«Libérer le Venezuela de la dictature» | Causeur

«Libérer le Venezuela de la dictature»

Reportage à Paris au coeur d’une manif anti-chaviste

Auteur

Alexis Brunet
Professeur de français langue étrangère.

Publié le 14 juin 2017 / Monde

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Ils ne sont guère nombreux mais ils ont le sourire. Le 20 mai, alors que 200 000 personnes ont manifesté au Venezuela contre le gouvernement de Nicolás Maduro, des Vénézuéliens expatriés se sont réunis Place de la République à Paris pour soutenir les « victimes de la dictature ».
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Manifestation anti-chaviste du 20 mai à Paris. Alejandro Izquierdo.

Des drapeaux vénézuéliens. Des pancartes dressant la liste des manifestants tués au paradis bolivarien rien que pour le mois d’avril, ou rappelant que depuis 2001, près de 280 000 personnes ont trouvé la mort lors d’affrontements avec le gouvernement. Des musiciens, comme le violoniste vénézuélien Alexis Cardenas. Ils sont quelques centaines à s’être réunis, le 20 mai, à l’appel de l’association « Pour le dialogue Venezuela-France ».

Un pays en état de guerre

Ingénieure en chimie, Sauyith est arrivée il y a neuf ans en France. Cette charmante jeune femme  - qui dissimule son visage sous une casquette aux couleurs jaune, bleu et rouge du drapeau du Venezuela et des lunettes noires – n’a pu travailler dans le pétrole pour avoir signé une pétition réclamant la révocation de Chavez en 2002. A l’instar de tous ses compatriotes ayant signé cette pétition, elle a été placée dans la « liste de Tascón ». Cette liste noire a interdit à tous ses signataires de travailler pour PDVSA, principale entreprise pétrolière de l’Etat, ou de toucher quelconque aide du gouvernement. Trois millions de personnes, pas moins, rayées de la société.

Médicaments et nourriture introuvables, classes moyennes se ravitaillant dans les poubelles, réseau énergétique en état de décrépitude, le tableau que dresse Sauyith du paradis bolivarien est chaotique. Les Vénézuéliens ont perdu en moyenne neuf kilos l’année dernière. Et peuvent maintenant mourir dans n’importe quel hôpital en raison du manque de médicaments. Pour une simple infection du doigt, m’affirme-t-elle. Avant d’ajouter que le prétexte de la chute du prix du baril de pétrole est un argument fallacieux : « Quand le prix du baril de pétrole était de 100 dollars sous Chavez, jamais autant d’argent n’est entré au Venezuela qu’à cette époque. Qu’a fait Chavez ? Il  n’a investi dans rien, il a tout volé tout l’argent pour le donner à sa famille. Et les HSBC de Suisse sont pleines de cette argent », souligne-t-elle.

>> A lire aussi: Vénézuela, le pays dont on ne sait rien mais dont les idéologues parlent beaucoup

Le pays aux plus grandes ressources pétrolières du monde achète maintenant de l’essence aux Etats-Unis, apprendrai-je… Mais alors pourquoi Chavez a-t-il eu une si bonne image en France ? « Parce que tous les médias vénézuéliens sont contrôlés par l’Etat qui fabrique l’image du pays à exporter. Certes, le Venezuela n’a jamais été un paradis avant Chavez, concède-t-elle. Mais à cause de Chavez, qui a exproprié de nombreuses entreprises qui fonctionnaient bien, le pays ne produit ne plus rien. Il est dans un état économique désastreux et en état de guerre, ce que nous n’avons jamais connu dans notre histoire ».

Mélenchon apostrophé…

Claudio, constructeur informatique de Caracas, vit en France depuis des années. Ce cinquantenaire à l’air sage et intellectuel voulait venir manifester avec une pancarte « Monsieur Mélenchon, un démocrate ne cautionne pas le régime dictatorial de Nicolas Maduro ». Finalement, il ne l’a pas fait. Par manque de temps prétend-t-il. Pourtant, Claudio est de gauche, et a voté Chavez lorsque celui-ci s’est présenté pour la première fois en 1998. « Car à la base, le chavisme est une belle idée, qui pensait aux gens qui n’ont jamais rien eu », confie-t-il. Il a vite déchanté : « Chavez a versé dès le début dans un discours de haine pour diviser le peule, le polariser entre les gens pauvres et les gens des classes moyennes. Il y a toujours eu trop d’inégalités sociales au Venezuela, mais Chavez a créé volontairement un abîme entre les pauvres et le reste de la population. Maintenant c’est tout le peuple qui manifeste pacifiquement, assure-t-il. Non seulement à Caracas ou dans les villes, mais aussi dans les villages. Ces manifestations sont systématiquement réprimées, par la police ou l’armée, mais surtout par les milices paramilitaires créées du temps de Chavez. Ce sont eux qui tuent le plus de personnes ». Il ne comprend définitivement pas « quel est l’intérêt de Mélenchon à défendre le régime dictatorial de Maduro ». Et ajoute que « de nombreuses personnes de gauche au Venezuela, y compris des communistes, sont opposées au chavisme ». On pourra lui rétorquer que notre Mélenchon national fait lui aussi l’objet de critiques de la part des communistes…

