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Vendée, le génocide est là !

Réponse à Jean-Clément Martin

Auteur

Reynald Secher
est historien, spécialiste de la Vendée, écrivain et scénariste français. Dernier ouvrage paru : Vendée : du génocide au mémoricide (Cerf)

Publié le 28 octobre 2012 / Société

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Jusqu’en 1983, personne ne s’était posé la question de la nature de la répression en Vendée militaire en 1793 et 1794. Tout le monde était d’accord pour réduire les événements à une simple guerre civile. Certes, certains reconnaissaient des dérapages mais les justifiaient par la réciprocité. En réalité, contrairement à ce qu’affirme Jean-Clément Martin, il y a bien eu en Vendée une volonté d’exterminer la population et d’anéantir ses biens de la part du Comité de salut public et notamment de Robespierre, Barère, Carnot et Billaud Varenne. La Convention n’a été qu’une chambre d’enregistrement ce qui s’est traduit par le vote de trois lois et la mise en œuvre d’un système dont l’objectif était, pour reprendre les mots de Barère, « d’anéantir cette race impure ». Le mot brigand, contrairement à ce qu’affirme Jean-Clément Martin, n’est qu’un terme générique et concerne bien tous les habitants de la Vendée militaire et non pas les seules personnes prises les armes à la main.

Comment pourrait-on alors expliquer les massacres des embryons, des bébés, des enfants comme aux Lucs sur Boulogne : 110 ont moins de 8 ans ? Tous les carottages réalisés démontrent que ce sont principalement les femmes et les enfants qui sont massacrés. Le général Turreau est très précis à ce sujet dans la lettre qu’il envoie au Comité de salut public le 24 janvier 1794 : « Si mes intentions sont bien secondées, il n’existera plus dans la Vendée, sous quinze jours, ni maisons, ni subsistances, ni armes, ni habitants… ». À cette lettre, Carnot salue la pureté des intentions du général tout comme le 23 juillet 1794, il n’hésite pas à écrire à des députés : « Les femmes, les enfants et les vieillards, les individus entrainés par la violence ne méritent pas sans doute le même sort (l’extermination) que les monstres qui ont ourdi la révolte, qui l’ont servie de leur volonté comme de leurs bras, et l’on pourrait prendre à leur égard des mesures de sûreté moins rigoureuses mais ce serait abandonner le pays aux horreurs d’une guerre nouvelle… ».

Tous ces textes sont maintenant connus. Je les ai reproduits dans mon livre : Vendée : du génocide au mémoricide publié au Cerf. La thèse de Jean-Clément Martin est indéfendable. Quant au reste, que peut-on lui répondre, j’ai tout publié dans un livre intitulé : La désinformation autour des guerres de Vendée et du génocide des Vendéens (Atelier Fol’fer). Je serais, pour lui, porteur d’une vérité officielle ! Laquelle et où ? Il me semble que j’ai du démissionner de l’enseignement et jamais en France je n’ai pu parler au sein d’une université publique sur ce sujet ni écrire quoi que ce soit dans les revues scientifiques gérées par les détenteurs de la Vérité officielle.

Le bon mot pour définir le « crime contre l’humanité » (sic Gracchus Babeuf) commis par les Conventionnels à l’encontre des Vendéens était le mot créé pour la circonstance par Babeuf : « populicide ». Il aurait du l’être pour dénoncer les autres génocides pour des raisons étymologiques. Malheureusement, notamment parce que les auteurs de ce crime ont voulu gommer leur crime, ce mot n’est pas passé à la postérité. J’en veux pour preuve de n’avoir découvert, après des recherches acharnées, l’œuvre de Babeuf qu’en 1987. Ce mémoricide a été doublement dommageable : au niveau des Vendéens, bien sur, pour des raisons évidentes, mais aussi pour le reste de l’humanité. Si les politiques et juristes avaient traité objectivement la nature de ce crime, ils auraient mis en avant ce mot et l’aurait défini tout comme les alliés l’ont fait en 1945 grâce au mot créé par Rafaël Lenkim : génocide. C’est le mot qui fait l’acte et non l’inverse. C’est cette absence de mot qui explique l’impossibilité pour le consul Davis de dénoncer le génocide perpétré par les Turcs vis-à-vis des Arméniens. C’est aussi cette absence de mot qui explique non pas le silence mais la maladresse apparente de Churchill, de de Gaulle, de Pie XII… pour dénoncer les crimes des Nazis. Dès lors retenons le mot de génocide et analysons le. En fait, il y a trois crimes de génocide : la conception ou/et la réalisation ou /et la complicité tant dans la conception que la réalisation de l’extermination partielle ou totale d’un groupe humain de type ethnique ou racial ou religieux ou politique. Les Vendéens constituent bien un groupe humain de type religieux et politique. Quant à la volonté d’extermination et sa mise en œuvre, les faits et les bilans sont là. Reste le problème de la manipulation de la mémoire ; là encore il n’existait pas de mot d’où la nécessité d’en créer un. C’est ce que j’ai fait avec le mot mémoricide qui est un quatrième crime contre l’humanité, le crime contre la mémoire.

