Edouard de Castelnau, le sauveur oublié de Verdun | Causeur

Edouard de Castelnau, le sauveur oublié de Verdun

Au nom du père et de l’arrière-grand-père…

Auteur

Régis de Castelnau

Régis de Castelnau
est avocat.

Publié le 23 février 2016 / Culture

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Les célébrations du centenaire de la bataille de Verdun ont fait remonter à la surface, le nom d'Edouard de Castelnau. Régis de Castelnau, son arrière-petit-fils, a décidé de réhabiliter son aïeul, victime selon lui d'«injustices». Des injustices passées. Et très présentes...

(Photo : SIPA.51151201_000001)

Le centenaire du déclenchement de la bataille de Verdun a vu réapparaître un personnage peu connu de l’histoire de France. La plupart des historiens mobilisés pour l’occasion nous parlent d’Édouard de Curières de Castelnau, le sauveur oublié de Verdun. Chef d’état-major général des armées, sous les ordres hiérarchiques de Joffre maintenu généralissime, il mesure assez tôt en ce début d’année 1916 l’imminence d’une initiative allemande d’envergure destinée à faire pièce à la grande offensive franco-britannique prévue pour la fin du printemps, véritable secret de polichinelle. Passé en inspection en janvier sur le front de Verdun, Castelnau en est revenu inquiet. C’est la raison pour laquelle dès les premières informations reçues concernant le début de l’attaque allemande du 21 février au matin, il demande à Joffre l’autorisation de s’y rendre immédiatement. Le problème est que le généralissime dort et qu’il est interdit de le déranger… Castelnau insiste et reçoit, glissé sous la porte, un ordre lui donnant les pleins pouvoirs qu’il utilisera dès son arrivée sur place pour organiser la défense, donner l’ordre qu’elle se fasse sur la rive droite de la Meuse (alors en cours d’évacuation), et le 24 février, nommer Pétain commandant de ce front. Verdun est sauvé et Pétain entre dans l’Histoire.

Qui est ce Castelnau, aristocrate catholique, personnage essentiel du haut commandement de l’armée française pendant le premier conflit mondial, et par la suite homme politique influent ? Pourquoi celui dont quelques recherches, ou la lecture de biographies un peu confidentielles dévoilent la stature d’exception, est-il aujourd’hui oublié ? Il y a peut-être plusieurs raisons, mais, l’Histoire s’écrivant aussi par les témoignages, je vais essayer de montrer comment la République fut capable d’être injuste et mesquine, et aussi de façon surprenante rancunière.

Joffre, plus présentable politiquement

Gentilhomme rouergat né au médian du XIXe siècle, celui qui sera mon trisaïeul choisi le métier des armes, passe par Saint-Cyr, plongera dans la guerre franco-prussienne de 1870 et accomplira ensuite une carrière militaire brillante, et ce malgré son catholicisme fervent et affiché, et les opinions monarchiques qu’on lui prête.  Pourtant considéré par ses pairs comme le meilleur, c’est Joffre, plus présentable politiquement qui lui est préféré en 1912 pour prendre la tête de l’armée française. Commandant la deuxième armée au début de la guerre, il sauve Nancy complétant ainsi la victoire de la Marne.

Par la suite, Joffre ayant démontré les limites de ses capacités, il est envisagé de le remplacer. Castelnau est pressenti, mais la popularité de Joffre et les préventions de la gauche rendent les choses difficiles. Un compromis bizarre est trouvé : Joffre est nommé généralissime, Castelnau chef d’état-major général. À charge pour lui de marginaliser Joffre et de régler ainsi le problème. Peu porté sur ce genre de manœuvre, et handicapé par sa rectitude morale, Édouard de Castelnau restera parfaitement loyal au généralissime jusqu’à la fin. On peut le regretter, car il possédait deux qualités essentielles. Tout d’abord une capacité d’analyse géopolitique, lui permettant d’appréhender le caractère mondial et pas seulement européen de ce premier conflit. Ensuite, en ces temps de république méfiante depuis les affaires Boulanger et Dreyfus, il avait une très claire conception de l’articulation des responsabilités politiques et militaires. « Le champ de bataille c’est le monde entier et on ne veut pas le voir » dira-t-il à Millerand, ministre de la Guerre, avant d’ajouter devant son refus d’instaurer un commandement interallié : « C’est une dérobade pour vous soustraire à vos responsabilités, à votre tâche. Parfaitement, Monsieur le ministre, c’est comme ça. Le gouvernement a des devoirs, les militaires en ont d’autres, mais chacun les siens. Nous autres généraux nous remplissons nos fonctions qui consistent à diriger les opérations, mais le gouvernement n’assure pas son devoir qui est de conduire la guerre. »

