Vatican 2.0
La Théologie pour les Nuls
Publié le 05 février 2009 à 13:12 dans Société
Mots-clés : Benoît XVI, Religion
Benoît XVI qu’on croyait archéo, serait-il spécialiste de la bulle médiatique ? Que n’a-t-il fait en levant l’excommunication qui pesait sur les évêques ordonnés par Mgr Lefèbvre ! Incarnations absolues du Mal, au même titre que les Gremlins ou Freddy Krueger, ces quatre guérilleros mitrés et crossés semblaient bien décidés à ne jamais franchir le Rubicon séparant Econe de Rome, tant que l’Eglise n’accepterait pas de remettre la télé en noir et blanc. Honnis par certains, vénérés par d’autres, ces prélats à la nuque raide finissent par se demander s’ils ne sont pas en train de gagner leur combat pour “La Tradition” et tous les autres mots qu’ils écrivent avec une majuscule. En une petite semaine, Williamson est passé du néant à la couv’ de Libé. Un peu de patience et on le verra chez Drucker.
En attendant, dans les médias et plus spécialement sur le net, c’est baston générale. Chacun y va de sa petite opinion sur l’œcuménisme, la réforme liturgique, l’autorité du Magistère, ou encore la longueur du manipule. Les intégristes de la Loi de 1905 ne sont pas les derniers à se lancer dans la bataille. Sans peur et sans reproche, ils se drapent de laïcité, évoquent Voltaire qu’ils n’ont pas lu, prophétisent à l’envi un retour à l’obscurantisme, et finissent par se lasser eux-mêmes de leur bêtise. Enfin, pas toujours, malheureusement…
Bien sûr, la fête ne serait pas complète sans les vaillants défenseurs de la Vraie Foi Catholique de Toujours (bien penser aux majuscules !). Refusant encore de sortir leurs cerveaux du congélo dans lequel ils les ont rangés après Vatican II, ils brandissent quelques bribes de bulles papales moyenâgeuses comme autant de fatwas. De “la communication des idiomes” à “l’apocatastase”, ces scholars en scolastique agitent quelques grigris conceptuels mal digérés, nuages de poudre jetés aux yeux des boy-scouts qui les admirent. Et dans cette mouvance traditionaliste, les Pidistes1 passeraient presque pour des timorés, à côté de leurs camarades sédévacantistes, qui, eux, en plus de prétendre que la “secte conciliaire” (comprenez “l’Eglise Catholique”) est contrôlée par le lobby luthéro-trotsko-judéo-maçonnique, ajoutent que le contrat de travail de Joseph Ratzinger n’est pas valide. Manquerait plus qu’ils en appellent à l’Inspection du Travail !
Bref, j’ai comme l’impression que le pape Benoît XVI aurait fait couler moins d’encre s’il s’était fait surprendre dans une discothèque d’Ibiza devant un rail de coke.
- Fidèles de la mouvance lefèbvriste (Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X). ↩
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L'auteur
Nicolas Huchet est blogueur.
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Franklin D. dit
bi c’est moins grave ?
Pirée dit
Il faudrait faire la part, chez l’humaniste qu’était Michel-Ange, de l’amour platonique. Mais si l’on n’entre pas dans le vif du sujet, il était bi.
Franklin D. dit
Je suis toujours interloqué par l’obsession de l’homosexualité de quelques uns parmi les cathos ce qui témoigne le plus souvent par là de leur homosexualité latente tout comme leur obsession à “prouver” leur masculinité (si on a besoin de prouver c’est que l’on y croie pas). Ce sont les mêmes qui aiment bien les “amitiés saines et viriles” du scoutisme et les jeunes garçons blonds des images de Pierre Joubert.
Le Catéchisme de l’Église catholique en parle comme d’un comportement désordonné, ce sont les termes employés je crois. Ce n’est donc pas un péché contre l’esprit.
Cela ne veut pas dire que l’on cautionne le vagabondage sexuel. Il y a même des prêtres qui amènent des homosexuels à pratiquer la chasteté ou au moins la fidélité. Il y en a même qui ont peint le plafond de la Chapelle Sixtine.