Il y a un véritable  « amour de la gauche pour le gouvernement vénézuélien », tient à exprimer Andreia, une jeune brunette étudiante en physique, qui n’a elle jamais voté pour Chavez. « C’est quasiment du romantisme, ajoute-t-elle. L’amour rend aveugle. Et beaucoup de gens sont aveugles. L’Etat vénézuélien a déposé de l’argent dans toutes les banques du monde, même à Monaco. Et c’est de l’argent qui vient uniquement de la corruption. Il faut absolument enquêter là-dessus. Sous Carlos Andrés Perez, le prédécesseur de Chavez, il y avait aussi de la corruption, mais ça n’a jamais atteint ce point-là ». Pour elle aussi, l’argument de la baisse des cours du pétrole est utilisé à tort par les médias français et ne tient pas la route : « les causes de ce désastre, ce sont  la corruption endémique et le pourrissement du gouvernement par le narcotrafic ».

« Le peuple uni ne sera jamais vaincu! »

Un constat sans appel de l’échec du chavisme. Mais l’opposition est-elle réellement capable de redresser le pays ? « S’ils étaient inexpérimentés il y a quelques années, je pense qu’ils ont appris beaucoup de leurs erreurs et qu’ils veulent vraiment lutter pour le pays, soutient Sauyith avec un talent de communicante politique. Le problème est que s’ils sont majoritaires à l’Assemblée, ils ne peuvent rien faire à cause de Maduro. Cette opposition est tout ce qu’il y de plus démocratique. La MUD (Mesa de la Unidad Democrática) est un parti crée cette année, par de jeunes personnes venant à la fois de la gauche et de la droite. Ils sont pleins de bonne volonté ». A mesure qu’elle me déroule ce tableau, je ne peux m’empêcher, bien que le  contexte n’ait strictement rien à voir,  de penser à En Marche!…  « Le prisonnier politique Leopoldo Lopez (opposant politique incarcéré depuis trois ans) est un politicien que j’apprécie particulièrement, dit pour sa part Claudio. Et l’argument de la manipulation des manifestants par  des forces d’extrême droite est totalement stupide. Regardez les manifestants ici. Vous paraissent-ils d’extrême droite » ? Il voit juste. En regardant autour de moi, je n’ai pas l’impression d’être dans un meeting fasciste… «Et au Venezuela, ce ne sont pas les riches qui manifestent mais toutes les classes sociales, à commencer par celles des quartiers populaires et défavorisés », ajoute-t-il tandis que les expatriés entonnent avec passion Gloire au Peuple brave, l’hymne national vénézuélien.

Andreia, elle, en pince visiblement pour Henrique Capriles : « un jeune homme simple qui a de bonnes idées, et qui en plus est sportif. Je l’ai aperçu faire son jogging dans un quartier de classe moyenne à Caracas. Il courait seul sans aucun garde du corps, dit-elle toute émoustillée. Et il a été un excellent maire de la ville de Baruta ». Même son de cloche chez Rafael, un jeune et solide gaillard drapé d’un drapeau vénézuélien, qui estime même que « c’est une force que l’opposition soit un peu divisée, car ainsi le gouvernement ne peut pas s’en prendre à une seule personne à la fois, comme ils ont fait avec Leopoldo Lopez en le mettant en prison ».

Tandis que des manifestants s’allongent comme des morts au sol en hommage aux victimes de la répression chaviste, Elisabeth, étudiante arrivée en France il y a dix ans de Puerto Ordaz, ville sidérurgique du paradis bolivarien, évoque « une situation dramatique », et ajoute avec éloquence que « le gouvernement empêche l’aide humanitaire, les médicaments notamment, d’accéder à la population. Contrairement à ce que dit Nicolas Maduro, de l’argent il y en a. Ce que demande le peuple, c’est simplement la liberté, s’enflamme-t-elle. Et le monde entier doit savoir que la solution viendra du peuple qui est soutenu par l’opposition. Le pape a dit que l’opposition et le peuple n’étaient pas unis. Ceci est faux. Nous sommes tous unis pour la même cause : libérer le Venezuela de la dictature ».