 Vision traditionnelle mais tempérament visionnaire

Tout homme a ses mystères et ses contradictions, ceux de Castelnau s’articulent autour de la cohabitation d’une vision traditionnelle de la société avec un tempérament visionnaire, qui en faisait un des esprits aigus de son temps. Il le prouvera avant la première guerre mondiale en ne partageant pas la culture dépassée de l’offensive à outrance, de la « furia francese » si chère à ces militaires français toujours en retard d’une guerre. Il professera avant les autres, que le « feu tue ».

Celui qui a suivi la chute de Joffre en 1916 revient en 1918 pour prendre la tête de la deuxième armée, celle qui devait rentrer en Allemagne pour lui porter le coup de grâce. Il fut arrêté par l’armistice du 11 novembre qu’il a toujours considéré comme une erreur stratégique, la suite lui donnant malheureusement raison.

Clémenceau non seulement se méfiait de lui pour ses opinions religieuses, mais le poursuivait d’une haine comme seul le Tigre en était capable. C’est la raison pour laquelle il intrigua, appuyé par certains francs-maçons, pour que celui qu’il appelait le « capucin botté », alors qu’il le méritait plus que tout autre, n’obtint pas le bâton de Maréchal. Celui-ci étant par ailleurs généreusement distribué et pas toujours sur la base de mérites militaires incontestables. À cette occasion, la République fut mesquine et injuste, elle fut aussi ingrate à ses sacrifices.

« Messieurs continuons »

Père d’une nombreuse famille, Castelnau avait cinq fils mobilisés au début de l’affrontement. Le premier tué à l’ennemi fut Xavier le 20 août 1914, son frère Gérald le suivit dans la mort le 6 septembre suivant, Hughes enfin les rejoint, le 15 septembre 1915 en Champagne. Un quatrième fils, Michel, fut porté disparu en octobre 1914, et il fallut attendre de nombreux mois pour apprendre qu’il était prisonnier. Il existe une anecdote très connue où Castelnau, alors en pleine bataille des frontières, travaillant avec son état-major, apprit la mort de Xavier. Il se recueille quelques instants en silence avant de revenir vers les cartes et prononcer la fameuse phrase : « Messieurs continuons ». La suivante est familiale et concerne l’épouse d’Édouard. Après la mort de son fils Hugues, personne ne savait comment lui annoncer le nouveau malheur. L’affreuse corvée tomba sur le curé de la paroisse qui pensait le faire après la messe où elle se rendait. Lorsqu’elle s’approcha de la table de communion, elle vit le visage décomposé du prêtre et lorsqu’il fut devant elle, le regardant dans les yeux, Marie de Castelnau n’eut qu’un seul mot : « Lequel ? ».

Après la guerre, Édouard de Castelnau fit un peu de politique en étant député de l’Aveyron dans la chambre bleue horizon puis en créant la Fédération nationale catholique, étonnant mouvement confessionnel de masse, pour s’opposer aux mesures anticléricales envisagées par le cartel des gauches élu en 1924. Si ce mouvement se rattache à une forme de droite nationale catholique, s’il fut anticommuniste vigoureux, et soutint Franco défenseur de l’Église au moment de son coup d’Etat, Castelnau eu quant à lui des positions souvent originales.