Odilon dit
@ schneider
« l’homosexualité n’est pas conforme au message divin »
Je crois quand même que si le pape me disait ça, et que j’étais homo, je ressentirai une inquiétude légitime. Même si ce n’est que de la théologie pure. A contrario, pour reprendre votre premier message, si je considère un théorème de mathématiques pures (disons… en théorie des groupes), j’ai beau me torturer la cervelle je ne vois pas quelle inquiétude il pourrait susciter.
Nicolas dit
Les quatre évêques ordonnés par Mgr Lefèbvre étaient excommuniés “latae sententiae” : par le fait même de cette ordination illicite (contre l’avis du pape). Ils se sont mis eux-mêmes et consciemment dans cette situation. La politique n’a rien à voir ; il ne pourrait s’agir que de questions théologiques, morales ou disciplinaires.
J’ai cité hier un extrait de Zenit qui réaffirme que tout n’est pas réglé avec la levée de l’excommunication.
En attendant, Prochoix se frotte les mains…
Alaindeparis dit
Antoninus Lucretius se fait trop rare dans les discussions ! Il semble de la même veine de verve que Nicolas Huchet, dont j’apprécie la plume.
Ceci dit, pour plus de clarté dans les discussions (je parle en général), ne faudrait-il pas se limiter en nombre de mots ou de signes, on se lasse assez vite de lire, dommage.
Dans les media comme France Inter ou France Culture, il m’a semblé comprendre que les défenseurs de la laïcité seraient soudain passés, dans cette affaire, dans le clan des partisans de l’excommunication pour cause de négationisme. Le Grand Écart, non?
Le prélat aurait-il été excommunié pour cette raison, d’abord, et y-a-t’il en Suède une loi contre les propos négationistes ? Je ne crois pas que la France puisse s’ériger en exemple dans ce domaine, vu les déportations qu’elle a organisé depuis Drancy.
Y-a-t’il également une réaction d’Israël sur la décision papale, je n’en ai pas entendu parler ?
vingtras dit
Quand je pense au mal qu’on a pour repérer dans l’Histoire les “pères de l’Eglise” (y’a même des “mères porteuses”), c’est vrai Monsieur Huchet qu’il y a désormais profusion. Jamais entendu autant de conneries sur le dogme, le pape, l’Eglise, les dévôts et les préservatifs que depuis qu’on remue la laïque. C’est un genre qu’on se donne ou quoi ? Comme le titre de votre excellent article le laisse entendre, leurs vagissements théologiques sont du niveau de la “culture générale” ou de la connaissance du “vin” : “pour les NULS”.
Pirée dit
Ce n’est pas hors sujet; n’est-ce pas, citoyen Schneider?
Vers la fin du XVII° siècle, tel bourgeois londonien, attablé à la taverne devant une portion de roastbeef, qu’il faisait glisser à l’aide d’une pinte d’ale, exerçait sa raison, entre deux bouchées, sur le thème de l’homme à l’état de nature, animal qu’il n’avait jamais observé, même par introspection. Son chien, son chat, son cheval et sa belle-mère (un chameau, pourtant) n’étaient pas à l’état de nature non plus. Il n’était pas le premier, mais ses cogitations n’en connurent pas moins une fortune époustouflante.
Outre-Atlantique, le 6 septembre 1774 , le patriote Patrick Henry se serait exclamé, au conditionnel car ce n’est pas rapporté par le JCC (Journals of the Continental Congress, 1774-1789) :
- Nous sommes à l’état de nature.
Perruque incluse.
« On dit quelque chose pour obtenir un certain résultat » (Goebbels). Le résultat est là, et même un peu là : les Etats-Unis.
Mais, de nos jours, les anthropologues étudient l’homme à l’état de culture.
Pirée dit
Monsieur T-Rex,
par illuminati, doit-on entendre les adeptes italiens des Lumières, ou une variété de fous?
D.H. dit
Pierre Régnier,
La Bible exige une lecture éclairée, et chaque passage qui en est extrait doit être replacé dans son ensemble, lequel retrace une histoire, celle de la conduite progressive de l’humanité vers son accomplissement spirituel.
Cette histoire est celle du lent dégagement, précisément, de la culture de la violence.
L’Ancien Testament en offre de multiples exemples: on peut citer l’épisode du sacrifice d’Abraham, où Dieu, après avoir demandé à Abraham de prouver sa foi, retient sa main avant qu’elle ne s’abatte sur Isaac.
Pour un chrétien, le Christ constitue l’accomplissement de cette histoire. Jésus a enseigné que Dieu est Amour.
