VGE, le fou chuintant

Lady Di n’a pas le monopole du cœur

Publié le 24 septembre 2009 à 17:56 dans Culture

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Chanonat, 1982. J’avais dû assez mal me comporter pour que ma rédaction me dépêche en Auvergne enquêter sur les bals des pompiers. D’Ambert à Issoire, de Riom à Thiers, le pompier auvergnat n’est pas ce que Dieu a posé de plus glamour sur la terre. On n’en fait pas des calendriers et si, par malheur, le feu vient à incendier la moindre grange, personne ne se précipite au dehors pour admirer le corps des sapeurs ardant à l’effort. C’est qu’en Auvergne les pompiers ne sont pas de solides et mâles gaillards, arborant leurs vingt ans et leurs muscles saillants. On les choisit bien vieux, un peu secs, le casque mal ajusté sur leur tête chenue. Si l’un d’entre eux tombe, il brûle comme le premier fétu venu et sa veuve se console à l’idée qu’elle ne se ruinera pas en coûteux enterrement.

Le pompier auvergnat ne présente qu’un seul intérêt : une fois l’an, il organise un bal. Un vieux chapiteau, une estrade improvisée et, par-dessus, une brigade toute entière de sapeurs qui essaient de tirer des sons d’instruments qui ne leur ont rien fait. Sur la piste, une population passablement avinée esquisse des pas de ce que l’on croit être une danse. Il ne faut pas tenter le rock quand on ne sait que la bourrée.

Je m’étais commencée à la Gentiane et je finissais ma deuxième bouteille de Saint-Pourçain, quand un grand escogriffe vint se planter devant moi. Son corps de squelette était couronné d’une tête assez ridicule. Un pantalon à pattes d’éléphant, une chemise à jabot surmonté d’un nœud papillon grotesque, une trop petite veste en tweed étaient censés l’habiller pour l’occasion. Le plus ahurissant est que cet être ridicule était doué de la parole et n’hésitait pas à le montrer.

– Bonchoir, Madame. Je chuis l’accordéonichte de la brigade des chapeurs-pompiers de Chanonat et che ne chèche (du verbe checher) de vous regarder depuis que vous êtes entrée. Puis-che m’acheoir à vos côtés ?
– Ah non, le chuintant ! Il ne s’assied pas à mes côtés. Ou alors il va me chercher une bouteille de Saint-Pourçain. Et fissa.

Il s’exécuta. Cinq minutes plus tard, il revenait, une bouteille de rouge à la main.

– Ch’ai remarqué votre petit acchent, me dit-il en remplissant mon verre. Vous n’êtes pas de Chanonat ?
– Non, non. Je suis allemande.

Il essuya une larme et me raconta, d’une voix émue, qu’il avait dix-sept ans quand les Allemands défilèrent sur les Champs-Elysées. Puis, il s’enfila un verre.

– C’est assez dommache qu’il ne cherve pas à mancher ichi. Vous chavez qu’avec le Chaint-Pourchain, il n’y a rien de mieux que les œufs brouillés. Aimez-vous les œufs brouillés ?

Il était bien gentil, le fou chuintant. Mais il commençait à me les brouiller, les œufs. Je fis alors ce que je fais en pareille occasion : je me réfugiai dans un éthylisme absolu, mais toujours digne. Quand il revint avec la huitième bouteille de Saint-Pourçain, je n’entendais même plus ce qu’il me disait. Le type me semblait avoir une fêlure au casque : il disait avoir été président de la République, bien aimer les grands Blacks et les diamants, rêver de faire le tour du monde en avion renifleur. Plus ça allait, plus il divaguait.

Le moment vint où il s’aventura à poser la main sur la mienne et à me regarder au fond des yeux. C’est précisément le moment que je choisis pour me lever, prétextant devoir me refaire une beauté. J’étais déjà dehors qu’il me rattrapa.

– Princhèche, princhèche ! hurlait-il. Puis-che vous appeler ma princhèche ?
– Vas-y, le bougnat, si ça te fait plaisir.
– Vous êtes ma princhèche ! Che vais le dire, le chanter à l’accordéon et peut-être même un jour l’écrirai-che.
– Oui, c’est ça, écris-le.

J’étais déjà loin que je l’entendais crier “Au revoir, Princhèche”, dans la brume d’Auvergne.

