Vendée, où est le génocide ? | Causeur

Vendée, où est le génocide ?

Il ne faut pas remplacer une histoire officielle par une autre

Auteur

Jean-Clément Martin
est historien, spécialiste de la Révolution Française.Dernier ouvrage paru : Nouvelle histoire de la Révolution française (Perrin).

Publié le 24 octobre 2012 / Société

Mots-clés : , ,

Vendée Reynald Secher génocide révolution

Ainsi Reynald Sécher est-il récompensé pour son œuvre dénonciatrice et les censeurs sont-ils censés s’en mordre les doigts. Mais l’établissement des faits historiques ne relève ni de la morale mondaine ni de la censure politique. Ce serait quand même le comble que M. Sécher, qui se présente comme une victime de l’histoire « officielle », favorise l’instauration d’une nouvelle histoire officielle.

Je ne me souciais pas de la vulgate, officielle ou critique, lorsqu’en 1987, j’estimais que la guerre de Vendée avait laissé derrière elle plus de 200 000 morts et disparus, soit le double du chiffre donné par R. Sécher, sans conclure pour autant au génocide ou au populicide. Vingt-cinq ans plus tard, je persiste et signe, renforcé par les travaux entre temps publiés et apparemment oubliés d’Alain Gérard et de Jacques Hussenet, qui refusaient également génocide pour ne retenir que populicide – mot auquel s’étaient ralliés Philippe de Villiers et Pierre Chaunu, qui avait ardemment soutenu R. Sécher dans les années 1985-1988. Puisqu’il faut ne pas avoir la mémoire courte, rappelons les faits.

L’air du temps de 1985-1986, poussé par les réflexions de François Furet, soufflait fort. Il nous avait inspiré, à R. Sécher et à moi-même, la volonté de reconsidérer la Contre-Révolution et particulièrement la guerre de Vendée en les situant dans les perspectives d’Hannah Arendt, dénonçant les totalitarismes. Poser une bonne question ne préjuge pas de la valeur de la réponse. Il était nécessaire, je l’ai dit à maintes reprises, de se demander si la guerre de Vendée avait été un génocide. Mais les critères qui définissent un pareil crime, à commencer par la désignation précise d’une population visée, manquent. Si les révolutionnaires de tous grades proclament la nécessité de détruire les « brigands de la Vendée », comme les autres contre-révolutionnaires d’ailleurs, normands, bretons, voire fédéralistes, ils protègent aussi plusieurs dizaines de milliers de personnes connues comme « réfugiés de la Vendée », dispersées dans tout l’Ouest et touchant des subsides jusqu’en 1797. Où est le génocide ?

Où sont les ordres ? Barère, grand pourvoyeur de motions violentes et ambiguës, s’est bien gardé de définir une politique que Turreau, mauvais général en chef, n’arriva pas à faire confirmer. Ce dernier lança la dévastation, créa les fameuses colonnes incendiaires, mais ne contrôla pas les officiers sous ses ordres et permit les innombrables exactions du sud de la Loire. Les révolutionnaires de la Convention et des grands Comités ont indiscutablement cautionné ces crimes jusqu’en février-mars 1794, sans être pour autant des génocideurs annonçant ceux des XIXe et XXe siècles.
Les crimes sont des crimes. Mais il n’y eut pas de logique d’Etat, sinon comment comprendre les paix de 1795 entre la République et Charette, et Stofflet. Ce fut un moment de guerre civile, de luttes terrifiantes en même temps qu’une guerre inexpiable contre toute l’Europe.
Les mécanismes politiciens sont moins grandioses que les ravages collectifs. Je me contenterais donc de cette explication platement historienne qui n’inspire pas de grandes envolées, ni à droite ni à gauche, mais qui s’ancre dans la pratique de l’histoire. Mais l’Histoire doit refuser la sidération de l’esprit qui frémit au récit des atrocités, tout autant que la vengeance et ne jamais confondre les victimes pour éviter de tomber dans le pathos des condamnations morales. L’établissement des faits n’a pas de prix et n’en a pas besoin. Il se suffit à lui-même.

Ultime question : pourquoi une partie de l’opinion de droite éprouve-t-elle le besoin de dénoncer l’ennemi jacobino-bolchevique, dévot des Lumières et ardent guillotineur, bien palot depuis quelque temps, qui ne mérite plus autant d’attentions ? Quel est le vrai objectif de l’opération ? Je doute que ce soit la défense de la connaissance historique.

*Image : wiki commons.

  • Article en accès libre. Pour lire tous nos articles, abonnez-vous !