A présent il faut se garder de juger, à partir de cette Révélation, tous ceux qui, dans le passé, ont accompli le chemin qui nous a conduit à cet endroit où nous avons pu la recevoir.
Il s’agit d’un anachronisme, comparable à mon avis, à celui qui est à l’oeuvre dans l’édiction des lois mémorielles.
Je n’ai pas en main le catéchisme dont vous parlez, mais sur le site auquel vous nous demandez de nous reporter, il est procédé à une juxtaposition de deux sources séparées: un texte de la Bible, où il est question d’Elie demandant au nom de DIeu, de commettre des violences, et un passage du catéchisme, où Benoît XVI rappelle le rapport de Dieu au texte révélé. Comme vous le reconnaissez vous-même, cela ne s’applique pas directement au passage biblique invoqué.
Pour les propos du pape comme pour la Bible, il faut se garder d’isoler les phrases, mais les replacer dans une démarche d’ensemble.
Précions qu’en ce qui concerne la démarche herméneutique, la première règle, pour tout chrétien qui n’est pas fondamentaliste, est de rejeter la lecture littérale.
La seconde est, encore une fois, d’inscrire chaque passage dans un déroulement historique.
schneider dit
@ D.H
D’accord DH, « l’homosexualité pas condamnable politiquement » était une formule rapide et un peu maladroite. Je voulais dire par là à peu près ceci : quand dans un débat politique, vous dites « l’homosexualité pas condamnable », vous parler en politique, soit le science de faire vivre une communauté ensemble en synthétisant les intérêts de chacun. Enfin bref des choses terrestres et non des choses célestes. Le pape a la perspective rigoureusement inverse et c’est bien compréhensible, puisque c’est conforme à sa fonction.
Du coup, vous dites que cela me concerne, mais s’il me dit que « l’homosexualité n’est pas conforme au message divin », que voulez-vous que je lui réponde ? Je ne vais pas ratiociner sur le contenu d’un message divin dont je réfute l’existence même.
Par ailleurs, je ne suis absolument pas, violemment pas d’accord avec votre fondement de la décision politique. La décision politique se fonde sur le projet commun d’une communauté d’organiser la vie collective autour de quelques principes fondateurs. Ces principes fondateurs constituent le cadre à l’intérieur duquel le débat public se mène, soit la confrontation des intellects et des intérêts qui aboutit à une synthèse, qui dépend elle-même en grande partie des rapports de force en présence. Du terrestre, du terrestre et du terrestre, au ras du sol, les pieds dans la glaise…
P.S : Et ne me répondez pas que la communauté politique se délite, et que les principes fondateurs ne sont plus partagés, je le reconnais bien, et c’est le problème actuellement, car du coup la décision politique perd tout fondement légitime. Ce que je présentais est le cadre idéal de la décision politique.
@ Odilon
En plus de ce que je réponds à D.H je voulais ajouter à votre endroit que le message religieux ne peut s’exprimer qu’à l’intérieur de valeurs communes à la société. Si des imams sont chassés, c’est qu’ils professent auprès de leurs ouailles une action qui n’est pas conforme à ce qui constitue nos valeurs. Mais ce n’est pas le cas quand le pape s’exprime sur l’homosexualité, le préservatif, Gaza, et tous ces sujets. S’il appelle à la désobéissance civile, ce n’est pas pareil. Encore qu’il y ait un principe de territorialité des lois. Mais là on s’éloigne trop du sujet.
@ Raymond2
Même réponse qu’à D.H. : si le pape, de passage sur Causeur et dans un latin parfait, me dit que « l’homosexualité n’est pas conforme au message divin », que voulez-vous que je lui réponde ?
(Par ailleurs, aparté sur le sujet d’à côté, qui a tourné trop sérieux pour mes galéjades initiales, je n’ai rien d’un anti-castriste, et mea culpa pour le mètre 86, je le voyais plus petit. Mais admettez qu’en chef révolutionnaire, il habite la fonction. Quand on le voit, on ne pense pas tout de suite « tagliatelles et mandolines, les yeux dans les yeux, sur les bords du lac de Côme »)
@ marc cohen
Content de votre soutien, de la part d’un auditeur de Skyrock (on en apprend décidément tous les jours sur les gens), cela fait plaisir. Par contre, pour vos émois adolescents, je ne peux rien, désolé…
T-Rex dit
Attention ! Les Illuminatis reviennent en force au Vatican et çà va faire mal!