Ainsi, il était critique du traité de Versailles qu’il voyait, comme Bainville, gros d’une volonté de revanche allemande. Autre exemple : après avoir approuvé la condamnation de l’Action française par le Pape, il s’opposa bec et ongles à Munich. S’attirant les quolibets de cette extrême droite pour qui la défaite de 40 fut une divine surprise. Lucien Rebatet le traitant dans Les Décombres de vénérable baderne stratège de 89 ans qui osait dire : « Après la Marne, il y a la Seine et après la Seine, il y a la Loire… et après la Loire le réduit de Massif central, tout l’arrière du pays avec les immenses ressources des empires français britanniques ». Cela ressemble trait pour trait à l’analyse faite par Charles de Gaulle pour s’opposer à la demande d’armistice en juin 40. La gauche n’était pas en reste, puisque que Léon Blum, célébrant le Maréchal républicain Pétain, disait : « Présentez une femme et la République à Pétain et Castelnau, Pétain viole la femme et sauve la République, Castelnau fait contraire ». On sait ce qu’il advint de Pétain et de son viol de la République le 10 juillet 40. Castelnau lui ne viola personne, mais s’opposa à l’armistice et à Pétain. Le cardinal Gerlier chef d’une église très favorable à « l’État français », lui avait envoyé un abbé pour demander à le rencontrer pour tenter de le rallier. Castelnau éconduit le messager avec cette phrase : « Gerlier veut me parler ? Je croyais qu’il avait usé sa langue à force de lécher le cul de Pétain ».

Privé de la joie de sa patrie libérée

Persuadé de la victoire anglo-saxonne dans la deuxième guerre mondiale, il approuva le départ de deux de ses petits-fils, dont mon père, et de deux de ses petits-neveux tous en âge de porter les armes, pour rejoindre les forces de la France combattante. Et pour faire bonne mesure, il entretint des rapports avec la Résistance en Haute-Garonne, cachant, à 93 ans des armes dans sa cave. Il mourut en mars 1944, se privant de la joie de sa patrie libérée, mais s’évitant le chagrin de ces trois nouveaux tués à l’ennemi. Son petit-fils orphelin qu’il avait élevé, Urbain de La Croix, en janvier 1945 au passage du Rhin, ses petits neveux, Jean en rentrant dans Strasbourg, et Noël de Mauroy dans les Vosges fin 1944. Mon père eu la chance de n’être que grièvement blessé.

Toutes ces histoires bercèrent mon enfance, j’en ai gardé le souvenir de la lourdeur d’un deuil jamais fini. Des séjours estivaux dans cette grande maison qui n’était qu’un sépulcre, j’ai retenu l’idée que les mots « devoir » et « sacrifice » avaient décidément un sens très concret. L’on m’y a appris l’amour de la Patrie et le respect de la République. En mettant d’ailleurs, à partir de ces exemples, la barre assez haut, ce qui ne fut pas toujours facile. J’ai partagé ce qu’Albin de La Simone décrit dans sa jolie chanson Les épaules où il craint qu’elles ne soient pas assez solides pour supporter :

« – le poids de mon nom ridicule,

   – de ce fantôme à particule,

  – qui avance quand je recule. »

Aussi, si je peux comprendre que les rivalités et les humeurs des hommes aient pu provoquer une injustice dans la période troublée de l’immédiat après-guerre, et fait subir à Castelnau ce qui fut une injustice, comment admettre que cette rancune le poursuive cent ans plus tard ?

De quoi s’agit-il ? Depuis de très nombreuses années, beaucoup de promotions des élèves officiers de Saint-Cyr ont souhaité porter le nom du grand capitaine, mon aïeul. Pour des raisons obscures ce fut systématiquement refusé par les états-majors et les ministères successifs, jusqu’en 2012 où Gérard Longuet ministre de la Défense signa l’arrêté. Quelques jours plus tard Jean-Yves Le Drian, arrivant dans les fourgons de François Hollande, lui succéda. Dès lors, son cabinet n’eut de cesse que d’essayer de faire rapporter la décision. Une petite campagne de presse fut lancée par le Canard enchaîné pour dénoncer l’horrible factieux représentant des heures les plus sombres. Bien que relayé par des sites gauchistes, ce fut insuffisant : l’arrêté était signé et exécutoire. Alors le ministère imposa un compromis boiteux, ridicule et assez déshonorant : la promotion s’appellerait « Castelnau père et fils » pour rendre hommage à deux saint-cyriens puisque Xavier le premier tué de 14 sortait comme son père de cette école. À cela s’ajoutèrent d’autres avanies, dont la plus minable fut d’interdire dans la Revue Défense nationale – au contraire de l’usage – toute recension d’une biographie d’Édouard de Castelnau parue ce moment-là.

