Verdun: j’irai sprinter sur vos tombes | Causeur

Verdun: j’irai sprinter sur vos tombes

La mémoire de nos grands-pères piétinée

Auteur

Philippe David
est journaliste et auteur de "Virons Dieu du débat politique !" (Ed. Fauves).

Publié le 30 mai 2016 / Histoire Politique Société

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En fait de commémoration du centenaire de Verdun, nous avons assisté à une odieuse kermesse. Faire sprinter des jeunes sur la terre où reposent nos ancêtres morts pour la France est un spectacle grotesque. Pour oublier cette mascarade, je me souviens de mes glorieux aïeux.
verdun hollande merkel zimet

Sipa. Numéro de reportage : 00758064_000016.

Il y a des jours où on ne regrette pas, pour cause d’impératif familial, d’avoir raté la retransmission télévisée de la cérémonie censée commémorer le centenaire de la bataille de Verdun. On serait même tenté, après en avoir vu le résumé, de parler de kermesse plutôt que de commémoration. En voyant une foultitude de personnes courir dans des tenues aux couleurs bigarrées au milieu des tombes, je n’ai pu m’empêcher de penser à trois de mes ancêtres.

Tout d’abord à mon grand-père paternel, Etienne David, qui arriva à Verdun avec ses camarades du 17ème Régiment d’Infanterie le 5 mars 1916. Il venait de fêter ses 21 ans et connut sur place les combats de Douaumont, les attaques au « Flammenwerfer », lance-flammes, qui terrorisaient nos soldats ou encore les combats pour prendre ou reprendre les décombres du village de Fleury. En trois jours, son régiment eut 125 tués et 360 blessés mais, vu sa vaillance pour briser les assauts allemands, fut cité à l’ordre de l’Armée.

Deux tiers du régiment morts

J’ai également pensé à mon grand-oncle, Pierre Lapeyre, qui arriva à Verdun avec son unité, le 14ème Régiment d’Infanterie, le 26 juin 1916. Le 27, son unité fut envoyée en renfort des troupes qui avaient repris les ruines du même village de Fleury sous une pluie d’obus de 150 et 210 millimètres. Ce jour-là, les deux tiers de l’effectif du régiment sont restés sur le terrain…

Lorsque le 9 juillet on les envoya défendre le fort de Souville, ce furent des obus de 380 et de 420mm qui leur tombèrent dessus mais ils tinrent bon au point de repousser du 11 au 13 juillet ce qui restera la dernière offensive allemande de la bataille.

Enfin, j’ai pensé à mon grand-père maternel qui avait combattu durant la Première guerre mondiale mais qui, trop jeune, n’était arrivé au front qu’en janvier 1918 et qui voulut voir Verdun. Ce fut fait en novembre 1985 et son émotion fut immense lorsqu’il retrouva son canon, le Schneider 155 millimètres, exposé dans le musée situé dans le mausolée. Au retour, il me raconta ce qu’il avait fait de pire dans sa vie : « le nettoyage de tranchées » qui était de rigueur lorsque ses obus tombaient dans les tranchées françaises et qu’on demandait aux hommes d’aller ramasser les corps de leurs camarades ou ce qu’il en restait.

Heureusement que le ridicule ne tue pas

Je revois mon grand-père les larmes aux yeux devant ces croix plantées face à l’ossuaire, devenues l’espace d’une kermesse une annexe de club de sport où on fait de l’exercice physique en musique.

J’espère simplement que la tombe de mon grand-oncle, qui tomba le 3 juin 1918 dans les combats de Longpont – Corcy – Blanzy, et qui repose à la Nécropole nationale de Vauxbuin tombe 432 D, ne verra jamais ce type de mascarade autour de sa sépulture.

Le ridicule ne tue pas, heureusement pour les organisateurs de cette odieuse caricature de commémoration mêlant jogging et musique alors que silence et respect s’imposaient. Je pense en particulier à Volker Schlondorff, le metteur en scène, et à Joseph Zimet, directeur général de la mission du centenaire de la Première guerre mondiale.