Programme fort honorable, en effet. Vers six heures, les troupes se dispersent. Un peu plus tard dans le 13ème arrondissement de Paris, une kermesse mélenchoniste pour faire connaître Leïla Chaibi, candidate aux Législatives, se fait entendre. Quelques militants entonnent « El pueblo unido jamás será vencido » (Le peuple uni ne sera jamais vaincu), chant révolutionnaire chilien des années 1970. Des applaudissements s’ensuivent. Triste ironie de l’Histoire : de l’autre côté de l’Atlantique, un peu au nord du Chili, des gens meurent tous les jours. Non plus sous les balles du général Pinochet, mais sous celles d’un dictateur d’extrême gauche.

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    • 18 Juin 2017 à 13h11

      Saul dit

      Dommage, trop d’outrances mensongères qui discréditent cet article, ainsi ces “280 000 morts” ou ces “médias vénézuéliens (…) contrôlés par l’Etat qui fabrique l’image du pays à exporter“.
      Ce qui est ballot, c’est que la grande majorité des médias dans ce pays sont privés et largement anti-chavistes. Ils appelaient régulièrement d’ailleurs au renversement et meurtre de Chavez… Rarement vu une “dictature” laissant des medias d’opposition appeler librement au coup d’état dans un pays…

    • 16 Juin 2017 à 16h48

      panamericano dit

      J’en ai des dificultés pour ecrire tres bien en francès, et pour cet cause je le ferai en espagnol. Para ustedes en Francia, es difícil conocer y entender los problemas en Venezuela o cualquier otro país de l’Amerique Latina. Cuando se trata de luchas contra los dictadores o regímenes de izquierda, las gentes de Francia se avocan a discutir y manifestar contra esas dictaduras a causa de exteriorizar ese espíritu contra el opresor, pero cuando se trata de regímenes de izquierda, los franceses consideran que aún persiste el malentendido mundo feliz de la revolución bolchevique, que dictadura de la gauche es lo mismo que dictadura buena. Pero, ustedes no han vivido las dictaduras, ustedes no conocen el régimen cubano sino a través de las comiquitas y de la propaganda oficial. Ustedes no saben que significa estar en manos de asesinos, milicias, sicarios de los grupos llamados de izquierda. No se trata de socialismo se trata de un fascismo, de odio hacia quienes creen en las oportunidades de poder disfrutar del trabajo, es más fácil robar y vivir del Estado que trabajar para poder disfrutar digna y humildemente de la vida. No somos ricos, ni millonarios, tan sólo somos un pueblo que lucha por sobrevivir en medio de quienes usurpan y roban a través del Estado.

    • 15 Juin 2017 à 15h53

      L.Leuwen dit

      Pourquoi en rajouter jusqu’à l’absurde ? 280 000 morts dans des affrontements au Venezuela en 16 ans, c’est impossible. La cause anti Maduro est sympathique, inutile de truffer l’article d’approximations.

      • 16 Juin 2017 à 16h54

        panamericano dit

        Son 280.000 muertos a causa de la violencia, el sicariato, el hampa común, los grupos de exterminio del gobierno, el narcotráfico y las fuerzas armadas venezolanas. Ha sido un politicidio y un asesinato de la población civil. El comandante Chávez dijo que “robar no es delito, es la necesidad del pueblo, así que asalten lo que puedan”.

        • 18 Juin 2017 à 12h37

          Schlemihl dit

          Je me méfie des chiffres , mais les antécédents montrent que les régimes révolutionnaires , fascistes ou communistes ( la distinction n’ est pas toujours évidente ) , n’y vont pas con el dejero de la cuijera  y massacran en el grande facion .

          Muerte y sangre Viva el grandioso Jefe Maduro hijo de la revolución et que crevan todos los hombres y mujeres et muchachos por el buen del Pueblo y socialismo !
          Cuando sera un Madurillo en la Francia ?  

    • 15 Juin 2017 à 15h27

      rolberg dit

      Oui, la situation au Vénézuela est abominable. Mais on ne m’enlève pas de l’idée que les États-Unis y sont pour un gros quelque chose. Ils ont miné la démocratie et Chavez s’est durci. Propension naturelle ? Peut-être. Mais il reste que…
       

    • 14 Juin 2017 à 16h23

      L'Ours dit

      Jérôme Leroy ne s’en souvient sans doute pas car cela remonte à un commentaire qui date de quelques années, mais j’ai gagné mon pari… hélas!

    • 14 Juin 2017 à 15h54

      Moi ex Adhérent dit

      Castro – Chavez – Mélenchon = France Insoumise

      Mélenchon, Le Pen, même combat !