Pirée dit
L’opinion publique est une chose, la loi une autre. Rien ne permet de poser, en termes généraux, que la seconde reflète la première. Sinon, il n’y aurait jamais de manifs.
Prenons un exemple : l’abolition de la peine de mort. Jeune avocat, Me Badinter avait dû assister à l’exécution d’un client. Ça l’avait horrifié. Dès lors, il consacra son talent à la faire abolir. Au pouvoir, il parvint à ses fins, malgré une opposition déchaînée, soutenue par une opinion publique sanguinaire. Mais à qui le ministre Badinter rendit-il service? Aux jeunes avocats pénalistes, désormais dispensés de faire un bout de conduite aux pires criminels jusqu’à la bascule à Charlot. Mais surtout, au président de la République : auparavant, ou bien il refusait sa grâce, et tuait le condamné; il se faisait alors traiter d’assassin dans les beaux quartiers; ou bien il l’accordait, et une populace hurlante descendait dans la rue; dans un cas comme dans l’autre, il était perdant. Les chefs de l’Etat, depuis l’abolition, peuvent dire un grand merci à Monsieur le professeur Badinter. Belle victoire du gros bâton.
Lisa dit
Pour Pierre Régnier,
Concernant ce que vous dîtes sur Benoît XVI, c’est inexact, d’ailleurs il a beaucoup travaillé au Concil, mais on a déjà eu ces discussions sur causeur et ailleurs, aller aux sources s’il-vous-plaît, sur les sites des interessés ou sur Zenit.
Sinon je suis toujours curieuse de vos sources sur la violence de Dieu (dans le catéchisme ou dans des textes de BXVI).
L’Ours dit
Pierre Régnier,
concernant le judaïsme, c’est très simple.
Le Talmud questionne l’ancien testamment et en retire des enseignements souvent contraires à la lecture littérale, avec des arguments extrêmements étayés.
Mais l’important est la chose suivante. Concernant le présent, il est considéré comme interdit, car hautement blasphématoire, de décider quoi que ce soit en le faisant au nom de Dieu.
Je pense que cela répond à votre question.
Odilon dit
@ Pirée
Pourtant, la morale évolue. On pensait que les femmes étaient irresponsables et devaient dépendre des hommes, ça a changé. On pensait que l’avortement était un meurtre, ça a changé. On pensait que l’homosexualité était un crime, puis une maladie, et l’opinion change encore. Et les lois évoluent dans le même sens. Mais c’est sûrement par hasard, ou l’effet de la bienveillance de “celui qui tenait le gros bâton”.
Lisa dit
Pour Pierre Régnier,
merci de votre réponse, mais pouvez-vous me dire la référence dans le catéchisme ?
pour ma part, après m’être renseignée je croyais que c’était l’utilisation des termes “chatiment de Dieu” utilisé dans des textes du Pape récemment.
ces termes figurent déjà dans la bible, bien sûr.
Sinon vous croyez vraiment que si les “religions anterieures” modifient leurs textes (il s’agit bien de cela), les musulmans auraient une autre attitude ?
Pirée dit
” La morale, ou ses différentes versions, inspirent la loi”. Mon bon maître François Le Roy aimait à dire : “La force ne prime pas le droit, c’est le droit qui exprime la force”. La loi, c’est la volonté de celui qui tenait le gros bâton au moment où les scribes à son service l’ont rédigée, non sans la distordre selon leurs propres conceptions, sinon la loi serait encore pire.
Sur la loi, un excellent roman, par le tovarich Roger Vaillant : “La loi”. Ni vous ni moi ne la faisons. Nous ne faisons que la subir. Faut vraiment être acquis à une mystification éhontée pour y voir le véhicule d’un version quelconque de la morale. Cette mystification fait partie du formatage scolaire inculqué aux futurs électeurs dès l’âge le plus tendre.
The Godfather dit
Régnier m’a tuer.
Pierre Régnier dit
@ Zoumit, @ Schneider, @ D.H…
Vous l’aurez compris : je considère que “ça me concerne” au plus haut point, et que “ça nous concerne tous”, oh combien ! Je considère qu’il “n’est pas nécessaire d’être croyant pour critiquer une décision papale”… Vous aurez remarqué que ce qui me préoccupe dans le “système de pensée fondé sur l’existence d’un Dieu dont le message est transmis par un livre” c’est la volonté de violence attribuée à ce Dieu dans ce livre.