Si pour la mesquinerie de Clémenceau il peut y avoir des explications à défaut d’excuses, pour celle du ministère de la Défense actuel, il n’y en a aucune. Alors Messieurs, de quoi avez-vous peur ?

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 29 Février 2016 à 9h07

      Vert Gallois dit

      Castelnau a en effet subi un sort injuste, et je ne pensais pas que cela l’avait poursuivi au point de lui«coûter» une promotion de Saint-Cyr. Mais il n’a pas été le seul au cours de cette guerre. Je pense en particulier à Lanrezac.
      Il n’est pas inutile non plus de parler de l’immense supériorité des Saint-Cyriens sur les polytechniciens en matière de conduite de la guerre.

    • 25 Février 2016 à 21h01

      saintex dit

      J’ai hésité à vous lire, mon Maréchal. Parce que je savais qu’après avoir lu je jetterai un œil au commentaires, comme je savais ce que je trouverais dans ces commentaires.
      Verdun 1916, Paris 2016, n’importe quel autre nom au bas de ce texte et tout le monde aurait mis chapeau bas. Bien sur les “spécialistes” auraient ajouter ceci ou retranché cela, mais les goguenards n’aurait pas été au rendez-vous. Quoique… ce nom étant déjà celui d’un intervenant régulier, c’était peut-être déjà fichu.
      Alors il fallait vous y coller, sachant que l’éloge génèrerait le dénigrement. Mais il est clair que vous n’aviez pas le choix. L’héritage est une médaille à revers. Comme Cécile Sorel, vous avez bien descendu l’escalier, et la différence est qu’il reste des marches pour de futurs Castelnau.
      Mes respects, mon Maréchal.
      ps : Je note toutefois une erreur. Un des esprits les plus aigus de son époque est bien celui de mon arrière grand-père à moi même tout seul. Ah le brave homme de Gourvat ! ))))

    • 25 Février 2016 à 20h15

      Surbranĉa Birdo dit

      Qu’on permette à un protestant, petit-fils de franc-maçon, de jouer un peu à l’avocat du diable. Je rappellerai donc que pour les Républicains (les vrais, pas ceux qui aujourd’hui se disent tels) le maréchalat était une survivance monarchique que l’on n’avait pas l’intention de recréer ; on sait qu’on l’a pourtant retiré des oubliettes en 1916 pour camoufler la disgrâce de Joffre. La porte étant ouverte il a bien fallu admettre aussi Foch et Pétain qui tous les deux avaient été commandants en chef ; mais à ce que je crois, on comptait en rester là. C’est en 1921 l’émotion qui avait accompagné la mort du général Maunoury, grand blessé de guerre, qui amena à le faire maréchal à titre posthume et on l’accompagna de Gallieni, un des vainqueurs de la Marne mort en 1916. Pour honorer aussi des vivants on choisit Lyautey, Franchet d’Espèrey et Fayolle. Tous trois, me semble-t-il, sont catholiques, même si les mœurs de Lyautey sont quelque peu hétérodoxes. La chambre étant à l’époque bleu horizon et fort à droite, il est donc douteux que les convictions religieuses de Castelnau aient provoqué alors son éviction ; simplement on ne voulait pas galvauder la distinction et on a limité le nombre des promus, ce qui suppose un certain nombre de pile ou face. Mon père, militaire, me parlait de l’injustice qu’on avait commise envers Guillaumat qui avait magistralement préparé l’offensive des Balkans ; rappelé à Paris pour assurer la défense de la ville lors de la dernière offensive allemande, il a laissé à Franchet d’Espèrey la gloire de la victoire. J’ai toute l’estime imaginable pour le général Castelnau mais je pense qu’il a été victime d’une sorte de tirage au sort plus que de la vengeance des méchants francs-maçons et des méchants protestants.