*Image : wiki commons.

    • Reynald Secher

      est historien, spécialiste de la Vendée, écrivain et scénariste français. Dernier ouvrage paru : Vendée : du génocide au mémoricide (Cerf)

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    • 9 Novembre 2012 à 6h25

      écouteur dit

      Il existe un mot pour qualifier le “mémoricide”: le NEGATIONNISME !

    • 4 Novembre 2012 à 22h01

      nicolai vavilov dit

      Le “keyboard” pousse à la faute de frappe… et nos universitaires ne sont plus relus…

      “…. de De Gaulle…” est mieux comme ça!!!

      mais pour le reste toute mon admiration pour Monsieur Sécher et son courage d’affronter la doxa ambiante.
      Il faut mettre des médecins légistes sur les charniers…
      On a l’impression que la Vendée c’est Katyn… une version enseignée par l’université majoritairement marxiste…

    • 3 Novembre 2012 à 15h30

      dj. amaglio1 dit

      En ma qualité de membre actif du Souvenir Vendéen je ne peux que soutenir le propos de Reynald Sécher bien que je regrette parfais son égo démesuré qui le porte à se présenter comme l’inventeur de la mémoire des Guerres de Vendée. Notre Association est née en 1932, 80 ans, et rassemblait alors pour ses journées de mémoire des milliers, voire des dizaines de milliers (Mont des Alouettes) de sympathisants. Dans l’éditorial du N° 135 de la Revue du Souvenir Vendéen, juin-juillet 1981, soit plusieurs années avant la publication de “Le Génocide franco-français”, éditorial intitulé “On écrit! On ment!” l’auteur proclamait “on cherche à minimiser le génocide subi par la Vendée”. “Populicide”, “Génocide” qu’importe, ce qui compte c’est le rétablissement de la vérité et la préservation de la mémoire. 

       

    • 1 Novembre 2012 à 9h10

      ylx dit

      Trois ouvrages pour se faire soi-même une opinion sur ces évènements de Vendée :
      1 – Grachus Babeuf “La Guerre de Vendée et le système de dépopulation” Ed du Cerf.
      2 – Pierre Péan ” Une blessure française” E Fayard
      3 – Alain Gérard “Par principe d’humanité …La Terreur et la Vendée” Ed Fayard

    • 30 Octobre 2012 à 20h51

      fonteclose1793 dit

      jc martin = on va faire avec des mots simples, car il a visiblement bien du mal à comprendre les mots basiques de la langue Française: personne ne lui demande de refaire l’histoire ou de l’interpréter !!
      Il a le droit de soutenir les assassins de l’époque, c’est son (mauvais) choix, mais il n’a pas autorité d’ignorer la vérité et de véhiculer ses pseudo-analyses mensogères.
      Qu’il se taise ce personnage, et la mémoire de toutes nos pauvres victimes des guerres de Vendée puis du génocide (massacrer des enfants, des femmes et des vieillards simplement parce qu’ils sont sur le chemin des assassins ….. crime organisé = génocide), JC Martin peut bien appelé tout cela comme il l’entend si çà lui fait du bien, mais surtout, surtout, qu’il nous fiche la paix, paix dans laquelle reposent nos milliers de victimes de sa “révolution amicale et pacifique” !!!
      L’Histoire s’est passée de lui et se passera pour les siècles à venir de son analyse, qu’il aille au diable y retrouver tous les commanditaires de ces massacres
      Si quelqu’un peu lui passer ce message
      Et puis, l’heure de sa retraite est là, achetez lui une carte de pêche, un ligne, et ses journées au bord de la Boulogne lui permettront de méditer ses bêtises !!

      • 31 Octobre 2012 à 13h18

        saintex dit

        Je note que l’articulation du débat se retrouve raccourcie et niée dans une parenthèse.
        Mais j’adhère à la conclusion pour peu qu’elle soit généralisée. A savoir que ce n’est pas M. Martin qui lance le débat mais bien M. Sécher, et non sur des faits mais sur une terminologie dangereusement réductrice. Que les deux nous fichent la paix, qu’on nous fiche la paix avec la chouanneie. Que tous les morts requiescant in pace et que leur mémoire ne vienne pas brutalement blesser les vivants. Cessons de faire des zombis.