@ Lisa aussi : le plus clair exemple, le plus terrible aussi car il entraîne et “justifie” tous ceux qui ont suivi c’est, dans l’Ancien Testament, le livre de Josué dans lequel “Dieu” ordonne à “son peuple” d’aller massacrer tous les cananéens, et de prendre leur place afin que se réalise la promesse de la terre “donnée” à ce peuple. Si vous allez voir ma réponse à l’unique commentaire du texte où je renvoyais (“La Décennie…) vous trouverez quelques belles confirmations du grand théologien Maïmonide. Il faut selon lui prendre ce genre de consigne à la lettre.
Moi je n’en crois rien, et ça commençait à devenir de la légende pour beaucoup ce genre d’horreur. Mais voilà que le dernier catéchisme nous dit à son tour – certes moins directement mais tout de même avec force – qu’il s’agit bien là du “véritable désir de Dieu”. Tout ça est détaillé, avec citations/preuves, dans l’article auquel je renvoie. Grande responsabilité de Ratzinger/Benoît XVI dans cette relance ! Certes, par ailleurs il “parle”, comme vous dites, D.H., des droits de la personne humaine. Mais c’est dans le livre DE RÉFÉRENCE des catholiques qu’il confirme, par écrit, la vieille croyance dans les prétendues consignes criminelles de Dieu, manifestement incompatibles avec les droits de la personne humaine. Et c’est cette croyance qui continue d’entraîner les meurtres effectivement commis au nom de Dieu.
Je vous l’accorde, c’est maintenant essentiellement par des croyants d’une autre religion, l’islam, que sont commis les maltraitances et les meurtres au nom de Dieu. C’est pourquoi j’ai toujours affirmé que l’islam est, sur ce point, nettement plus dangereux que les religions antérieures. Mais peut-on prétendre que de valider aujourd’hui la source de ces meurtres dans les théologies antérieures, celle du judaïsme et du catholicisme, n’est pas un obstacle à son nécessaire abandon par les musulmans ?
Je n’ai donc pas, D.H., fait allusion au discours de Ratisbonne. Là au contraire Benoît XVI avait raison de prétendre sa religion meilleure que l’islam. Il avait parfaitement le droit de le faire et il avait pour ça de bons arguments. Et les accusations lancées contre lui à cette occasion furent stupides.
Vous dites, D.H., “Comment peut-on à la fois “justifier et réanimer” quelque chose, tout en le proclamant dépassé ?” Cette fois la question est bonne et la réponse paraît évidente : on ne peut pas. Et pourtant si, on peut, le “quelque chose” étant ici la nature de Dieu, supposée variable dans le temps (ce qui est pour le moins curieux s’agissant d’un être supérieur proclamé “infiniment parfait de toute éternité”). Ce que font le judaïsme et le christianisme – ce que REFAIT Benoît XVI, alors que ça commençait à tomber en désuétude – c’est très précisément cela : demander de croire à nouveau que Dieu a bien été ordonnateur de massacres (dans le pire des cas) mais qu’il a cessé de l’être. Il “justifie et réanime” bien la mauvaise croyance POUR LE PASSÉ même s’il la dit désormais inapplicable dans le présent et à l’avenir. L’islam enseigne que ses consignes criminogènes sont TOUJOURS valables et c’est pour cela que l’islam est pire et plus difficile à réformer.
Mais le judéo-christianisme doit aussi être radicalement réformé sur ce point : on doit cesser d’y enseigner que les maltraitances et les massacres de l’Ancien Testament, présentés dans ses textes – et maintenant dans l’actuel catéchisme de l’église catholique – comme issus du “véritable désir de Dieu” l’étaient effectivement. Qu’on cesse enfin de renvoyer toujours à plus tard cette indispensable rejet de la croyance en la violence “voulue par Dieu”. Ce renvoi, c’est accepter que la violence religieuse effective soit inévitable et éternelle.
Et puisqu’il faut toujours le préciser : dire cela n’est nullement prétendre que la religion est la seule source des violences humaines. C’est seulement vouloir que CETTE SOURCE-LÀ, AU MOINS, cesse d’en être une.