      • 25 Février 2016 à 20h32

        Parseval dit

        « Je rappellerai donc que pour les Républicains le maréchalat était une survivance monarchique que l’on n’avait pas l’intention de recréer ; on sait qu’on l’a pourtant retiré des oubliettes en 1916 pour camoufler la disgrâce de Joffre. »
        Très intéressant rappel — qui est pour moi une découverte. À mon tour de rappeler que la troisième république songea à pire : créer Joffre duc de la Marne ! Le maréchalat a manifestement semblé plus acceptable…

      • 25 Février 2016 à 22h55

        radagast dit

        Ce sont sans doute les mêmes Républicains , qui par vindicte et petitesse d’esprit ont bradé les joyaux de la couronne , certes pillés sous la révolution, mais magnifiquement reconstitués sous Napoléon 1er , et ce alors qu’il n’y avait aucune nécessité financière.
        Seules quelques pièces dont le Régent et le grand saphir bleu de Louis XIV échappèrent à ce désastre .
        Ce qui n’empêcha pas la République de se voir dérober l’épée du sacre de Charles X dont la garde était enrichie de diamants historiques (dont quelques Mazarins il me semble), sans doute satisfait elle aujourd’hui la concupiscence de quelque magnat du pétrole ou de la drogue.
        C’est la même mesquinerie qui s’est étalée dernièrement à propos des deux Rembrandt de la collection Rothschild…
        Les gens qui tel le général de Castelnau ont loyalement servi la République sans forcément en avoir la dévotion lui ont me semble t’il rendu un bien plus bel hommage que ses thuriféraires officiels.

        • 26 Février 2016 à 11h09

          Surbranĉa Birdo dit

          J’avais rappelé que la chambre des députés penchant à l’époque vers la droite (c’est elle qui a rétabli les relations diplomatiques avec le Vatican), il est fort douteux que les convictions religieuses de Castelnau aient provoqué alors son éviction pour le maréchalat. Incapable de me répondre sur ce point précis, @radagast me prend à partie pour le vol des joyaux de la couronne, qui n’a rien à voir dans l’affaire et dans lequel je l’assure n’avoir pris aucune part ; il me fait penser à l’oncle Jules qui, dans La Gloire de mon Père, sommait Joseph Pagnol de lui rendre le « milliard des congrégations ».

          Ajoutons que, par rapport à ses concurrents plus heureux pour la dignité qu’on lui a refusée, Castelnau était le seul en 1921 à être député, ce qui marquait une implication peut-être un peu trop grande dans la politique et l’avait empêché de prendre la hauteur nécessaire. Cela peut être une explication.

        • 26 Février 2016 à 19h06

          radagast dit

          Vous avez écrit “les Républicains , les vrais” ,c’est cela seul qui a provoqué ma réaction , car vos Républicains , ceux qui ont bradé les joyaux , ceux qui ont éventuellement barré la carrière du général de Castelnau ou d’autres , ceux qui ont fait fleurir les affaires Stavisky ou du canal de Panama ne suscitent pas chez moi la même admiration que semble t’il chez vous , à moins que je ne me sois trompé…
          Je préfère les gens qui ont le sens du service de l’Etat à “vos” Républicains , oui c’est vrai!
          Pour le reste je ne conteste aucunement “le point précis” de vos “précisions” sur l’état de la chambre des députés de l’époque .
          Je souligne simplement que les “Républicains” de l’époque me semblent très capable d’une telle noirceur.

        • 27 Février 2016 à 10h07

          Surbranĉa Birdo dit

          En écrivant « les Républicains (les vrais, pas ceux qui aujourd’hui se disent tels) », je pensais évidemment à ce parti nommé naguère UMP qui, en changeant de nom (tout en gardant les mêmes têtes à claques), a cru faire oublier son passé et son passif. Libre à vous d’être pour la monarchie ; il serait difficile de l’être à un protestant qui n’a toujours pas digéré la révocation de l’Édit de Nantes, les Dragonnades et l’exil de milliers de personnes qui ne voulaient pas renier leur foi et ont malgré eux grandement contribué aux succès des puissances étrangères (combien de gens savent qu’en 1700 le tiers de la population de Berlin était d’origine française et ces gens-là représentaient l’élite ? »

        • 29 Février 2016 à 9h28

          radagast dit

          Surbranca Birdo
          (comment diable faites vous tenir un circonflexe sur le c de votre clavier???)