    • 14 Juin 2017 à 15h12

      Schlemihl dit

      Arriba ! Dans ma jeunesse j’ai été communard ( à Londres ) , puis je me suis enthousiasmé pour le brave général Boulanger , j’ai applaudi Jules Guérin et son Fort Chabrol , j’ai soutenu les anarchistes pendant mon voyage au Portugal , je me suis rallié à l’aventure exaltante du communisme en Russie , soutenu les vaillants italiens du Fascio , j’ai été stalinien , munichois , résistant en 1946 , j’ai dénoncé les mensonges des pseudo réfugiés d’ URSS , je suis devenu maoïste et mon livres de souvenirs après mon voyage en Chine est un classique ( Mémoires d’ un Parisien au pays du Grand Timonier ) , j’ai lutté pour le Viet Nam libre , pour la révolution au Cambodge , pour le Sentier lumineux , la Birmanie rebelle , j’ai osé affronter les USA , le capitalisme le colonialisme le sionisme , j’ai applaudi à la révolution de Khomeini , j’ai manifesté pour le Fatah le Hamas , je suis anti impérialiste …..

      Comment ne serais je pas un admirateur du meilleur disciple du camarade Chavez ( après le gigantesque Mugabe ) , le camarade Maduro , le Peron le Castro de notre temps ! Viva Maduro le génie politique du Venezuela , l’ homme qui a lavé la honte semée par les écrits de l’ infâme Carlos Rangel , l’ être supérieur qui a daigné m’ honorer d’ un Prix Dzerjinski , le Chef qui a su diffuser mes oeuvres philosophiques à dix millions d’ exemplaires dans le peuple vénézuélien , qui m’ a invité cinq fois ! et je puis témoigner en homme sincère de la prospérité des généraux ( la prospérité générale ) de l’ abondance qui règne partout , de la disparition de la criminalité de la joie de vivre des masses populaires qui recherche l’amour de ses dirigeants

      Vive Staline Mao Enver Hodja Kim il Sung Ne Win Pol Pot Arafat , vive la Tcheka , vive les Organes , vivent à jamais Guepeou NKVD KGB FSB Zepo Police de la Pensée !

      Arriba de fanciullo guapo d’ estrencular amarigonez de concepcion corazon a huesca por favor y corregidor de vile garrote !!!!!

      • 15 Juin 2017 à 14h40

        castor27 dit

        En somme, vous n’êtes qu’un fayot de gauche. Kim Jon Un vous pardonne !

        • 15 Juin 2017 à 22h00

          Schlemihl dit

          Castor …. un fayot ?

          Un fayot qui a écrit dans La Libre Parole , L ‘ Humanité , la Cause du Peuple , le Monde Diplomatique , un fayot qui a toujours mené le juste combat en Nouvelle Zélande en 1942 , qui soutenait Kim Il Jung à Stockholm , qui a affronté les GI à Paris , un fayot qui a été invité à Moscou Pékin Cuba Ho Chi Minh Ville , un fayot qui a nié la famine en Ukraine , nié l’ existence du Goulag , nié la fuite des indochinois , nié , nié toujours , qui a tout sacrifié à la Bonne cause , qui s’ est gobergé avec Menguistu en Ethiopie , qui a banqueté avec Mao lors du Grand Bond en avant dans le trou , un ancien des soirées fines de Beria à Poltava en 1933 … J’en bave encore les jolies petites et ils étaient si mignons ces jeunes …. et Lavrenti Pavlovitch avait de ces idées incroyables ….

          Je ne demande qu’ à continuer cette vie de sacrifices . Tout haricot , même petit , fait toujours du bruit .

    • 14 Juin 2017 à 15h02

      Caminho dit

      Chavez a été élu et réélu, en France Mélenchon fait 20% …..

    • 14 Juin 2017 à 14h52

      EmmaB. dit

      L’expérience montre qu’une dictature “de droite” (Pinochet, Franco, les colonels en Grèce etc) s’incruste moins longtemps qu’une dictature de gauche. Réfléchissez bien : l’art de la propagande et l’art de priver de la liberté de penser, de vivre normalement est bien mieux développé. Malheureusement. Entendons-nous bien, je dis malheureusement parce que cela permet à ces dictatures de durer durer durer…et là pas d’interventionnisme des bien-pensants.

      • 14 Juin 2017 à 17h58

        Schlemihl dit

        Emma B d’ accord … à condition de distinguer les régime simplement autoritaires et souvent conservateurs , et les régimes militaires et aventuristes

        D’ un côté Salazar Pinochet Dollfuss Metaxas ….pas trop de casse et possiblement la réussite économique au bout . Je rappelle que Dollfuss après avoir réprimé sans pitié les communistes a été assassiné par les nazis et que Metaxas a flanqué une volée soignée à Mussolini

        De l’ autre les colonels grecs égyptiens argentins qui se lancent dans des aventures militaires insensées . Napoléon III a été de la même famille mais plus efficace

        Franco est moins facile à classer , je le rapprocherais du premier groupe

        Et bien sur M Maduro vomit les conservateurs car c’ est un révolutionnaire

        PS Mes amitiés à Monsieur H