Quant à Angela Merkel et François Hollande, ils peuvent d’ores et déjà écrire un livre à quatre mains dont le titre est tout trouvé : J’irai sprinter sur vos tombes

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 5 Juin 2016 à 11h08

      Axiophilus dit

      Correction: comme au VII° siècle!

    • 5 Juin 2016 à 10h58

      Axiophilus dit

      suite et fin du texte ci dessus

      Cependant, ceux qui ne veulent pas de novation, qu’ils aillent vivre en Arabie Saoudite : là bas, on psalmodie les versets du coran comme au XVII° siècle, les mosquées sont construites par Bouygues et les décorations réalisées par des artisans français ou italiens.

    • 5 Juin 2016 à 10h56

      Axiophilus dit

      Volker Schlöndorff (à ne pas confondre avec le français Pierre Schoendoerffer) a conçu des films (le désarroi de l’élève Törless, le tambour, un amour de Swann, ce dernier film à cent coudées au dessus de l’insupportable mièvrerie de Nina Campaneez) d’une facture tout à fait estimable. La qualité de ses prises de vue acquise auprès d’Alain Resnais et de Jean-Pierre Melville, la justesse de ses montages, la profondeur du traitement des sujets, en font un des meilleurs cinéastes de son temps. Un style qui n’a rien à voir avec le style bâclé actuellement à la monde et représenté par les frères Dardenne et Abdellatif Kechiche (horrible et détestable « la graine et le mulet »).
      S’est-il fourvoyé dans sa scénographie de Verdun ? A-t-il manqué de jugement en envoyant des jeunes courir au milieu des tombes ? Les figurants ont-ils eu le temps de répété ? Ont-ils été suffisamment bien choisis ? Toujours est-il que sa composition a suscité plus de levées de bouclier que d’adhésions. Si des critiques se révèlent argumentées d’autres montrent une intolérance à la création, un conservatisme de mauvais aloi qui augure mal de l’avenir culturel en France. Je suis, pour ma part, hostile à l’art conceptuel. Jeff Koons et McCarthy sont à mes yeux des faiseurs et le « tree » de ce dernier n’avait rien à faire place Vendôme tout comme le « dirty corner » d’Anish Kapoor à Versailles. En revanche l’œuvre de Jean-Michel Othoniel y trouve toute sa place. Sans la liberté de créer une œuvre d’art, une scénographie, il n’y a pas de liberté pour la recherche scientifique. Rabelais conditionne Copernic. La polyphonie de l’école de Notre-Dame (Perrotin, Adam de la Halle, Machaut) est inséparable de la révolution architecturale gothique. Le problème aujourd’hui c’est le choix des politiques. Pourquoi privilégier des œuvres insanes au détriment de créateurs talentueux et profonds comme Arcabas, Alféra, François Peltier, Philippe Lejeune ?
      Cependant, ceux qui ne veulent pas de novation, qu’

    • 5 Juin 2016 à 9h32

      salaison dit

      comme quoi on peut être Schoendorf et être irrespectueux !

    • 5 Juin 2016 à 7h41

      Broquere dit

      “J’irai cracher sur vos tombes”,
      patience Boris Vian c’est pour la prochaine fois!
      J’ai honte…

    • 5 Juin 2016 à 7h02

      salaison dit

      c’est (sans doute) une nouvelle invention socialiste ?(faute de changer les règles du français, ils changent les évènements?)

    • 4 Juin 2016 à 13h57

      netrick dit

      Je viens de voir la cérémonie de la commémoration de la bataille du Jutland 
      entre les Marines Britannique et Allemande (31 mai 1916) sur l’île de Hoy.
      Grandes dignité et émotion. Rien à voir avec la mascarade ridicule de Verdun.
      Un de mes ancêtres servait sur le HMS Tiger au Jutland. Un autre était à..Verdun ! 