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  • 27 September 2009 à 15h33

    Thadee dit

    La plupart des grands de ce monde, une fois sur la touche, écrivent leurs mémoires, VGE a choisi de coucher sur le papier ses fantasmes.

    A défaut du talent (n’est pas Napoléon écrivant à Joséphine qui veut), ça a le mérite de l’originalité. Et cela réjouira les adaptes de la transparence, l’onanisme présidentiel était sans doute la dernière terra incognita…

  • 26 September 2009 à 11h11

    Camille dit

    C’est hilarant de la Baltique.

  • 25 September 2009 à 23h12

    Lady dit

    Mes amis préparez-vous au buzzzz! C’est inouï!

  • 25 September 2009 à 23h10

    Lady dit

    Branchez vous immédiatement sur la 2 , l’émission de FOG avec notre pompier auvergnat. je confirme, il chuinte sacrément:
    VGE: La Princesse Diana était très insatisfaite et très déçue…Elle avait besoin d’amour…” nous pouvons imaginer la suite en traduisant sa pensée: “…et j’étais là!”
    FOG: Elle vous a vraiment dit tout ça?
    VGE: oui, au téléphone, par des petits mots…”
    c’est à se tordre! Il est en train de parler d’aphrodisiaques…Je vous laisse!

  • 25 September 2009 à 20h36

    Orage dit

    Plus besoin de lire les inepties de l’Ex quand on a lu chat! Merci Trudi!

  • 25 September 2009 à 11h45

    ramon mercader dit

    le début de l’article ressemble à du vialatte , ça reste dans le ton question géographie
    pour le reste , on imagine trudi écrasant les présidentiels arpions pendant la bourrée de fin de balluche
    puis , chavirée par le mouvement circulaire de la valse finale (pas par le saint pourçain , qu’alliez vous croire ?) gerbant sans retenue sur le pantalon en velours côtelé de l’ex
    si quelqu’un peut se dévouer pour l’écrire…..

  • 25 September 2009 à 10h05

    Grandgil dit

    Ch’était ..pardon c’était vous Trudi !

  • 25 September 2009 à 9h38

    Sophie dit

    Il y a-t-il un seul président auquel les Français pardonnent de l’avoir élu?

  • 25 September 2009 à 9h24

    a2lbd dit

    Auguste vieillard qui au soir arpente las volcans d’auvergne, un soir tu trébuches et chutes dans les puy de Di. Illumination : ainsi né vulvania, parc d’attraction maintenant mondialement célèbre pour l’odeur de souffre exhalée.

  • 25 September 2009 à 9h04

    Alpin dit

    Et de rester dans les mémoires.

  • 25 September 2009 à 8h36

    Alpin dit

    @Trudi Kohl,

    Bravo Madame pour ce joli papier et ce titre qui lui, mérite de
    qualifier l’auvergnat présidentiel.

  • 25 September 2009 à 5h51

    Eureka dit

    Tru(di) culent comme d’hab. Ravie de vous lire comme toujours

  • 25 September 2009 à 1h38

    Robert Marchenoir dit

    C’est bien mieux écrit, beaucoup plus drôle et nettement moins cher (désolé…) que le roman de Monsieur l’Académicien, auquel nous devons le regroupement familial (qu’il soit maudit jusqu’à la centième génération).

  • 24 September 2009 à 22h04

    anne dit

    L’article est désopilant … les commentaires aussi.

  • 24 September 2009 à 20h14

    rackam dit

    Si on tire un film de son bouquin, Trudi aura Chin Pourchin sur les droits d’auteur.

  • 24 September 2009 à 19h27

    Zyva dit

    Ch’est déjà fini ?.. Dommache !

  • 24 September 2009 à 19h10

    Bérénice dit

    Vous êtes désobligeante envers les pompiers auvergnats : vous risquez le procès mais Brice vous arrangera ça! RIRE

  • 24 September 2009 à 19h04

    L’Ours dit

    Enfin! la génèse du roman! la vraie!
    Il voulait vivre à la kohl avec notre princesse, mais Willy n’est point partageur!

  • 24 September 2009 à 18h21

    Escamillo dit

    Hilarant! ! ! du pur bonheur. Merci Trudi Schreiben Sie mal nochmals