          C’est bien ce que j’avais cru comprendre et vous êtes tout à fait légitime à penser ainsi.
          Je suis sans doute monarchiste de tempérament , le “sans doute” est de trop …probablement…mais pas “d’active” .
          Cela dit je n’ai effectivement pas la religion de la République i.e. je ne crois pas qu’elle soit par essence et prédestination forcément meilleure que les autres formes de gouvernement , tout dépend de qui gouverne !
          Par République j’entends la conception étroite qu’on lui donne en France depuis la révolution car bien des monarchies ou régimes apparentés de jadis se considéraient comme des Républiques.
          C’est par exemple ce que nous dit Lucien Jerphagnon.

      • 26 Février 2016 à 13h00

        thd o dit

        Quoique l’Assemblée nationale ait été de droite entre 1919 et 1924, le président de la République (Millerand) était franc-maçon. Le Sénat était dominé par les radicaux, et présidé par le franc-maçon Bourgeois.

        Et c’est bien le président de la République qui nommait aux emplois publics, même sous la Troisième :

        http://www.histoire-image.org/site/etude_comp/etude_comp_detail.php?i=900

        Il est donc plausible que Castelnau ait effectivement été pénalisé.

        Par ailleurs :

        “Mais en 1940, dans l’armée, et même hors de l’armée, comment ne se serait-on pas souvenu qu’en 1914, sur les 19 officiers supérieurs promus, par Joffre, après les désastres militaires et les effondrements psychologiques des premiers mois de guerre, 14 avaient été systématiquement retardés dans leur avancement à la suite de ‘mauvaises notes’ données par le Grand Orient.
        Lorsqu’il était commandant au 104e de ligne, Pétain avait été fiché en ces termes par le capitaine d’habillement Pasquier, grand fournisseur ‘d’informations’ : ‘passé à l’Ecole de guerre. Inconnu, mais des renseignements nouveaux et sérieux le donnent comme professant des idées nationalistes et cléricales.’
        Pétain ne devait pas oublier.” (Amouroux, les racines des passions)

        • 27 Février 2016 à 7h47

          Surbranĉa Birdo dit

          Vous renvoyez, @thd o à un site sur lequel je lis : « Honneur exceptionnel, ce titre [de maréchal de France] ne pouvait être délivré à un commandant en chef d’une armée, qui s’était rendu victorieux sur le sol national ou non, que par l’intermédiaire d’une loi votée par le Parlement. » Ce sont donc les députés qui ont décidé, le sénat n’étant pas consulté sur ce point. Par ailleurs le franc-maçon Millerand, alors président de la république, était fort patriote puisqu’il a démis de ses fonctions Briand (celui-ci n’était pas franc-maçon) qui s’imaginait qu’à force de tout céder à l’adversaire on finirait par l’amadouer et qui devait signer de ce fait le catastrophique accord de Locarno. On sait qu’après sa victoire de 1924 le Cartel a exigé précisément la démission de Millerand qui aurait empêché cette politique de Gribouille. Je n’imagine donc pas qu’il se serait opposé à la nomination de Castelnau. Pas plus que le franc-maçon Joffre dont Castelnau a suivi provisoirement la disgrâce.

    • 25 Février 2016 à 11h01

      RED (From Tex) dit

      Bel article…

    • 25 Février 2016 à 8h54

      radagast dit

      “Castelnau Père et Fils ” !!! comme c’est petit , ridicule , dérisoire !
      Et c’est ce Le Drian que l’on veut nous vendre comme un grand stratège ?
      Pour le reste Maître de Castelnau fait un bel effort en rendant ce très bel hommage à un arrière grand père dont les convictions politiques étaient tout de même assez incompatibles avec les siennes .
      Hommage enrichi d’anecdotes que seule sa famille aura su préserver.
      Le parallèle avec Pétain est très éclairant sur le peu de relief de ce dernier qui commence à apparaître , que pour ne pas rendre hommage à un Castelnau jugé déjà politiquement incorrect , on ait fabriqué un héros de Verdun n’est au fond pas surprenant .
      Le parallèle avec un autre Général l’est aussi !

      “Castelnau s’articulent autour de la cohabitation d’une vision traditionnelle de la société avec un tempérament visionnaire”

      Comment ne pas l’estimer ?, l’admirer ?
      Hélas la race en semble éteinte et on ne peut que le déplorer.

      • 25 Février 2016 à 9h25

        C. Canse dit

        À radagast 

        Oui, minable et mesquin ce “Castelnau Père et Fils” qui vous a un air de petite entreprise familiale “Castelnau & Co”.

