde, souvent, n’a d’intérêt que lorsqu’on en partage l’illusion avec un être cher et d’exception.

      • 27 Juin 2016 à 10h59

        Patrick Mandon dit

        Erratum : on lira « est l’un de ces passionnants personnages » et non « est l’un de ces passionnantes personnages ».

        • 28 Juin 2016 à 16h32

          2HARDEL dit

          @Patrick Mandon

          J’aurais aimé l’avoir écrit…
          Le monde, souvent, n’a d’intérêt que lorsqu’on en partage l’illusion avec un être cher et d’exception Trop tard !

          Merci pour votre réponse, Patrick Mandon. D’autant que j’ai eu le plaisir de vous entrecroiser il y a un mois, sur ce forum, à propos de votre bel Hommage à un Saltimbanque doublé d’un Géomètre.

          Je ne partageais pas votre enthousiasme pour Alexandre Astruc et son concept de caméra-stylo, et vous aviez eu la gentillesse de réagir à mon commentaire trop rapide, qui de surcroît s’appuyait, faute de temps, sur celui, plus ancien, d’un autre causeur.
          Je m’étais promis de vous répondre, et le temps, justement, que je me retourne, pfffuittt, le fil était fermé. Trop rapide, Causeur.
          Pour moi, du moins.

          Mais je m’égare. J’ai vu, à sa sortie (1995, par là) Carrington, et je partage votre point de vue. C’est un film superbe, ou l’ambiguïté rode en permanence.
          Emma Thomson y est mieux que ”supportable”. Elle est très bien, comme toujours, espèce de mauvaise langue !

          Je connais (un peu) Bloomsbury [je me réjouis que vous considériez Roger Fry comme un peintre de talent ; je me méfie toujours de mes goûts en peinture…], et surtout, Virginia Woolf.
          J’ai même failli, du temps de ma folle jeunesse, me lancer dans un travail universitaire à son sujet.
          Mais les hasards de la vie m’ont entraîné (aux sens propre et figuré), quelques milliers de miles — et de milles — vers l’ouest, et j’ai finalement œuvré autour de Carson McCullers. Pas si éloignée de Virfinia Woolf, finalement…  

           

        • 28 Juin 2016 à 16h36

          2HARDEL dit

          Le témoignage de Christine m’a surpris, ému, et impressionné.
          Pierre Jolibert et vous-même connaissiez, ou aviez du moins déjà croisé cette Dame, manifestement. 
          Causeur, décidément, recèle des pépites. Parfois.

          En tout cas, je partage tout à fait l’avis de Christine au sujet de l’adaptation du Orlando par Bob Wilson. Clinique est le mot.
          Mais qu’attendre d’autre de ce metteur en espace… ?
          Pardon. Je m’étais juré de ne dire aucun mal de quiconque sur ce fil.  Mais il s’en remettra, le Bobby !

          Merci, donc, pour cette conversation.

          En particulier à Marie Céhère, à qui nous la devons.  (2H.)

        • 28 Juin 2016 à 20h00

          Christine dit

          Mon  Dieu, 2HARDEL, Carson Mc Cullers … Pas éloignée du tout de Virginia Woolf … Bonheur de lire ici son nom auprès du sien.
          Je n’ai pas vu Carrington, à mon grand regret, mais je suis d’accord avec vous, Emma Thompson est toujours très bien.

        • 28 Juin 2016 à 23h43

          2HARDEL dit

          Christine…
          Que diriez-vous d’une petite balade dans un café joyeux, pour changer ?
          Et y chanter une ballade légèrement mélancolique, peut-être… 

          https://www.youtube.com/watch?v=twix9KfES9Y  

          Jamais je n’aurais imaginé croiser ici quelqu’un comme vous, Christine. 
          Merci. 

        • 29 Juin 2016 à 12h11

          Christine dit

          @ 2HARDEL,

          Bien volontiers, mais une balade dans un café joyeux est-elle seulement encore possible ?
          Belle et émouvante interprétation de Greensleeves, ballade qui n’est pas seulement légèrement mélancolique ; c’est une “musique qui force le cœur à s’ouvrir” …
          Merci

      • 27 Juin 2016 à 14h28

        Christine dit

        ” Le monde, souvent, n’a d’intérêt que lorsqu’on en partage l’illusion avec un être cher et d’exception.”
        Magnifique !