    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 31 Octobre 2012 à 18h37

      saintex dit

      Dame Guenièvre,

      Est-il vraiment raisonnable de lancer un nouveau débat sémantique sur ce fil ?
      Vous donnez votre acception des mots totalitarisme et tyrannie. Je l’entends, et pour autant je ne l’adopte pas.
      Elle est à la base trop imprécise. Lorsque vous parlez de fractions entières de sa population, vous ouvrez une boîte de Pandore (vous savez, celles que les pandores ont installées le long des routes ;o)).
      Est-ce que le maccarthysme n’est pas une idélologie totalitaire, est-ce que les Rosenberg, Sacco et Vanzetti ne sont pas victimes d’une idéologie, combien de morts (en pourcentage) faut-il pour représenter une fraction entière, une fraction partielle, et de nos jours pour ouvrir des droits ?
      La logique idéologique existe-t-elle toujours dans les régimes totalitaire ou sert-elle de prétexte, dans quelle mesure ?
      Peut-on dire que la tyrannie n’est pas totalitaire quand elle n’accepte pour vrai que l’avis d’un seul ou d’une poignée.

      Tout cela est bien complexe et bien enchevêtré. Lorsque je lis que beaucoup ont du mal à faire une différence, pourtant beaucoup plus claire et différenciée, entre une guerre civile et un génocide, je préfère me retirer d’un tel débat sur internet.
      D’où cette conclusion qui remet en cause mon introduction. Je suis d’accord avec vous, parce que je sais au final ce que vous êtes en ce que vous dîtes habituellement et comment.

      • 30 Octobre 2012 à 19h15

        Marie dit

        Du système de dépopulation ou La vie et les crimes de Carrier : son procès, et celui du Comité révolutionnaire de Nantes… ([Reprod.]) / par Gracchus Babeuf

    • 29 Octobre 2012 à 21h49

      fonteclose1793 dit

      jc martin = on va faire avec des mots simples: personne ne lui demande de refaire l’histoire ou de l’interpréter !!
      Il a le droit de soutenir les assassins de l’époque, c’est son (mauvais) chois, mais il n’a pas autorité d’ignorer la vérité et de véhiculer ses pseudo-analyses mensogères.
      Qu’il se taise ce personnage, et la mémoire de toutes nos pauvres victimes des guerres de Vendée puis du génocide (massacrer des enfants, des femmes et des vieillards simplement parce qu’ils sont sur le chemin des assassins ….. crime organisé = génocide), JC Martin peut bien appelé tout cela comme il l’entend si çà lui fait du bien, mais surtout, surtout, qu’il nous fiche la paix, paix dans laquelle reposent nos milliers de victimes de sa “révolution amicale et pacifique” !!!
      L’Histoire s’est passée de lui et se passera pour les siècles à venir de son analyse, qu’il aille au diable y retrouver tous les commanditaires de ces massacres
      Si quelqu’un peu lui passer ce message
      Et puis, l’heure de sa retraite est là, achetez lui une carte de pêche, un ligne, et ses journées au bord de la Boulogne lui permettront de méditer ses bêtises !!

    • 29 Octobre 2012 à 11h10

      zelectron dit

      l’ennemi jacobino-bolchevique ? c’est vous qui le dites!

    • 27 Octobre 2012 à 4h44

      eclair dit

      @kaplan
      Vous avez vu la dernière nouvelle? l’allemagne vas rapatrier son or des USA. et vas vérifier si c’est bien toujours de l’or.
      Tic tac tic tac. 

    • 26 Octobre 2012 à 23h54

      Guenièvre dit

      @ saintex ,

      “Bien sur, Staline et Pol Pot ont été des tyrans sanguinaires. De fait, il n’y sont pas allés avec le dos de la cuiller.”

      Je remets ma réponse ici sinon elle est perdue aux fins fonds du fil :

      Pas seulement des tyrans Saintex , ils ont installé des régimes totalitaires . Et ce qui fait la différence du totalitarisme avec les tyrannies, c’est que le pouvoir totalitaire ne se limite pas à emprisonner, torturer et tuer ses opposants, il massacre des fractions entières de sa propre population, qui ne le menacent en rien, mais qui sont instituées en ennemis par l’effet d’une logique idéologique.

    • 26 Octobre 2012 à 19h28

      Marie dit

      http://www.histoire-image.org/site/oeuvre/analyse.php?i=861il est bien la question d’éliminer la population royaliste.