        Un hommage groupé qui ignore les qualités individuelles.
        La France a vu fleurir dans chaque village des monuments aux morts, elle aurait pu se borner à un seul, national et éternel, 
        “La France, à tous ses morts de toutes les guerres.”
        Emballez, c’est pesé et circulez !

        • 25 Février 2016 à 9h30

          C. Canse dit

          Avec une telle mentalité, plus besoin de cimetières, une plaque quelque part au milieu de nulle part :
          “Les morts.”

          Avec le temps, il n’y aurait plus rien et les morts seraient oubliés immédiatement, et quoi, c’est pas morbide de se souvenir ?
          Plus d’histoire, plus d’Histoire, ça sert à rien et ça coûte des sous ! 

    • 25 Février 2016 à 8h13

      abilliard dit

      Quelle belle figure patriotique que ce grand chef de guerre !

      Une figure qui devrait être citée en exemple, parmi d’autres, dans la commémoration du centenaire, mais les politiques qui nous dirigent sont pour la plupart décervelés et incultes …

    • 25 Février 2016 à 2h28

      Cardinal dit

      “Alors Messieurs, de quoi avez-vous peur ?”
      Ils ont peur des vrais français bien sûr!
      Peur de ceux qui comme vous ont retenu l’idée que les mots « devoir » et « sacrifice » avaient décidément un sens très concret. On vous a appris l’amour de la Patrie et le respect de la République dites vous. Nous sommes encore beaucoup à vivre aussi de ces idéaux que nos frères ainés en 40-45 et nos pères et oncles, en 14-18, simples soldats et sous officiers, tous estropiés lors de la “grande” guerre nous ont inculqué.
      Ce pays est à nous, à nous de le conserver pour les générations futures.
      L’afflux de jeunes volontaires après Charlie et le Bataclan pour s’engager dans la Police, la Gendarmerie, l’Armée, la Marine et l’Aviation en une période dangereuse où l’on risque sa vie dans ces métiers est un signe que tout n’est pas perdu et que le message de vos ancêtres ne s’est pas égaré dans le blablabla des bavards mais reste ancré dans l’ADN des jeunes citoyens.
      Comme nos anciens ce ne sont pas les titres et décorations que nous cherchons, c’est la continuité de Notre France, pas sa mutation en un pot pourri d’ethnies. 
      La gauche française implose, Cohn-Bendit et Bové sont enfin usés et un tantibet alzheimeurisés , les Verts s’effeuillent l’hiver venu et Mélenchon se révolte contre tout, l’espoir revient de retrouver la vieille France occultée par les bavardages des philosophes, sociologies, ethnologues, recenseurs, politologues, commentateurs, psychologues, rappeurs, chanteurs, acteurs et auteurs dits engagés, grands reporters, économistes, tous ces défaitistes, petits enfants de ceux de 1940, qui pavanent au cours des “talkshows” en nous prédisant un monde futur dantesque.
      Trop de télévision sans aucune vision, voilà ce dont il faut enfin nous libérer.  

    • 24 Février 2016 à 23h58

      Muys dit

      @ Régis de Castelnau

      Je n’avais pas fait le rapprochement entre vous et le général de Castelnau, l’un des plus brillants généraux de la 1ère guerre mondiale, si ce n’est le plus brillant, et en tout cas celui avec lequel la république a été la plus injuste en lui refusant le baton de maréchal.

      Il est juste de rappeler l’action décisive du général de Castelnau au début de la bataille de Verdun.
      Mais c’est surtout son action à l’est de la France, au tout début du conflit, qui a joué un rôle majeur en évitant aux armées françaises d’être prises en tenaille par les armées allemandes.
      Car l’histoire, telle qu’elle a été (ré)écrite par la 3e république, n’a retenu du “plan Schlieffen” que l’attaque par le nord via la Belgique et la retraite en bon ordre des armées françaises jusqu’à la contre-attaque de la Marne. Très bien.

      A la vérité, le plan Schlieffen dans sa version revue et corrigée par Molkte, prévoyait une offensive au niveau de Nancy qui, si elle avait réussi, aurait empêché la contre-attaque de la Marne. Et aurait probablement scellé en quelques semaines le sort de la France, comme ce sera le cas 26 ans plus tard.