    • 27 Juin 2016 à 1h41

      2HARDEL dit

      Madame, Messieurs, on n’ose s’immiscer dans cet échange entre vous trois, aussi passionnant qu’émouvant.
      Je me permets simplement de joindre ici ce petit tableau, dont l’original est abrité, me semble-t-il, mais sans certitude, à la National Gallery, et dont j’ai une reproduction dans mon bureau.
      Il s’agit bien sûr d’un tableau représentant  Léonard Woolf à sa table de travail. Je ne me rappelle pas vraiment les circonstances de l’arrivée de ce tableau chez moi, mais je me souviens avoir été fasciné par ce qu’il dégage à la fois de concentration, de labeur et de paix.

      http://www.persephonebooks.co.uk/leonard-woolf/

      Voilà. Madame, Messieurs, merci à vous.  
      Merci également à Marie Céhère, dont je crois avoir lu, à cette occasion, la meilleure review.
      Pardon pour cette intrusion. Je m’éloigne sur la pointe des pieds. Shhhhh….

    • 26 Juin 2016 à 20h17

      Christine dit

      Merci à tous deux.
      Je dois vous avouer qu’il y a longtemps que je n’ai lu V.Woolf. Je n’ai conservé que les livres traduits en français (je me connais paresseuse) et j’ai toujours craint de ne jamais retrouver, la relisant, l’émotion première, si pure, cette plongée dans une conscience sœur.
      C’est, bizarrement, par “La Promenade au Phare” que je l’ai découverte, puis “Les Vagues” et seulement après “Mrs Dalloway”, apothéose, bien sûr, de mon émotion.

      • 26 Juin 2016 à 23h15

        Pierre Jolibert dit

        Et c’est nous qui vous remercions car il est en effet rare de croiser une woolfienne et nous avons beaucoup de chance.

    • 26 Juin 2016 à 19h36

      Patrick Mandon dit

      Christine, sans savoir encore que vous alliez reparaître, j’ai écrit (19h13), en réponse à Pierre Jolibert : « Christine viendra-t-elle nous faire part de son opinion ? ». Nous le souhaitions tous deux, vous nous avez entendus. Il est très rare de croiser la route d’une « woolfienne ». Or, nous savons que la seule lecture de Mrs Dalloway peut bouleverser une existence féminine (et masculine, bien sûr).
      Il s’est produit quelque chose en Angleterre, au début du siècle dernier, qui a transformé le paysage intellectuel et -vous avez raison- sentimental en Europe. Contrairement à ce qu’un criticisme populacier prétend parfois, les quelques raffinés que l’on connaît sous le nom de Bloomsbury n’étaient pas seulement des snobs, préoccupés par la tenue vestimentaire de leur reflet dans la glace et de leur ombre sur le mur. S’ils furent snobs, d’ailleurs, ils le furent à la manière des anglais, c’est à dire radicale. Au vrai, ces femmes et ces hommes nous ont appris, eux aussi, et parfois à leur dépens, à réduire encore notre part de comédie.
      Je voulais vous assurer, Christine, que je ne voulais nullement moquer votre « sentimentalité » ; au contraire, je l’approuve. Et puis, la sentimentalité ou le sentiment n’ont rien à voir avec le sentimentalisme. Nous serons heureux, Pierre et moi, de vous lire encore.

    • 26 Juin 2016 à 19h11

      Christine dit

      Chers Patrick Mandon et Pierre Jolibert, je suis ravie et émue de constater que ce sont deux hommes qui “causent” avec délicatesse sous ce bel article.
      Soyez-en remerciés.

      • 26 Juin 2016 à 23h11

        Pierre Jolibert dit

        On vous en prie, mais bon les différences sont-elles si tranchées ?
        “He _ for there could be no doubt of his sex, though the fashion of the time did something to disguise it _ was in the act of slicing at the head of a Moor which swung from the rafters.”
        (Je vais devenir moins délicat en me demandant si cette 1ère page d’Orlando. A Biography, qui fait régner une sorte de mentalité de croisé, comme on dit à Ancyre, n’offre pas une perspective de plus sur la tuerie de l’autre jour : un attentat contre le nom de la ville ?)
        Hum, bonne nuit.