    • 26 Octobre 2012 à 19h27

      la licorne dit

      C’est la haine de la tête qui dépasse qui fut le moteur de la Terreur. Les révolutionnaires n’étaient au départ que des idéalistes qui voulaient une société plus juste. Beaucoup y perdirent la tête mais ils ont laissé un héritage qui vaut ce qu’il vaut.
      Mais parmi eux, il y avait une aute bête immonde dont on parle jamais parce qu’elle ne connaît pas les clivages traditionnels – culturels, religieux, raciaux- c’est la haine inexpugnable que nourrit tout médiocre ambitieux à l’encontre de celui qui sort de l’ordinaire. Cette haine là est plus tueuse encore qu’une bombe atomique, plus vivace que jamais, il suffit de lire certains commentaires.
      Les Aristocrates n’étaient pas des êtres supérieurs mais leur existence et les droits qu’ils continuaient à défendre étaient basés sur l’idée que cette supériorité existait. Cela suffisait à rendre fous de haine, non pas ceux qui voulaient simplement mettre un terme à la stupidité de l’inégalité en droits, mais …. prendre leur place pour imposer un nivellement par le bas qui leur laissait leur chance.

      Robespierrre est à mon sens un des personnages les plus honteux de l’histoire de France et le fait que certains le vénèrent encore et veulent à tout prix masquer ou occulter ses crimes est bien la preuve que cette bête là n’a jamais été jugée.
      C’est le drame de la France d’aujourd’hui affligée d’une extrême gauche encore toute puissante même sans audience dans l’électorat ( ou très peu) mais maintenue artificiellement grâce au mode de scrutin (cf les Verts), toujours prête à légiférer, interdire, punir…. tous ceux qui de fait de leur seule existence leur collent des boutons…Et le souci de justice n’a rien à voir là dedans.

      • 26 Octobre 2012 à 20h13

        saintex dit

        Hola, la révolution de 1789 est une révolution bourgeaoise visant à remplacer une réelle élite par une toute autre réelle élite. Le peuple était objet et l’est resté.
        Votre vision ne plonge pas dans la pensée du passé.

    • 26 Octobre 2012 à 11h58

      Guenièvre dit

      Vous avez raison dans tout ce que vous dites sur l’assimilation des juifs au capitalisme, G.Kaplan, mais ce n’est qu’une toute petite partie de la réalité et les autres points de vue ne sont pas faux non plus : pour les nazis le juif est tout et son contraire. Ce qui compte n’est pas ce qu’il est mais ce qu’on croit qu’il est. Et il est tout ce qui permet à l’identité allemande de se cristalliser.

    • 26 Octobre 2012 à 11h29

      Georges_Kaplan dit

      Alex73,
      Selon Hitler (voir, notamment, Mein Kampf), le peuple juif est une race dont l’objectif n’est rien de moins que la domination mondiale – et donc, celle du peuple allemand. Il les compare à des parasites mus par leur seul égoïsme qui vivent et prospèrent aux dépens des autres peuples.
      Il affirme que cet objectif est conscient, presque planifié, et que les juifs avancent masqués (« les grands maîtres du mensonge ») pour que personne ne puisse deviner leur plan. Pour lui, le Protocole des sages de Sion est authentique.
      L’arme que cette race utilise pour instaurer et asseoir son pouvoir est le capitalisme. Il considère que le capitalisme est la « création géniale » des juifs ; c’est, dans son esprit, l’outil qu’ils utilisent pour asservir les peuples. Le commerce, la finance, la bourse…
      Selon lui, le véritable but du marxisme – et de Marx lui-même – est de « préparer le terrain pour la domination du capital véritablement international et juif de la finance et de la bourse » en supprimant « le plus grand obstacle qui s’oppose à [leur] domination », c’est-à-dire la race allemande, le national-socialisme.
      Voilà pourquoi Hitler est devenu, selon ses propres termes, un « antisémite fanatique. » C’est lui qui le dit – qui l’écrit noir sur blanc. Ce qu’il reproche aux juifs, fondamentalement, c’est d’utiliser le capitalisme pour asseoir leur domination sur le peuple allemand. 

      • 27 Octobre 2012 à 3h51

        eclair dit

        @kaplan
        Vous n’avez pas compris.
        C’est pas une critique du capitalisme c’est une critique du capitalisme sauvage de l’exploitation de l’homme par l’homme par profit sans tenir compte des interêts collectifs.
        C’est pas une critique du capitalisme c’est une critique du capitalisme à visée individualiste au détriment de l’interêt général.De la recherche du profit à tout prix.

        De plus le commerce, la finance et la bourse c’est pas le capitalisme. 
        C’est la conception du capitalisme mondialiste ça.

        Le capitalisme paternalisme a une autre approche de l’économie. Et hitler n’était pas contre celui là.

        La finance c’est pas le capitalisme kaplan