    • 3 Juin 2016 à 20h34

      Singe dit

      Vision très très étriquée de l’art contemporain, 1 ces jeunes du presque même âge que ces soldats qui courent, à perdre haleine comme ils ont certainement fait au combat. Les tombes nous font oublier qu’ils ont transpiré, de peur, d’effort. 2 la vie qui se poursuit, le temps qui passe et ne pas oublier que les militaires oeuvrent en grosse majorité pour le maintien de la paix. 3 le son, le bruit, assourdissants tels les détonations et les explosions. 4 la participation, la collaboration, le travail commun de ses enfants et artistes qui nous rappelle l’importance de l’oralité… Dans la vie, au combat, dans les moments de tendresse. Rappels simples

      • 4 Juin 2016 à 13h13

        vieuxchameau dit

        j’espère que l’ART-CONCON est de l’humour au 3ème degré…..Mais il est vrai que déjà Feu Mitterand avait fait organiser un défilé complètement délirant par un certain Goude qui sévit depuis à l’étranger…..
        D’un autre côté, nos poilus doivent avoir envie de sortir de leurs tombes pour découvrir ce qui leur a été interdit par la folie et l’esprit criminel de nos politicards Franco Allemands….
        Enfin étant donné que bientôt nos pays seront Islamisés, je suppose que tout ce terrain occupé par nos morts sera détruit pour laisser place à seulement des cimetières Musulmans…..
        Je peux aussi aller plus loin dans le délire……

        • 4 Juin 2016 à 16h18

          Georges dit

          Pour Goude c’était concon mais ce n’était pas sur des tombes
           

    • 3 Juin 2016 à 15h14

      Axiophilus dit

      A Swift47 à propos de son interrogation sur mon emploi du mot “dolorisme”
      Je précise ma pensée à propos de l’emploi du mot « dolorisme ». L’iconographie paléochrétienne comporte quasiment aucune représentation de Jésus crucifié. Du reste, le symbole chrétien fut longtemps un poisson (ictus) et non la croix. Les tympans de nos églises romanes représentent le plus souvent un Christ en majesté et les mosaïques byzantines un Christ Pandokrátor. Pour une raison de j’ignore (la grande peste de 1347 ?) les représentations réalistes et morbides d’un Jésus crucifiés apparaissent dès le XIV° siècle et surabondent ensuite. Le vendredi saint donne lieu dans la catholicité à des manifestations plus importantes encore que la fête de pâque au contraire des orthodoxes. Ces derniers d’ailleurs s’ils usent de la croix comme symbole s’abstiennent d’y représenter Jésus mort. Cette glorification de la mort de Jésus (au détriment de sa résurrection) donne des arguments à Bluma Finkelstein dans son livre « d’Isaac à Jésus ». « Le monde a fait un pas en arrière lorsque le christianisme naissant a fondé sa théologie sur ce crime qu’est la mise à mort de Jésus en en faisant son thème central » écrit-elle et de rajouter : « le sacrifice de Jésus, la glorification de sa mort, son utilité exceptionnelle vue comme la somme de la miséricorde divine, tout cela a remis en cause l’interdiction ancienne. La mort, soudain, est devenue une affaire payante. » Le dieu qui retient le bras d’Abraham serait-il celui qui sacrifie son propre fils ? Certaines cérémonies par le coté lugubre ne laissant aucune place à la vie qui continue me dérangent. Le recueillement n’interdit pas de retrouver sinon la joie au moins l’espérance.

    • 3 Juin 2016 à 11h09

      temoin40 dit

      Il faut un peu éviter les termes grossiers….et rester serein……Moi aussi j’ai pensé à mon grand père , moi aussi, j’ai ….
      J’ai surtout écouté toutes ces personnes âgées qui on été scotchées à la télévision et qui ont été ravies….
      De plus faire courir des jeunes n’a rien d’infamant et l’image rendue était saisissante … à voir de l’infamie partout, on rentre et on se mure dans la tombe! N’essayez pas de nous y entrainer !