        • 27 Juin 2016 à 0h00

          Patrick Mandon dit

          Excellent, dearest !
          Woolf, crois-je me souvenir, a considéré Orlando comme une sorte de « divertissement », et, de fait, il y a dans ce roman, une constante « diversion » des lieux, des paysages, des époques et des « genres ». Je veux dire que les lieux, les paysages etc. font constamment diversion.
          Orlando ne se « fixe » jamais. Il/elle avance dans une sorte de « tunnel » du temps, qui abolit non pas le temps lui-même, mais la perception que nous en avons communément.

        • 27 Juin 2016 à 15h01

          Christine dit

          Je crois aussi me souvenir que Virginia était dans une “bonne période” (s’y est-elle même amusée ?) quand fut écrit Orlando, qui retient dans un moment de pure poésie, sa passion tumultueuse pour Vita et la difficulté d’être au monde. Mais le retour de la folie n’était pas loin …
          J’avais été très déçue par l’adaptation quasi “clinique” d’Orlando par Bob Wilson pour I.Huppert. Beau spectacle sans doute pour qui ne connait pas V.Woolf (à mon humble avis) car dépourvu d’émotion. La critique avait été dithyrambique (Wilson ! Huppert !) et je m’étais ennuyée à tenter de retrouver mon Orlando, celui qu’évoque Patrick Mandon, en vain.
          Pierre Jolibert ! Vous faites trop d’honneur aux barbares !… Le seraient-ils moins si vous aviez raison ?

        • 27 Juin 2016 à 22h25

          Pierre Jolibert dit

          Je suis exaucé : je me demandais aussi si vous aviez vu ce spectacle.
          Pour la fin, non, non, l’horreur ne serait pas différente pour moi.

    • 26 Juin 2016 à 16h37

      Patrick Mandon dit

      Vous avez eu, pour le moment, deux magnifiques « causeries » sous votre délicat article. C’est numériquement peu, mais beaucoup sous le rapport culturel, intellectuel, et même « sentimental » (Christine, de ce point de vue, qui va jusqu’à témoigner sa reconnaissance à Léonard, pour avoir pris soin de Virginia !). Permettez-moi de donner un extrait plus long de la dernière lettre de la Woolf à son mari.

      « Mon très cher,
      Je suis en train de sombrer dans la folie à nouveau, j’en suis sûre : je sais que nous n’arriverons pas à bout de ces horribles crises. Et cette fois je ne guérirai pas. Je recommence à entendre des voix, et n’arrive pas à concentrer mes pensées.
      Aussi vais-je faire ce qui semble la meilleure chose à faire. Tu m’as rendue parfaitement heureuse. Tu as été pour moi ce que personne d’autre n’aurait pu être. Je ne crois pas que deux êtres eussent pu connaître si grand bonheur, jusqu’à ce que je souffre de cette affreuse maladie. Je ne peux plus lutter d’avantage, je sais que je gâche ta vie, que sans moi tu pourrais travailler. Et je sais que tu le feras. Tu vois, je n’arrive même pas à écrire correctement. Je n’arrive pas à lire. Ce que je veux dire, c’est que je te dois tout le bonheur de ma vie. tu t’es montré d’une entière patience avec moi et indiciblement bon. Tout le monde le sait. Si quelqu’un avait pu me sauver, c’eût été toi. Tout m’a quitté excepté la certitude de ta bonté. Je ne veux pas continuer à gâcher plus longtemps ta vie. Je ne crois pas que deux personnes auraient pu être plus heureuses que nous l’avons été… »
      Le 28 mars 1941, elle alourdit son vêtement en emplissant ses poches de pierres, puis elle entre dans l’eau de la rivière Ouse, qui coule près de sa maison, à Rodmell. Et elle se noie.
      Vivement recommandé, le film The Hours, de Stephen Daldry, qui démontre un savoir faire hollywoodien et une finesse toute européenne (j’allais dire française, mais était-ce nécessaire ?).

