Albert Dupontel et Jean Dujardin, dans le film Le Convoyeur.

Sauf pour mon permis de conduire, je ne crains pas la police. Les vigiles dans les supermarchés me laissent indifférent et, quand je croise dans les rames de mon RER, les malabars de la police ferroviaire, je me sens rassuré pour moi et pour les miens qui empruntent cette ligne parfois tard dans la nuit. En revanche, la justice de mon pays m’inquiète. Depuis que j’ai vu le juge d’Outreau répondre aux questions qui lui étaient posées comme une vulgaire racaille sur le thème de « c’est pas moi, c’est pas de ma faute », je tremble à l’idée que ma liberté dépende d’un type pareil.

Dans l’affaire de ce jeune homme mort à Carrefour sous la pression des vigiles, les déclarations du Procureur m’inquiètent. Je ne sais rien de plus que vous de cette histoire et je me garderai bien d’accuser ou d’innocenter les inculpés mais une sentence délivrée aux médias me laisse perplexe. La phrase a déjà été ânonnée par les présentateurs des JT qui par manque de temps, semblent avoir sacrifié la réflexion au maquillage : « Il est inadmissible qu’un homme meure pour une canette de bière. » Les médias vont surement s’emparer de la formule qui pourrait bien faire la une de Libé et nous raconter ce drame comme dans un film de Ken Loach.

Dans la réalité, on ne meurt pas pour une canette de bière, pas plus qu’on ne meurt pour le vol d’un scooter ou parce qu’on n’a pas de papiers. Dans la quasi-totalité des cas, le vol dans un magasin vaut l’obligation de payer l’objet et du balai, la prochaine fois, on appelle la police. Pour un scooter, un peu de garde à vue et une amende plus tard, on n’en parle plus et si étant clandestin vous vous asseyez dans l’avion sans faire d’histoires, le retour au pays se passera bien.

Par contre, si vous résistez aux vigiles qui vous arrêtent, vous risquez la maltraitance. Si vous entamez une course-poursuite avec les flics, votre carrière de délinquant pourrait finir contre un arbre ou dans un mur et si vous faites du scandale à l’embarquement, vous serez maitrisé à vos risques et périls, car, comme le disait Pasqua : « force doit rester à la loi ».

La mort d’un homme est toujours regrettable et on peut comprendre l’émotion des proches et leurs déclarations empreintes de colère mais quand le Procureur en charge de l’affaire livre des raccourcis aux médias, je m’interroge sur son sens des responsabilités.

Encore une fois, cet homme n’est pas mort pour avoir volé mais pour avoir résisté à son arrestation. Quand on entame une épreuve de force avec la police ou avec ceux qui veulent vous remettre à la police, risquer la mort fait partie du jeu. Les gardiens de l’ordre public ou privé doivent-ils relâcher les délinquants récalcitrants pour ne pas risquer de leur faire du mal ? Cela pourrait finir par décourager les vocations. Si les forces de l’ordre ne peuvent plus exercer une violence légitime, si la « justice » interdit au gendarme de courir après le voleur parce que la vie de ce dernier pourrait être mise en danger, sous peine de finir en taule à sa place, la police finira par se contenter de contrôler les automobilistes et d’escorter les officiels et nous laissera nous démerder avec les malfrats.

Nous n’aurons plus alors qu’à nous armer pour défendre nous même nos biens et nos personnes et comme au Far West, les délinquants risqueront vraiment à mourir pour une bière.

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Cyril Bennasar
est menuisier.
Lire la suite