      Cette attaque allemande, c’est le général de Castelnau qui l’a arrêtée. A cette occasion, on lui doit ce fameux mot d’ordre : “en avant, partout, à fond”.

      L’injustice faite au général de Castelnau par la république a rejailli aussi bien sur ces batailles (Morhange, Grand-Couronne, Trouée de Charme…), dont on ne parle jamais, et sur les hommes qui les ont livrées et y ont laissé la vie.

      Car on ignore que ces combats des premières heures ont aussi été les plus meurtriers : les pertes françaises de la mi-aout à la première semaine de septembre s’élèvent à 200 000 morts, 10 000 morts PAR JOUR (contre 160 000 morts en 11 mois à Verdun).

      Le général de Castelnau y a perdu deux de ses fils. J’y ai perdu un arrière grand père et un arrière grand oncle, respectivement capitaine et lieutenant dans la 2e armée qu’il commandait…

    • 24 Février 2016 à 23h44

      jacques1234567890 dit

      Mais de vous cher monsieur ils ont peur de vous.

      De toute façon même si je ne partage pas toujours votre point de vue vous m’apparaissez faire honneur à vos aïeux.

    • 24 Février 2016 à 17h23

      pekpat dit

      Bravo de la part d’un laïcard soucieux de ne pas être aveuglé par l’idéologie. De Castenau fut un grand chef militaire qui n’a pas trahi son pays. Pour le reste, ses engagements politiques me sont étrangers, mais je ne vois rien de déshonorant dans ses prises de position.

    • 24 Février 2016 à 16h58

      Alpin dit

      @Régis de Castelnau,

      Profondément…merci pour ce beau portrait de votre ancêtre qui en plus d’être un effort de justice envers les morts est une pierre sur le chemin de la vérité et d’une meilleure connaissance de la guerre 14-18,et honneur à lui et ses enfants qui ont défendu la nation et …la république aussi.

      Honneur et Patrie.

    • 24 Février 2016 à 14h55

      Surbranĉa Birdo dit

      Castelnau n’a pas été, hélas, le seul a être victime du crime de clairvoyance. En 1911 le général Michel était vice-président du Conseil supérieur de la guerre, c’est-à-dire qu’il aurait été généralissime en cas de conflit. Ayant compris que les Allemands avaient décidé de passer par la Belgique (bien qu’ils eussent garanti sa neutralité), il voulut réorganiser la défense des frontières en conséquence ; immédiatement le ministre Messimy le démit de ses fonctions et le remplaça par Joffre qui ne croyait pas à la violation de la neutralité belge. Nommé gouverneur militaire de Paris, il fut remplacé sur l’ordre de Joffre dès le 26 aout et ne reçut plus aucun commandement pendant tout le reste de la guerre.

      • 24 Février 2016 à 15h31

        netrick dit

        Le plan Schlieffen était connu dès 1905 par suite de la trahison d’un membre
        du haut Etat-Major Allemand, et des missions d’espionnage du capitaine Lux.
        Le général Brugère était alors le chef des armées Françaises, mais devait prendre sa retraite. Il croyait à la réalité du renseignement alors que
        d’autres pensaient que c’était de la désinformation. En 1914, Moltke lui-même
        a hésité a appliquer le plan Schlieffen. Je crois que Brugère aurait favorisé Castelnau pour lui succéder au lieu de Joffre. Depuis les lois laiques de 1905, le ministre de la Guerre, le général Andrè, un anti-clérical fanatique, discriminait systématiquement les officiers catholiques. Mon grand-père,
        Andrè Guèrin, polytechnicien et officier d’artillerie, et un des virtuoses
        du 75, a eu comme première appréciation sur son livret de service : “Va à la
        messe !!!” Il a donc quitté l’armée en 1906 pour entrer dans l’industrie.
        Mais il est revenu en 1914 pour poivrer les Boches sur la Marne et arrêter finalement les Bavarois sur l’Yser le 24 octobre. Sa 43° batterie de 75 a tiré 1280 coups en …22 minutes, dépassant la cadence de tir théorique des pièces. Son nom est en haut de la colonne du monument commémorant les batailles des trois cités: Niewpoort, Ypeer, Dixmuideen.