      • 26 Juin 2016 à 18h51

        Pierre Jolibert dit

        Bonjour Patrick Mandon,
        il est très touchant de voir ainsi exprimée votre appréciation du film The Hours, et j’aimerais bien savoir d’ailleurs ce qu’en aurait pensé Christine, en tout cas pour la partie la plus ancienne.
        La 1ère fois que je l’ai vu, et je ne savais pas du tout comment il était composé, j’avais bien lu annoncé le nom de Nicole Kidman, mais j’étais tellement pris et impressionné par la 1ère séquence sur V. Woolf, qui commence sur la mort, je ne l’ai pas reconnue, sauf à la fin, et j’étais bouleversé. Du grand savoir faire, en effet.
        Le film montre d’ailleurs un Leonard très sympathique.

        • 26 Juin 2016 à 19h13

          Patrick Mandon dit

          Bonjour, Pierre Jolibert,
          C’est sans tarder que je vous réponds. En effet, moi aussi, j’aimerais beaucoup lire l’appréciation de Christine sur ce film. Je dois avouer que je n’entrai pas dans la salle, qui projetait The Hours sans une certaine crainte : elle s’est vite dissipée. Je redoutais en particulier l’interprétation « hollywoodienne » des deux principales comédiennes : elles sont parfaites. Moi qui suis un godardien de la première heure, et qui lui ai conservé mon admiration, alors que je suis plus réservé pour ce qui touche à François Truffaut, j’aime beaucoup confronter mes partis pris aux réalisateurs « conventionnels ». Quand ceux-ci me plaisent, je les baptise aussitôt « classiques », en référence à Stendhal, qui écrivit quelque part : « Un classique, c’est un romantique qui a appris son métier ». Comme vous, j’apprécie le savoir faire d’un metteur en scène, lorsqu’il l’augmente d’élégance, voyez Carol Reed, David Lean par exemple : ces deux-là connaissaient parfaitement leur métier, ne cherchaient qu’à l’exercer à la perfection.
          Christine viendra-t-elle nous faire part de son opinion ?

      • 26 Juin 2016 à 19h07

        Christine dit

        Merci d’avoir donné un extrait plus long de la dernière lettre de V. à L.
        Vous moquez gentiment, cher Patrick Mandon, ma sentimentalité, et vous n’avez pas tort. Je connais si bien l’histoire de ces deux-là. La vérité est que la présence de Léonard à ses côtés a permis à Virginia de vivre, et donc d’écrire.
        Oui, effectivement, le film “the Hours” est une réussite, et m’a laissé une meilleure impression que le livre de Cunningham, inégal, dans mon souvenir.
        A noter aussi la biographie, qui n’est pas inintéressante, de Quentin Bell, son neveu.

    • 26 Juin 2016 à 13h14

      Pierre Jolibert dit

      Merci beaucoup pour ce très alléchant compte rendu.
      Bon, cela dit pinaillons, malgré la crainte de troubler la quiète ambiance des disciples de Bloomsbury, d’autant que je n’en ai rien lu du tout.
      Si dégoûté fût-il de ce que je crois qu’il convient mieux d’appeler impérialisme (mais c’est une opinion relative), L. Woolf n’aurait tout de même pas parlé, je pense, de mission diplomatique pour nommer son passage comme subordonné dans la fonction publique (je ne sais pas s’il faut traduire ainsi civil service) d’un territoire entièrement administré et régi dans tous les domaines par l’Empire.

    • 26 Juin 2016 à 12h09

      Christine dit

      J’ai, je crois, lu tous ses livres, en français, ou en anglais pour être au plus près d’elle et de ses émotions. Ils représentent une partie de ma vie. J’ai vécu un moment avec elle, Léonard, Vanessa, Vita, Lytton et le Bloomsbury group … 
      Je comprends qu’on puisse ne pas être sensible aux ouvrages de Virginia Woolf car on ne sort pas indemne du plongeon au cœur de l’intime de cette femme, éprise de la musique des êtres et des éléments. Et je n’ai jamais vraiment pu conseiller sa lecture, tant une indifférence ou un ennui de lecteur m’aurait peinée.
      Je suis tellement reconnaissante à Léonard d’avoir toujours été présent à ses côtés, jusqu’au bout de ses forces, à elle.